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18 mars 2006
Salade mythologique
Constaté récemment sur ce blog : le goût très prononcé de l’internaute moyen pour des articles ou des commentaires qui « dérapent » jusqu’en dessous de la ceinture. Ah, la bonne gauloiserie bien grasse, larguée à distance comme un vieux shoot de Roger Parpaingot…
Il faut noter toutefois que, dans ce genre comme dans les autres, le choix du sujet traité ne doit pas faire oublier la forme. Il faut écrire dans une belle langue, ou bien faire preuve d’originalité verbale. Entre Théophile de Viau (poème renié par Théophile, ou plus exactement arraché de ses œuvres comme étant calomniateur !!!) et Michel Houellebecq, il faut trouver un espace littéraire pour dire avec élégance ces choses-là. Houellebecq, justement, disait que pour un auteur, une scène d’amour est extrêmement difficile à réussir, contrairement à une scène d’enterrement. En effet, lors d’un enterrement, le deuil accroît étrangement la netteté, la clarté et la force des perceptions, tandis que l’étreinte amoureuse, élévation des sens jusqu’à la haute incandescence, est toujours baignée de flou, et les sensations de l’amour sont d’autant plus difficiles à rendre.
Toutes ces remarques vaseuses et inutilement introductives pour vous faire part d’une petite plaisanterie que Jean d’Ormesson citait dans son roman philosophique : Presque rien sur presque tout :
« SALADE MYTHOLOGIQUE
Pénélope Enée de vous asseoir que je vous Archonte Ulysse-Troie.
C’était Léthé. Nous Phéniciens de Déjanire. Il n’était pas Tartare : une Eurydice, une heure Icare. Encore était Titan que Scylla Phénix.
Borée d’Homère Encelade, j’étais Achéron et je sentais l’Eros se re-Bellérophon de mon Nestor-mac : peu s’Omphale-ût que je n’Eurotas et que je ne Médée Gorgias.
Pour être plus Cocyte, je prends mon Styx à Pomone d’Ajax : il Phallus voir comment j’é-Thémis ! Je Melpomène et m’a-Muse Icare d’heure aux Champs-Elysées et je vais rendre v-Isis-te Amathonte.
Par-Vénus devant sa Cambyse, je frappe à Saturne.
« Atrée ! » fit-elle.
Egérie. Car j’arrivais fort Atropos : elle avait mis sa Jupiter et a Léthé Anchise Persée en train d’Uranie. Ou Pluton, je crois Galatée en train de se Pollux l’Hélicon.
Sodome, je ne sais comment elle Cypris, mais après un Paphos sur Dédale Numides, Alphée le grand Icare et je lui Vulcain. Il n’était pas Aphrodite, ni Pharsale, mais Pollux, Apollon, a-Sémélé : je crois qu’elle Circé poils afin qu’ils Narcisse.
Ench-Antée de la voir Cybèle, je tombe à ses Junon, je l’Euterpe à bras-le-corps et je la Chloé sur la Pallas d’Ulysse. Là, j’Illisus Lycaon Hélène Enée et l’Abydos de son Pyrrhon et je lui fais Minos. Ça Minerve d’Eutrope et je Tityre mon Dardanus qui Satyre d’une Bellone. Elle me Prométhée de me Pompée la Pythagore et de me la s’Chloé jusqu’à ce que Janus l’Ovide, mais pas besoin qu’elle Léda pour qu’elle s’Eurydice.
« Par Zeus ! fit-elle, qu’elle Erèbe ! Phédon ! » Et comme je m’y prenais un peu bas : « Actéon ! Plus haut ! Laomédon ! » Bien que tout le mont Hymette, l’Atrée n’était pas Thésée. Mais jamais je n’Erato l’Echo : faut Cassandre ou Calchas.
Cytho qu’elle Laocoon, voilà Castor et qu’elle en Rhadamante : « Orphée-le-moi ! »
J’Amphion, j’en fis Zeus, j’Amphitrite, j’en Tircis. C’est Baucis, mais je ne peux Alexis. Télémaque.
Que Cérès si j’avais Proserpine ! Ménélas, Junon Neptune.
Mais voilà qu’elle Saturne. Pan ! Je l’Hercule Troie fois sans qu’elle m’en Priape ni que Jupiter d’elle.
« Hébé ! lui dis-je, si ç’Atlas, moi ça Morphée ! » Phallus-t-il que Janus dans mes Deucalion ! Je suis très Protée Polyphème.
Au plus fort de l’Ixion, je ne sais si elle Vesta ou si elle fit un Pégase, mais ce n’était pas parfumé Osiris : ça sentait Pluton le Chloris Dryade d’Amon Eaque ou l’Alcide Sylphe Hydre-ique.
« Phébé ! Lydie-je, nous Jason du Sphinx-ter ! Athénée Fatimide ! Tu n’es guère Polyphème. Faudra-t-il Ganymède un Python dans l’Arès mé-Diane d’Ephèse pour Phocée l’Uranus à Cythère ? Achille donc ! je re-Tityre mon Eupolis de Corinthe que ton Péluse. »
Alors, elle me Priape : « Oreste ! est-ce que je Thessalie ? »
« Oh ! Lydie-je, je ne Verrès ça Caprée. »
Hécate jours Plutarque, voilà que mon Nestor : je Psyché d’Elam de rasoir. Que Phaéton en Parque-eille Cirque Constance ? On Centaure Lapithes de Harpies, il faut prép-Arès des m-Ixion et Phèdre des Ajax Ion. Tout cela n’est pas dé-Sisyphe et ne me servit Ariane. Omphalos-t-il qu’on me la Cupidon ? Agamemnon ! Après Simoïs d’un Andromède au Mercure, je suis par-Vénus à me guérir Lapithes.
Envoi
Passant, Sirène t’Io-blige, Némésis Ithaque
De Corinthe Calchas ou Callypige la Eole.
19:32 Publié dans Esthétismes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
Bonjour.
Etrange, votre blog, trinitaire si j'ai bien compris : parfois intéressant, parfois non, mais il y a au moins de la belle curiosité et un certain style, parfois un style certain.
Connaissez-vous le blog d'Olivier Noël, le Transhumain, sur cette même plate-forme ? C'est lui aussi un passionné d'Abellio, je vous le recommande.
Bien cordialement et excellente continuation.
Ecrit par : Stalker | 18 mars 2006
Petite précision concernant Théophile, puisque tu fais allusion à notre conversation de l'autre jour sur le fameux poème paillard...
Ce sonnet ne figurait pas dans ses oeuvres, mais en première page d'un recueil de poésie licencieuse comme il s'en faisait beaucoup à l'époque. Il se trouve que le Parnasse des Poètes Satyriques est l'un des plus réussis dans son genre, ça a même été, comme on dit, la goutte qui fait déborder le vase. Voilà pourquoi Théophile pouvait nier avoir écrit ce sonnet : il est en effet tout à fait possible que les éditeurs se soient servi de son nom pour offrir une plus large publicité au Parnasse.
Cela dit, il y a d'autres poèmes du même genre qui sont bien de lui.
Ecrit par : George Abitbol | 18 mars 2006
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