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18 mars 2006
Les monologues de Mars 2006
Les monologues de mars 2006 :
L’anarchiste :
« Tous les soirs, ou presque, ça déferle sur la place de la Sorbonne. Pas longtemps, car on ne peut soutenir indéfiniment le rythme du combat, pas longtemps, parce que les pavés c’est plus vite lancé qu’arraché au sol, pas longtemps enfin parce que les flics finissent par arrêter quelques uns des nôtres. Les barrières de protection, on vous les balance à la gueule, enfin au casque, avec les pavés, les chaises, les cocktails Molotov, espèce de sales fachos de CRS… Nous brandissons le drapeau noir, notre étendard de la mort, nous nous défoulons, nous cherchons à faire mal. L’important n’est plus, d’ailleurs ça ne l’a jamais été, de faire reculer Villepin. Il n’y a guère que les trente ou quarante mille moutons bêlants soumis à l’Etat liberticide qui ont manifesté jeudi pour croire que le pacifisme peut encore prouver quelque chose au monde. Combien de temps encore nous pourrons profiter de leurs insatisfactions humanitaristes d’agneaux anti-précarité, avant qu’ils ne se rendent compte qu’entre eux et nous il y a l’infinie distance qui sépare la servitude volontaire (eux) et le triomphe libéré de l’empire de la mort (nous), cela nous ne le savons pas, mais nous parvenons presque à faire peur à ces salauds de bourgeois du quartier latin, nous montrons la puissance illimitée de notre colère, et nous écrivons, dans le martèlement des vitres, des façades, une page du témoignage de l’expansion anarchiste. Nous aimons le néant, nous ne croyons à aucun pouvoir, si ce n’est celui de nos corps déchaînés, nous refusons de vivre et de laisser vivre les autres dans ce monde. L’Etat doit périr, la mort doit purger le monde de tous les pouvoirs, qui ne sont que des machines d’oppression, et le CRS doit crever. »
Le manifestant anti-CPE :
« Depuis bien longtemps, nous guettions une énième exaction de la droite, nous sentions qu’après le CNE viendraient de nouvelles offensives liberticides, que l’on reviendrait sur des acquis sociaux si chèrement gagnés. Aujourd’hui, nous entendons nous employer à défendre chèrement le modèle français de la protection sociale, sans accepter de leçons de libéralisme économique sauvage des gouvernements européens. On nous explique oiseusement que le CPE pourrait faire baisser le chômage chez les jeunes. Nous répondons que la fascination pour les chiffres et que la modification parfaitement artificielle des statistiques ne sauraient bien longtemps tromper les Français et nous nous inquiétons de cet euphémisme que Dominique de Villepin, pourtant grand amoureux de la langue française, emploie à tout bout de champ : « flexibilité ». Nous sommes entrés dans des temps de perpétuelle inquiétude. Le ministre de l’Intérieur transmue les explosions de violence qui menacent d’embraser la France, en prétextes pour se faire mousser auprès du quidam naïf, et il surfe dangereusement sur des thèmes qu’un Le Pen aurait formulés dans des termes parfaitement comparables. Aujourd’hui, la précarité, la dégénérescence de la politique en pur théâtre de communication à enjeu électoral, l’institution de la violence morale, économique et physique comme pseudo-mode de gouvernement, toutes ces immondices la jeunesse française, étudiante, intermittente, sans-papiers, et les sensibilités militantes de gauche et d’extrême-gauche entendent bien les dénoncer et les faire reculer. Aussi longtemps que nos voix et que nos jambes nous donneront la rue comme théâtre d’expression, nous marcherons pour dire que nous refusons de perdre tout ce qui a fait de nous les Français que nous sommes. »
Le CRS :
« Flic n’est pas un métier, ce n’est peut-être même plus uniquement une profession, c’est devenu aujourd’hui un sacerdoce. Il faut oublier ce que dit de nous le monde pour lui vouloir encore du bien. Il faut oublier ces tags dégueulasses qui ornent à nouveau les murs du quartier latin, ces « Mort aux flics », ces « CRS : SS » que l’on a vu refleurir. Régression de 40 ans en arrière dans les rapports entre les flics et les étudiants.
