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09 mars 2006
Une brève histoire du jazz...version manouche.
Il suffit de bien regarder dans les rayons (ou les bacs en langage jeune) jazz pour remarquer l'engouement actuel pour le jazz...manouche. Les rétrospectives et compilations "Django Reinhardt" fleurissent, de nouveaux talents apparaissent, des albums sortent tous les mois...entre tradition et renouveau, le style si cher à Django s'épanouie, pour le plus grand bonheur des maisons de disques. Pensez donc! Un style jazzy, plutôt entraînant, qui, pour une fois, suscite de l'intérêt de tous, jeunes y compris, et qui fait VENDRE, cela fait bien longtemps (au moins 70 ans) que l'industrie du disque de jazz n'avait connu pareil essor.Au début des années 30, un ensemble original comprenant trois guitares, un contrebassiste et un violon, fait son apparition sur la scène jazz en France. Le succès ne se fait pas attendre et cette musique joyeuse et conviviale fait fureur dans les clubs de la capitale. En effet le public afflue à ces concerts de musique jazz aux accents jazzy américains mais qui reste bien française, notamment par ses thèmes et reprises bien connues de la chanson française d'époque (Trénet, Prévert-Kosma...). Le phénomène Django est né.
Né en 1910 à Liberchies en Belgique (ville organisant désormais un festival de jazz chaque année), Django se lance vite dans l'apprentissage de la musique, un apprentissage essentiellement oral et autodidacte, comme pour la plupart de ses frères manouches. D'abord passionné de violon et de banjo guitare avec lequel il anime les bals populaires de Paris dès l'âge de 12 ans, il se met vite à la guitare, et travaille sans relâche les morceaux traditionnels gitans et autres valses de l'époque. La virtuosité et l'imagination de ce jeune musicien sont déjà perceptibles, ce qui lui permet d'enregistrer son premier opus en 1928. Sa renommée ne cesse de croître, et entraîne une proposition d'enregistrement à Londres dans l'orchestre d'un jazzman réputé (Jack Hilton). Malheureusement le destin en décide autrement, et quelques jours plus tard il est grièvement brûlé dans l'incendie accidentel de sa roulotte. Django sortira de l'hôpital en 1930, avec l'annulaire et l'auriculaire de la main gauche paralysés. Doué d'une volonté peu commune, Django s'invente alors une nouvelle technique guitaristique, et retrouve après des mois d'effort une virtuosité d'autant plus exceptionnelle qu'elle repose sur la vivacité de ses trois doigts restant.
En 1931, Django rencontre Stéphane Grappelli, un violoniste surdoué de 23 ans, lors d’un concert au Claridge. Les deux compères se prêtent quotidiennement au jeu de l’improvisation, bientôt rejoints par Joseph, le petit frère du génial manouche. De cette alchimie va naître une nouvelle forme de Jazz, basée sur les morceaux traditionnels manouches, la chanson française de l'époque mais également le Jazz américain de Duke Ellington, Count Basie...Django et Stéphane forment par la suite (1934) le Quintet Du Hot Club de France, qui comprend également Joseph Reinhardt le frère, Louis Vola à la contrebasse, ainsi qu'un autre guitariste rythmique, Eugène Vées. Le quintet connaît un succès grandissant dans les clubs français, puis se produit à travers toute l'Europe jusqu'au début de la WWII. Django forme alors un autre groupe, plus novateur, comprenant un clarinettiste et un batteur, alors que Stéphane Grappelli s’exile à Londres. Leurs retrouvailles n’en seront que plus délectable, notamment en 1947, lors d’une session d’enregistrement qui verra naître une splendide version de « What Is This Thing Called Love ». Au milieu des années 40, Django part en tournée aux Etat-Unis, pour élargir encore son langage musical et profiter des influences jazzy outre-atlantique. Quelque peu capricieux (Django refusait régulièrement les rappels, et ne se présentait pas toujours à ses propres concerts), souvent lunatique, Django connaît une déception, face à un public adepte du jazz d’Ellington et du Be-bop de Parker et Gillespie. Il participe néanmoins à des séances d’enregistrement, notamment avec l’américain Freddy Taylor, dont la voix chantante et gouailleuse se laisse entendre sur « Georgia On My Mind », « Nagasaki », « After You’ve Gone », ou encore l’excellent « I’se A Muggin », tout ces chefs-d’œuvre se retrouvant sur l’album Django With His American Friends . Après avoir côtoyé les plus grands noms du jazz Américains, il rentre en France, et se produit de moins en moins, jusqu'à s'installer à Samois-sur-Seine, petit village de bord de Seine, près de Fontainebleau. Il se passionne alors pour la peinture, la pêche, et semble s'éloigner définitivement du monde musical. Il décède, trop jeune, le 16 mai 1953, d'une congestion cérébrale, et laisse derrière lui l'empreinte d'un guitariste exceptionnel, légende vivante de la musique Jazz...
