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27 février 2006
L'immanence selon George Abitbol
Un autre appendice (externe, celui-là) au beau texte de l’ami Systar intitulé « La vérité est blanche (au-dessus des collines de Los Alamos) ».
Je le reconnais sincèrement, j’ai beau détenir depuis plus de trente ans le titre d’H.L.P.C.D.M., cela ne m’empêche pas d’avoir mes défauts, parmi lesquels mon goût à peu près exclusif, à l’origine, pour la musique tonale et mélodique à l’ancienne, perpétuée et renouvelée par l’interprétation et l’improvisation. La musique de Richard Pinhas est de celles qui dépassent les distinctions génériques pour s’enraciner, à la manière d’une amanite aux couleurs irréelles (cf. le village des Schtroumpfs), dans un espace intermédiaire entre la production instinctive du son et la conscience du système. Mais attention, ce champignon-là n’est pas à la portée du premier venu, il faut l’avoir longuement goûté pour en apprécier la saveur ; sans cette méthodique mithridatisation, vénéneux, paf ! il vous terrasse en quelques secondes.
C’est, pourrait-on dire, de la cybermusique, au sens où elle se présente comme une construction organique. L’humain est électriquement chargé ; on imagine un Dantec aux cordes vocales barbelées, parsemées de circuits métalliques vibrant indépendamment du mouvement naturel de la voix. C’est la voix des victimes du tueur de Villa Vortex, la voix du mutant deleuzien. Cette esthétique de l’aliénation de l’humain par le non-humain, venue des tréfonds de l’inconscient collectif, tranche avec ma sensibilité musicale plus terre-à-terre (plus… immanente ?), c’est vrai ; la démarche n’en reste pas moins intéressante.
J’en viens au réel objet de ce commentaire, à savoir l’immanence. J’avais réagi avec enthousiasme au texte en question, véritable déclencheur de mon intérêt pour le Systar. La transcendance est une notion qu’on rencontre souvent, pour peu qu’on s’adonne à la philo ; pourtant, je ne m’étais jamais sérieusement posé la vraie question : « Qu’est-ce que c’est pour moi, la transcendance ? » – voilà, soit dit en passant, toute l’absurdité d’une formation où l’on apprend à manier les concepts à titre quasi-décoratif, sans vraiment les comprendre, si bien qu’une dissertation peut ressembler à un sapin de noël. Sans doute étais-je un mauvais khâgneux. Toujours est-il que ce blog est une occasion de me réconcilier avec la réflexion philosophique écrite en sortant les concepts (un peu comme on sort son chien, n’est-ce pas Double Ra !) du cadre dissertant, en les actualisant (mais peut-on dire qu’on actualise son chien ? fermons, fermons cette parenthèse…) dans des textes bordéliques, certes, mais dont le contexte est directement lié à la parcelle de réalité dans laquelle j’évolue.
Il se trouve qu’en plus d’être un shooteur assassin from three-point-land, le bonhomme sait y faire avec son clavier azerty, surtout quand il s’agit de faire comprendre que la transcendance, c’est pas de la tarte. Je n’avais jamais eu l’occasion d’aborder ce sujet avec lui, et ce texte m’a fait voir, justement parce que c’était lui, et non l’universel disserteur, qui parlait, l’intérêt d’une réflexion sur la transcendance comme ce qui nous dépasse et vers quoi on tend, comme condition de possibilité de l’amour. Je croyais avoir compris en dissertant que « transcendance » n’allait pas de pair avec « divine », que c’était encore bien plus que cela, mais (encore une fois) je ne l’avais pas compris pour moi. C’est chose faite, grâce à l’ami Systar qui a eu la bonne idée de faire partager à bon entendeur quelques-unes de ses réflexions.
Je n’ai donc pas cherché à nier, dans mon commentaire à cet article, la nécessité d’une transcendance, étant moi-même transi jusqu’à la moelle et persuadé qu’il est impossible de ne pas l’être. « Moi l’immanent, toi le transcendant », cela voulait dire que nos éthiques respectives me paraissent fondamentalement différentes. Comment dire ? Peut-être par le même exemple musical, pour boucler. Il me semble que Systar entretient avec la musique un rapport d’altérité – entendons-nous bien, cela ne signifie pas qu’il ne la vit pas de l’intérieur, mais qu’il la conçoit fondamentalement comme le signe de quelque chose d’autre, d’un au-delà de la perception ; autrement dit, quand Systar écoute de la musique, il se fait l’oreille de la transcendance (j’espère ne pas être trop loin de la vérité, j’attends sa réaction). A l’inverse, ma fascination s’exerce en priorité sur l’impact sensoriel de la musique, sur l’à propos du surgissement sonore – ce qui n’exclut pas non plus la possibilité qu’elle m’apparaisse comme signe. L’exemple est trop schématique, j’espère pourtant que je me fais comprendre. Pour dire les choses autrement, mon rapport à la transcendance est toujours un peu immanent : quand quelque chose me transit, je l’identifie moins en ce qu’elle me dépasse qu’en ce qu’elle me traverse.
Toutes mes ficelles de caleçon, encore une fois, pour ce texte qui mérite en effet qu’on s’y attarde. A bientôt pour de nouvelles calembredaines !
George Abitbol.
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Commentaires
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Ecrit par : LE M | 03 mars 2006
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