Nous coûtons cher. On a contesté notre utilité, on nous utilise d’ailleurs parfois assez mal, au gré des voyages, des affectations, et nous restons parfois plusieurs mois sans sembler directement utiles à la nation. Mais nous sommes, aujourd’hui, le dernier rempart que certains Français rencontreront avant de sombrer définitivement dans la haine de soi. Quand on attaque tous les soirs une Sorbonne pour la « reconquérir », alors que nul n’ignore que le petit séjour Club Med opéré par quelques centaines de militants il y a une semaine dans les locaux de l’université a quasiment tourné à la mise à sac d’un bâtiment historique, à la destruction de matériel et de ces fameux livres que les étudiants auraient pourtant dû protéger plus que tout (l’école de Chartes en a fait les frais…), qui osera prétendre qu’il n’y a aucune haine dans de tels agissements, aucune haine contre autrui ni aucune haine contre soi-même ? Etrange manière de militer qui consiste à détruire ce qui faisait l’orgueil de la nation, un des symboles du rayonnement culturel de la France dans le monde… Car parlons franchement : nous faisons rire toute l’Europe, en ce moment. La France ne fera plus jamais rêver personne sur le plan politique. Tous les journaux le disent : crispation sur des traditions et des mentalités gauchistes d’un autre temps… Villepin a le courage de tenter quelque chose, mais ah non, surtout pas comme ça, surtout pas agir vite, surtout pas de remèdes rapides !
Quant à nous CRS, il nous arrive de ne plus en pouvoir de ces éditos dans certains journaux en France où nous passons pour des fachos fracasseurs de corps adolescents… Nous protégeons le plus souvent un patrimoine (la Sorbonne, où certains d’entre nous envoient étudier leurs enfants avec fierté !), la tranquillité publique, et l’immense majorité d’entre nous n’a aucune fascination pour la violence. Nous sommes des guetteurs, des protecteurs, du moins est-ce pour cela que nous acceptons encore malgré tout d’obéir sans broncher ni faiblir à des ministres parfois versatiles, qui se servent de nous pour se faire mousser dans les médias…
Nous arrivons de province pour renforcer la sécurité dans le quartier latin. Pour certains d’entre nous, c’est d’ailleurs le premier contact avec cet univers qui représente la gloire de l’intelligence française (la Sorbonne, le collège de France, des prépas, le ministère de la recherche à deux pas, l’ENS si on marche un peu…), mais nous n’y venons pas en touristes. Ou plutôt si : mais le cadeau d’accueil est un superbe extincteur Sorbonne (excellent état, jamais servi) à travers la gueule, quelques pavés pour être sûr que nous ne nous endormons pas, et éventuellement des cocktails Molotov pour faire bonne mesure. Tout va bien, nous aimons ce quartier paisible, où il fait bon étudier, parler philosophie et littérature à la terrasse ensoleillée d’un café (ah non, c’est vrai, ils ont fracassé hier « les Patios », café de la place qui venait d’être refait, et vitrifié l’ancienne librairie des Presses Universitaires de France pour trouver des cadeaux de bienvenue pour nos collègues)…
Mais nous ne nous énerverons pas. Sarko a demandé à chacun d’entre nous un maximum de « tact ». aucun énervement devant cette petite fille de 12 ans qui m’a lancé un cocktail Molotov hier. Aucun énervement devant ce jeune qui parle devant la caméra, pavé au poing : « L’Etat ne comprend plus que ça. » Aucun énervement devant les noirs étendards des abrutis qui discréditent la fronde anti-CPE. Zen. Le CRS est quelqu’un de zen. Il n’a pas le droit de répliquer, il doit tenir derrière son bouclier, laisser les extincteurs et les pierres rebondir sur son casque, et s’il a le temps, qu’il s’émerveille de se trouver en villégiature, par des températures estivales, dans un quartier magique où pleuvent des échelles à certains moments de la journée. Et après quelques heures de résistance, un peu de lacrymo, pour signifier que nous avons bien, de notre côté, apprécié l’accueil qui nous a été réservé, et témoigner toute notre gratitude pour un si chaleureux accueil.