Ayant enregistré près de 1000 titres, Django Reinhardt aura laissé un témoignage d'une exceptionnelle richesse au patrimoine culturel français...chaque années de nombreux festivals lui rendent hommage à travers le monde, en France bien sûr à Samois-sur-Seine, mais également aux Etats-Unis, au Japon...le swing manouche connaît une survivance incroyable pour un style vieux de plus de 70 ans, et ses représentants sont nombreux, dans la communauté manouche ou non. On pourra citer notamment Biréli Lagrène, né en 1966 en Alsace, et qui s'impose dès l'âge de 8 ans comme le nouveau phénomène du jazz manouche. Car ce style s'apprend très tôt dans la culture manouche, et il n'est pas rare de croiser lors de festivals des petits virtuoses d'à peine 10 ans, et qui maîtrisent déjà le répertoire de leur idole, Django Reinhardt. Peut-être plus qu'un guitariste, Biréli est un musicien exceptionnel, dans le sens où il "vit" cette musique, la sent, la respecte et la domine à la fois, et se l'approprie d'une manière unique, tout à fait personnelle, loin des clichés qui enferment le jazz manouche dans le piège de l'interprétation reinhardienne. N'oublions pas que Biréli, qui montait déjà sur scène à l'âge de 8 ans, est parti aux Etats-Unis à l'âge de 15 ans, pour un voyage initiatique qui l'a confronté aux plus grands musiciens de Jazz Fusion, mais également à Jaco Pastorius, le maître de la basse dite « fretless », Larry Coryell et John MacLauhglin, ce qui l'a presque totalement coupé du monde de la musique manouche, mais lui a permis d'élargir considérablement ses influences et son langage musical. Avec les albums « Gipsy Project » et « Gipsy Project & Friends », sortis en 2001 et 2002, Biréli revient donc au jazz manouche, son premier amour, mais en lui apportant sa touche personnelle...On retrouve un jeu empreint d'une virtuosité, d'une vivacité technique et d'une créativité incroyables, qui transportent Biréli tout en haut de la planète jazz, et en font, on peut l'admettre, le fer de lance du jazz manouche actuel.
Romane, plus agé, n'est pas issu de la communauté manouche, mais reste un musicien très influent dans le swing manouche actuel. Avant-gardiste, il n'hésite pas à mélanger l'orgue hammond où le piano (French Guitar, Iris Music, 2005) à la rythmique envoûtante des frères Yayo et Fanto Reinhardt, et s'éloigne ainsi du traditionalisme pour ajouter une touche plus moderne, une nouvelle couleur au swing…A écouter absolument, ses albums avec Stochelo Rosenberg, « Elégance », « Double Jeu », et le tout récent « Gipsy Guitar Masters », témoins d’une alliance particulièrement réussie entre deux musiciens pourtant totalement différents dans leur approche du style.
Tchavolo Schmitt, remarqué récemment dans le film Swing de Tony Gatlif (2002), très crédible en Miraldo, gitan bourru au cœur d’or, représente quant à lui la "quintessence" du style, adepte d'un jeu musclé, et qui n'hésite pas à remettre au goût du jour les valses d'antan. Originaire d’Alsace, Tchavolo a aussi joué en Allemagne et en Hollande, notamment avec Fapy Lafertin, avant de revenir en France, et d’y enregistrer un premier disque à son nom (« Alors ?…Voilà ! », Iris Music), largement motivé par Romane. Ce premier album est un succès, et le propulse sur le devant de la scène, Tchavolo enchaînant les tournées, notamment au Japon, où son style viril est particulièrement apprécié. Il a récemment sorti un nouvel opus, « Loutcha », dédié à sa famille, et qui comporte de magnifiques valses de sa composition.
