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10 février 2006

Inoubliables diamants d'absence (1)

Inoubliables diamants d’absence…(1) : Nous n’emporterons rien

Edmond Jabès : Le livre des questions

« Reb Elam qui prêchait le renoncement écrivit :

« Dans la mort je m’épanouis.

Je suis fleur imprenable.

Tu ne peux la respirer

ne sachant où elle est.

Mais tu sais qu’elle existe.

C’est pourquoi tu la cherches.

Tu mourras sans trouver

car elle est aussi ta mort. »

« L’Israélite, écrivait-il encore, a le regard tourné vers Jérusalem, comme l’enfant qui a grandi regarde le ventre de sa mère qui est la cause de ses malheurs.

Hélas ! Jérusalem est ensevelie sous les ruines du Temple et la matrice responsable continue d’expulser un regard fasciné par les cristaux géants du néant.

Le salut du peuple juif est dans la rupture, dans la solidarité au sein de la rupture. »

Mais Reb Léoum, le plus écouté des rabbins, lui répondit :

« Le salut du peuple juif est dans la survivance aux herbes amères dont nos champs de patience sont couverts. »

L’un était le fou de la mort et l’autre le fou de la vie. »

L’univers juif commence avec nous, avec nos premiers pas dans l’univers.

L’univers juif repose sur la loi écrite, sur une logique des mots que l’on ne peut démentir.

Ainsi le pays des Juifs est à la taille de leur univers, car il est un livre.

Chaque Juif habite dans un mot personnalisé qui lui permet d’entrer dans tous les mots écrits.

Chaque Juif habite un mot-clé, un mot de douleur, un mot de passe

Que les rabbins commentent.

La patrie des Juifs est un texte sacré au milieu des commentaires qu’il a suscités.

Ainsi chaque Juif est dans la Loi.

Ainsi chaque Juif fait la Loi.

Ainsi la Loi est juive. »

(p 112-113)

Entrer dans Le livre des questions, c’est entrer dans la question même, la question des questions, la parfaite question. Quel inconfort, suis-je bien obligé de reconnaître, dans cette lecture première des mots de Jabès, quelle résistance à tout confort de lecture, mais quelle beauté aussi…

Jabès est hors de la compréhension : de ce livre, rien n’est à emporter, peut-être. Aucune leçon, ni testament, ne sont à l’ordre du jour, mais bien plutôt l’introduction à la pure question.

Encore faut-il prendre le temps de comprendre qui Jabès introduit à la question. La dédicace, don sans contenu ni destinataire assignables, est peut-être trop multiple pour être vraiment dédicace. Le datif prend ici des allures d’invocation, par le jeu peut-être de quelque mystérieuse homophonie : « Aux [« Ô » ?] sources hautes de la vie et de la mort révélées,

A la poussière du puits,

Aux rabbins-poètes à qui j’ai prêté mes paroles et dont le nom, à travers les siècles, fut le mien,

A Sarah et Yukel,

A ceux enfin dont les chemins d’encre et de sang passent par les vocables et par les hommes

Et, plus près, à toi, à nous, à toi. »

Dans ce détour par le nous, où je me souviens que je fus le temps d’une saison d’amour ( « Qui es-tu, Sarah, dans le printemps de Yukel ? » se demande Jabès dans les moments d’amour, au début du roman), l’essentiel, origine et arrivée de l’existence, demeure un « toi », plus et autre qu’encre et sang, que la poussière du puits…

Ainsi prend naissance une longue et bouleversante polyphonie de rabbins, lecteurs d’excellence, au sein d’un livre qui sera bientôt, quand nous l’aurons lu, le monde lui-même, et dans le cri d’amour et d’innocence des deux amants du roman : Sarah et Yukel.

lire la suite: http://systar.hautetfort.com/archive/2006/02/10/inoubliab...

Commentaires

"Tu t'appuies sur l'eau et t'étonnes de couler" Jabès

Simplement à cause de cette phrase qui me trotte dans la tête depuis deux jours.

Cordialement

Ecrit par : Cécile Zénati | 10 mai 2006

De retour sur ce blog comme on revient au livre.

"Marque d'un signet rouge la première page, car à son commencement la blessure est invisible."

Au seuil du livre

Ecrit par : Cécile | 12 mai 2006

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