Bien des gens en France ne s’aiment pas français, et n’aiment pas les autres. Nous avons choisi d’être flic CRS parce que nous croyions aimer suffisamment ce pays pour en protéger les civils, parfois contre eux-mêmes. Mais chaque jour un peu plus, à mesure qu’une indicible obscurité plane sur nos avenirs à tous, nous sentons poindre en nous-mêmes des commencements d’inquiétude. »
L’étudiant anti-blocage :
« C’est moi, Bruno Gaultier, mais aussi c’est moi chacun de ceux, chacun de nous qui refusons de laisser la démocratie se corrompre et se prostituer comme elle semble aujourd’hui le faire dans les pitoyables Assemblées Générales qu’on continue à organiser dans le souci de voir définitivement triompher la politique simulacrale. Le simulacre est pure surface, il est sans profondeur, il hait la réalité, il hait la vérité des faits, et plus encore il hait la nuance. Il aime le nombre, la masse pure, le bruit, mais il a horreur des nombres, des voix discordantes, du désaccord de fond.
Qu’est-ce qu’une assemblée générale de mars 2006 ? Une grande foire d’empoigne, un temple de la non-pensée, et une parodie risible de la démocratie. Un vote se compte, dans la véritable démocratie. Or, combien avons-nous vu d’assemblées controversées où les bloqueurs finissaient par ajourner d’interminables séances de palabres stériles en voyant qu’un décompte réel aurait mené à la reprise des cours ? Quel est ce mode ordurier de vote où l’on se fait huer d’avoir une opinion différente de la majorité ?
Bloquer une faculté, ça veut dire quoi ? Cela veut dire que la parole d’un professeur peut du jour au lendemain être anéantie par le militantisme énervé d’une fraction d’étudiants, ou parfois même de non-étudiants. Etonnant, quand on sait toute l’autonomie que les facultés ont toujours souhaité avoir par rapport au pouvoir politique… Cela veut dire, aussi, que l’on reprend à titre de justification la bonne vieille formule du « Il n’y a que ça qu’ils comprennent » (vous savez, cette si belle formule qu’employait une jeune femme maghrébine en 2002 en prenant uniquement sur le présentoir de son bureau de vote le bulletin de Jean-Marie Le Pen, gros mots en supplément gratuit à ce geste d’humeur…).
Je suis arrivé il y a quatre ans à Paris. Aujourd’hui, ce quartier qui fut le théâtre surhumain des premières années de ma formation intellectuelle, et où je commençais seulement à trouver un bonheur de vivre qui me soit propre, ce quartier est dévasté par des hordes d’individus aux idéaux et aux méthodes primaires, et sa fac, mondialement connue, est gravement endommagée. La Sorbonne n’est pas bloquée, elle est tout simplement violée, outragée, déshonorée. Non, ces moyens ne trouveront jamais de justification par la grandeur de leur fin. Imaginez que Sarkozy ne donne pas l’ordre de faire évacuer la Sorbonne : aurait-on continué à abîmer de vieux livres ? que serait devenue la chaufferie des sous-sols de la fac, complètement bousillée en quelques jours ? Nos bloqueurs auraient-ils continué à picoler en vantant leur héroïsme digne des grandes tragédies ?
J’ai assisté, en marchant à rebours, à la manifestation du jeudi 18 mars. Je n’y ai rien trouvé à redire. Parfois même, en certains endroits du cortège sur le boulevard de Montparnasse, on aurait pu, en enlevant les autocollants et en rajoutant deux ou trois chars, se croire à une petite technoparade de santé, au sortir de l’hiver. La rue ne gouverne pas, mais elle a le droit de parler, et c’est bien qu’elle le fasse. Que la rue, la vraie (c’est-à-dire pas les anarchistes, ni les fans de la violence comme mode privilégié d’expression politique), continue à parler tant qu’elle pensera devoir le faire, mais qu’elle sorte des amphithéâtres où elle est entrée par une scandaleuse effraction et où chaque jour un peu plus elle fait perdre au mot « démocratie » la noblesse de son sens premier.
Nous en sommes à un point de non-débat tel que la question devient moins celle de la validité, de la justice et de l’efficacité du CPE, que celle de la pertinence des moyens de contestation du CPE. Je veux retourner en cours, retrouver mes professeurs de métaphysique, d’histoire de la philosophie, continuer à étudier cette matière qui semble à certains si impuissante et si inutile dans le monde actuel. L’intelligence ne grandit pas toute seule, elle a besoin de maîtres, de professeurs, de grands ancêtres, y compris pour savoir à quel moment il lui sera opportun de s’affranchir, de se rebeller vis-à-vis de ces maîtres. Pour cela, souhaitons retourner le plus vite possible en cours, et voir le quartier latin, mais aussi toutes les facs de France, connaître l’accalmie et recommencer à transmettre la possibilité de penser « par soi-même » et à diplômer la jeunesse étudiante de 2006. »
Bruno Gaultier
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Commentaires
Je voudrais juste apporter quelques précisions et faire des distinctions.
