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27 avril 2006

Timothée Le Moing, une recrue pas comme les autres...

Quelques pensées et remarques sur des méthodes de recrutement pas comme les autres

 

Jeudi, alors que la Sorbonne n’avait pas encore été envahie, je me suis rendu devant pour voir ce qui s’y passait. Me pliant ainsi à l’idée d’un ami historien : « quand l’Histoire est en marche, il est de notre devoir de ne pas rater son départ ».

Me voici donc devant la porte rue de la Sorbonne. La centaine d’étudiants qui s’y trouvait assemblés hurlait, bougeait, buvait. Bref, plus qu’une manifestation politique, les gens semblaient plus réunis là pour un pique-nique. Même si l’allure de ce cortège de quelques dizaines de personnes n’avait rien de grotesque, elle ne m’en rappelait pas moins Underground par la présence de nombreux cuivres. L’alcool coulait à flots et l’air était à la fête.

Fendant la masse pour me rendre chez moi, je fus alpagué par un jeune homme de mon âge. Petit et nerveux, l’homme en noir me demanda comment j’allais. Fort bien mais j’avais autre chose à faire. Pour lui, les gens présents ici, devant cette porte gardée par les chiens du pouvoir, défendaient la liberté menacée par les décisions de la classe politique. Il fallait tout faire pour que le monstre du CPE fût terrassé au plus vite. Si certes, j’étais d’accord avec lui sur plusieurs points, il n’empêchait que, n’ayant toujours pas dîné, mon ventre prenait de plus en plus le pas sur ma raison et qu’il me tardait de me retrouver devant mon assiette.

J’avais autre chose à faire et je m’en allais, souhaitant bon courage à cet idéaliste. Tout d’un coup le bonhomme me barra de nouveau la route et m’interpella. Ne voudrais-je pas l’aider lui et son groupe ? Peut-être, mais après avoir mangé. Mais, la liberté n’attendait pas qu’on eût le ventre plein. Certes, mais, à mes yeux, la liberté n’était pas menacée au point d’aller les aider, le ventre vide. Mais la porte de la Sorbonne devait être reprise avec tous les bras disponibles et, au vu de ma taille et de ma force, il paraissait évident que je me ferais avec facilité un ou deux CRS avant de tomber, pour la liberté. Je ne refusais pas les bras d’une amante comme elle, elle, qui avait cependant mieux à faire que de me recevoir au nom d’une cause de plus en plus douteuse. Quoi donc ? Les chiens de l’ordre pourri que sont les politiques ne feraient pas le poids face à dix gaillards comme moi. Après un rapide coup d’œil, il ne s’en trouvait pas un seul qui approchât ma corpulence. Mais où étaient donc les autres ? Son groupe arriverait d’un instant à l’autre et il ne serait pas question que je fusse abandonné, une fois la bataille commencée.

Ayant autre chose à faire que de verser mon sang, en frappant des gens qui n’ont rien demandé pour ça, au nom d’une liberté dont il ne me semblait pas avoir grande idée à part qu’il fallait rentrer dans le cordon de CRS ci-présent afin de pénétrer dans la Sorbonne pour, je cite, « la rendre aux étudiants ». Devant mon refus, il se mit à me flatter des pires insultes qu’il connaissait : j’étais un fasciste pour mon refus de participation à son inéluctable révolution, pire, par mon hésitation à y adhérer, un contre-révolutionnaire. Devant mon calme, il m’agrippa et me menaça physiquement. Après lui avoir expliqué que j’avais des choses plus dangereuses à faire que de discuter avec un branquignolle dans son genre, comme ranger mes chaussettes, par exemple, je m’en allai, laissant le petit homme de noir vêtu, seul, dans sa bêtise.

Commentaires

Beau (si l'on peut dire) portrait de nos Camelot(e)s du Peuple...

Ecrit par : George | 29 avril 2006

Timothée, quelques échos me sont parvenus suite à ta salve verbale ici-même: tu as amusé, plu, voire convaincu. Je ne peux que t'inviter à récidiver dès que tu as l'envie, la verve et le sujet nécessaires pour être aussi bavard que François, Pierre-Etienne et moi-même.
Au plaisir, chère "recrue pas comme les autres"!
Bruno

Ecrit par : Bruno | 06 mai 2006

Ouais, c'est vrai qu'il est pas comme nous ce Timothée.. Je l'ai vu, il fait au moins deux mètres pour cent kilos, et il a des bras COMME CA ! Je vous jure ! Bienvenue grand Timoniée !

Ecrit par : George | 06 mai 2006

note de l'auteur : il me faut rétablir la vérité sur cette fausse rumeur qui court sur moi : je ne fais pas deux mètres (avec les chaussures et une coupe de cheveux à la Jackson Five, je les dépasse, c'est vrai). C'est toutefois avec plaisir que je reçois vos critiques et que je m'apprète donc à récidiver ici bas.

Ecrit par : Timothee Le Moing | 07 mai 2006

Ni deux mètres, ni cent kilos, rétablissons la vérité historique. Néanmoins, le CNT n'a jamais rassemblé la majorité des manifestants...

Ecrit par : Nathalie | 14 mai 2006

Ah oui, c'est vrai que Timothée n'avait pas rectifié le poids... Je vois qu'il y a des gens très attentifs à ce qui s'écrit sur ce blog, ça fait plaisir. Cela dit, je pense que notre immense corédacteur sera flatté de constater que vous lui accordez un statut "historique".
Par ailleurs, personne n'a dit ici que la CNT avait rassemblé la majorité des manifestants. Il y a peut-être eu 90% de manifestants raisonnables, je n'en sais rien et je m'en contrefiche. L'important, pour nous, c'est ce qui s'est passé dans les facs, où une minorité d'étudiants a empêché la majorité de bénéficier d'une année de formation satisfaisante. Alors oui, nous avons refusé de marcher avec ces gens-là.

Ecrit par : George | 15 mai 2006

Attends, George, ce n'est pas tous les jours que j'entre dans l'histoire, laisse moi en profiter un peu....ayè c'est fait. Merci Nathalie !

Ecrit par : Timothee Le Moing | 15 mai 2006

C'est vrai, tu en as de la chance... En fait, je crois que je suis jaloux !

Ecrit par : George | 16 mai 2006

Fière de voir que des personnes de Meaux peuvent avoir une vraie plume en dehors de Bossuet. Joli boulot. En espérant te revoir un jour rayon BD même si je n'y travaille plus.
A plu

Ecrit par : kim | 17 avril 2007

Fière de voir que des personnes de Meaux peuvent avoir une vraie plume en dehors de Bossuet. Joli boulot. En espérant te revoir un jour rayon BD même si je n'y travaille plus.
A plu

Ecrit par : kim | 17 avril 2007

Fière de voir que des personnes de Meaux peuvent avoir une vraie plume en dehors de Bossuet. Joli boulot. En espérant te revoir un jour rayon BD même si je n'y travaille plus.
A plu

Ecrit par : kim | 17 avril 2007

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