Angelo Debarre, manouche originaire de Paris, possède une technique époustouflante et une attaque très sèche, qu'il met au service d'un jeu fulgurant, accompagné depuis quelques années par l'excellent accordéoniste Ludovic Beier, avec lequel il a enregistré notamment les albums « Come Into My Swing » et « Entre Amis ». Il se produit également beaucoup aux USA, dans le cadre de festivals dédiés aux génial gitan.
Originaire de la communauté sinti Hollandaise, Stochelo Rosenberg reste le premier joueur de swing manouche à avoir vendu le plus de disque, en dehors de Django. Il parcourt l'Europe avec son trio dans les années 90, adepte d'un jeu fluide et léché, tout en fulgurance. Malgré quelques erreurs de parcours, dont le kitchissime « Impressions » (1992), Stochelo s’affirme peu à peu comme un des maîtres du style, se produisant régulièrement au festival de Samois-sur-Seine, notamment lors du cinquantenaire de la mort de Django, pour un concert exceptionnel dont a été tiré le disque « Live A Samois, Tribute to Django Reinhardt ». Il joue depuis peu avec son cousin Sani et son petit frère Mozes, le nouveau trio ayant enregistré l'album "Ready'n Able" en mars 2005, album original, qui comprend de magnifiques reprises, pourtant osées, comme « I Wish » de Steevie Wonder, et des compositions de qualité, Stochelo démontrant une nouvelle fois avec « Joseph Tiger » son sens inné de la création.
Dorado Schmitt, manouche d'origine alsacienne et qui a formé son fils Samson, est un musicien très apprécié en France et en Europe, et est notamment à l'origine de bossas sublimes (Bossa Dorado).
D'autres musiciens comme Raphaël Fays, Jimmy Rosenberg, Boulou et Elios Ferré, fils de Matelot Ferret et neveux de Baro Ferret, David Reinhardt (le petit-fils), Rodolph Raffali, d’une sensibilité et d’une musicalité extraordinaires, et qui a récemment sorti un magnifique album de reprises de Brassens, Ninine Garcia, qui perpétue la tradition au côté de son père Mondine à la chope des puces, le suédois Andréas Oberg, Yorgui Loeffler de l’école alsacienne, le hollandais Fapy Lafertin, dont on affirme qu’il est le secret le mieux gardé du jazz manouche, où même Thomas Dutronc complètent cette liste des représentants du jazz manouche, qui ne saurait être exhaustive, étant donné le nombre croissant d'artistes voués au culte de Django...
Buddy Holy
PS : deux liens forts intéressants :
-La biographie de Django par Yves Salgues :
http://www.jazzmagazine.com/Vies/portraits/djangoreinhard...
-Une biographie plus courte, mais qui mérite qu’on s’y attarde, par Francis Marmande :
http://www.djangomontreal.com/doc/QuandDjango.htm
23:05 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
Commentaires
Très bien la présentation du jazz manouche. Un rendez-vous à ne pas manquer, du 2 au 6 juin, à Salbris -Sologne ; Loir et cher- Swing41, festival très sympa. Consultez leur site il est très bien fait.
Ecrit par : pascal | 10 mars 2006
Pierre-Etienne, tu dois donc venir dans le Loir-et-Cher juste avant, ou juste après la Thaïlande. Ta fin d'année s'annonce chargée...
Ecrit par : Bruno | 10 mars 2006
Ah oui le festival de Salbris, ça fait un moment que j'attends la programmation, et je ne la trouve pas sur leur site. De toute façon je reviens de Bangkok le 9 juin alors...je tenterai plutôt Samois!
Ecrit par : Buddy | 10 mars 2006
Bruno, le 4 juin, c'est un dimanche, à 21h, tu ne rateras point le concert de Romane & Stochelo Rosenberg au festival de Salbris...ça va être grandiose!
http://www.djangostation.com/article.php3?id_article=454
Ecrit par : Buddy | 15 mars 2006
belle présentation! Pour en savoir un peu plus : Swing manouche à l'adresse http://jazz.manouche.free.fr
Ciao ciao
Ecrit par : Vince | 27 septembre 2006
Salut Vince, j'avais déjà visité ton site via Manoucheries, il est bien pensé et assez complet . Sympa la vidéo des Rosenberg au New Morning ! Bonne continuation, à bientôt.
Ecrit par : Buddy | 28 septembre 2006
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