- Tu sembles considérer le "manifestant anti-CPE" comme une essence inaltérable. Ce n'est pas vrai : je t'accorde bien volontiers qu'il y a beaucoup d'imbéciles qui n'ont pour but que de mettre le bordel dans le quartier latin, mais quand même... Essaie d'aller à une de ces AGs que tu critiques, ne serait-ce que pour observer, et tu verras qu'on y débat vraiment. Tu verras aussi que les gens des organisations d'extrême-gauche ne sont pas les plus excités : les vrais opposants sérieux à la politique du gouvernement, ce ne sont pas ceux qui s'amusent à desceller des pavés et à les lancer sur les CRS, ce sont ceux qui tentent parfois de "calmer le jeu" (eh oui !), qui évitent les déclarations à l'emporte-pièce, du style "votons pour abolir le salariat". Ces gens-là essaient d'organiser le mouvement social, ils constituent des services d'ordre pour éviter que les jeunes plus modérés - car ils sont la majorité, même parmi les anti-CPE - se fassent tabasser ou racketter lors des manifestations, par de jeunes cons ou par des fachos (tu as oublié ce portrait-là, Bruno : pourtant les types du RED et du Front National de la Jeunesse ne sont pas pour rien dans les violences récentes... et je peux te dire qu'ils ne sont pas anti-CPE...). Ces gens-là ont voté, pas plus tard que mercredi dernier, pour condamner une banderole situationniste : "CPE, CDI, c'est toujours le STO". Ils vont sensibiliser les salariés.
Je ne peux que t'engager à venir aux AGs pour faire triompher cette voie-là contre les types qui voudraient faire croire aux étudiants anti-CPE que les casseurs sont leurs frères, et qu'il ne faut pas se désolidariser d'eux, parce que ce serait faire le jeu du gouvernement ; qui critiquent le service d'ordre parce que la liberté, c'est pouvoir faire tout ce qu'on veut, c'est bien connu... Si tu continues à penser que les AGs ne sont pas du tout démocratiques, tu peux aussi bien aller aux réunions des étudiants anti-blocage. Je ne nie pas qu'il s'agisse d'une forme de démocratie. Simplement, tu verras alors qu'il est très difficile de contrôler les éléments radicaux : car je ne doute pas que vos réunions seront infestées d'éléments d'extrême-droite, de même que les nôtres sont infestées de gauchistes.
- Sur la Sorbonne : je n'y étais pas, je ne peux donc te raconter ce que j'ai vu. Simplement, les amis - que je n'ai pas de raison de ne pas croire, parce que ce sont des gens sérieux - me disent que les dégradations ont été nettement amplifiées. Les slogans auraient été écrits à la craie (je maintiens le conditionnel, mais bon...). Les livres jetés et dégradés n'auraient pas été nombreux, et en tout cas, ça je peux t'en parler parce que je l'ai entendu, certains étudiants ont récupéré certains de ces bouquins et les ont remis, quelques jours plus tard, à un comité d'enseignants. Je pense que le gouvernement se sert beaucoup de ce type d'événements afin de discréditer un mouvement qu'ils ne parviennent pas par ailleurs à réfuter sur le plan des idées. De plus, souviens-toi que les actes violents sont dans leur grande majorité commis par des extrémistes : gens de plus assez lâches, car entre ceux qui balancent des extincteurs ou des échelles par les fenêtres et ceux qui forment des chaînes humaines en criant "résistance pacifique", sous les fumigènes et les coups de matraque dans les parties, je crois que les véritables "combattants", au sens noble du terme, ce sont les seconds...
Occasion aussi pour moi de revenir sur l'histoire de la personne handicapée soi-disant balancée dans un escalier par des "gauchistes" de Nanterre. Ceci a été démenti par une enseignante : je te donne le lien :
http://permanent.nouvelobs.com/social/20060311.OBS0158.html
Evidemment, ce pourrait être une nouvelle fois de la désinformation. Mais comme tu sembles respecter au plus haut point les enseignants... De manière générale, je pense que se fonder sur ce type de faits divers pour discréditer un mouvement relève de la mauvaise foi, de même qu'il est un peu facile de ne se focaliser que sur les dégradations pour contester l'ensemble des manifestants. Vu de l'intérieur, je peux te dire que quand on fait une manifestation Place d'Italie-Châtelet, qui se passe merveilleusement bien, qu'on termine à 18h avec 4600 personnes et qu'on apprend à 19h30 que 200 connards ont décidé d'aller se bastonner avec les CRS, eh bien on l'a mauvaise... De même, quand on commence une manif et que des gauchos décident de pratiquer le détournement de foule sur des lycéens et d'aller occuper le Collège de France...
Pour en revenir à la Sorbonne, on ne peut certainement pas dire qu'elle est "gravement endommagée". Pour peu que les autorités aient décidé de compter dans le coût des réparations certains des effets de la vétusté générale du lieu, par ailleurs fort grande, le total peut monter assez vite...
- Enfin sur la fin de ton message, tu distingues entre les manifestations sympa et les AGs anti-démocratiques. Je t'accorde qu'il y a un côté très énervant dans les AGs, avec de nombreux excités qui crient à la démocratie spectaculaire. Les débats sont souvent stériles, longs, et certains tentent d'y légitimer la violence. Mais enfin, comment est-ce qu'on fait pour organiser des cortèges, pour entreprendre des actions (qui ne sont pas nécessairement violentes), si on n'en parle pas en assemblée ? On fait ça par l'opération du Saint-Esprit ?
Il faut se battre tous les jours pour essayer de faire triompher la modération (enfin, l'anti-extrémisme) dans le mouvement. C'est dur, bien plus dur en tout cas que d'en rester aux images d'Epinal relayées par les médias ; c'est plus éprouvant moralement aussi, parce que ce que je vois quand je vois un gauchiste ou un casseur, ce n'est pas quelqu'un qui se contente de dégrader des bâtiments ou de baîllonner des profs (d'ailleurs, sur cette histoire de profs, tu regrettes tant que ça de ne plus pouvoir écouter JLC ? Et tu penses vraiment qu'on te prive de ton droit d'étudier ? Le temps que tu finisses de lire la Philosophie des formes symboliques en trois volumes, Etre et Temps et Vérité et Méthode, je pense que les cours auront repris depuis belle lurette...). Ce que je vois, c'est des briseurs de mouvement social, qui n'en ont rien à foutre de désespérer les gens avec leurs actions brutales, qui pensent que blesser un CRS est une victoire de la liberté. Avec des gens pareils, on va finir par avoir des morts.
Ce qui me semble être d'ailleurs un bon argument contre le CPE : Villepin ferait bien d'arrêter tout ça avant que la situation n'empire encore. Le mouvement social ne s'arrêtera pas de lui-même, les facs (et les lycées, d'ailleurs) sont de plus en plus mobilisées. Il est vrai que céder signifiera la fin de la carrière politique de Villepin : mais rester sur ses positions le rendra tout aussi impopulaire et provoquera encore plus de dégradations et d'affrontements.
Ecrit par : Adrien | 18 mars 2006
Merci pour cette contribution qui a au moins le mérite de lancer le débat. Il y a quelques points de ton commentaire qui me concernent, Adrien ; au moins deux, en fait.
Premièrement, pour avoir assisté à un début d'AG, et pour avoir eu des échos directs de nombreuses autres, j'ai du mal à voir ce qu'on peut y trouver qui puisse ressembler à un "débat démocratique". On en reparlera en détail dans un prochain post.
Deuzio, je crois que oui, on peut dire qu'on est privé de son droit d'étudier quand on est en maîtrise et qu'on n'a plus accès à sa bibliothèque d'UFR depuis trois semaines. Je pense qu'il est inutile de préciser que les livres dont j'ai besoin ne me sont accessibles nulle part ailleurs. De plus, contrairement à ce que tu sous-entends, il y a des cours qui valent la peine (si si, ça existe, même ailleurs qu'à Normale Sup). Ceux que je suis ce semestre en font partie.
Voilà.
Ecrit par : George Abitbol | 18 mars 2006
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