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11 mai 2006

Meaulnes, Rosenzweig et le secret

Dans l’entrechoc même des sensations et des concepts que chaque jour a donnés, dans ces flux étranges, mêlés de langue et d’image, qui s’interrompent pour mieux repartir dans les dédales de l’esprit, bien des phrases peuvent à présent être avancées.

Les jours eux-mêmes avancent, dans des retours subits de soleil, et on ne sait pas si l’on y a soi-même avancé, depuis des mois, dans un hiver qui n’en finissait plus. Les lectures se sont faites, les amitiés se sont vécues, illuminées ou dépassées, à l’ombre parfois de Montparnasse, ou encore dans des orange de fin de soirée parisienne où il semblerait presque que toujours reviendra sonner un fragment d’âme de Robert Johnson ou de Django…

A la faveur de quelques rameaux de roses, la prière se faisait nouvelle, plus intense aussi, d’un autre j’apprenais plus sur moi que de moi-même, l’âme se renforçait de façon mystérieuse, en s’enfonçant dans les couloirs du système, en suivant voies, cœurs enflammés d’étoiles, sang d’un peuple divin, aurores qui marquaient la sortie des nuits ancrées dans les néants différentiels. La prière dans la lecture mordait l’âme, le « refus de l’histoire », le dard de la mort, la sortie de la vie des peuples pour entrer dans l’éternité : tous ces concepts, autant de « vies », en réalité, que l’on croyait condamnées aux « charniers des doxographies » (Eric Weil) redevenaient neuves, criant comme au premier jour, je découvrais une parole à laquelle le monde avait pu jadis m’assourdir sans qu’elle ait jamais cessé de retentir, puisqu’elle était le cœur constituant de toute existence…

Ailleurs, en longeant les orées des forêts de lettres, par de beaux matins solaires, ou bien en errant lors de nuits forestières embrumées et inamicales comme le fit Meaulnes, je débouchais à mon tour sur un château d’enfants de la lumière, qui de toutes parts avaient fait suspendre aux murs du domaine des lumières d’innocence pour qu’y puissent venir du pays d’alentours mille autres enfants de la terre, et comme Meaulnes j’entrais au bonheur sans y avoir une seule fois été invité, mais sans non plus m’y sentir étranger entre les étrangers. Je voyais ce bonheur comme des visages et des mots, les uns étant toujours rien de plus ni de moins que la conversion des autres en une autre forme d’énergie sacrée. Je voulais dire les visages aimés, et en retour incarner les mots, ou les concepts, tous ces avatars de ce qu’on aime appeler avec toujours un bienveillant flottement de sens la « parole »…

A la lisière de la Sologne où les enfants donnaient une fête immense, dans les images oniriquement floues d’Albicocco, je constatais que j’y laisserais à tout jamais corps et âme, réservant à la capitale quelque chose de moins palpable et de moins organique, l’intelligence mécanique et conceptuelle capable de me faire oublier mon incorporation et mon animation. Je taisais cette dissonnance, car l’appuyer n’aurait mené qu’à en renforcer la vérité et à ne plus pouvoir vivre nulle part.

Marcher en matinée dans les sentiers de forêt, avant que les chaleurs violentes ne viennent s’abattre sur les hauts arbres, ou bien suivre à la tombée de la nuit les naissances de la brume quand venaient les poussières d’humidités, ou revenir encore d’une soirée illuminée par la présence d’amis en longeant les boulevards apaisés par la nuit de deux heures : les envies et les accomplissements se succédaient, de nouvelles expériences de la ville et de la terre s’interfécondaient. Ce fut là toute l’alchimie d’une année de bienfaits.

Voici ce que vous partagez avec moi depuis que notre lieu, à vous et à moi, qui tire son nom de deux dimensions distinctes et complémentaires quoique non parfaitement compatibles, de la vérité unique, a été mis en place. Nous y avons exploré plus souvent les possibilités d’étoiles, d’accès aux étoiles, d’envols, que les longues promenades possibles dans les méandres systémiques, et vécu plus souvent en effleurant la chair des œuvres qu’en arpentant les rigueurs métalliques et exactes des systèmes où la raison résume le réel. C'est ce que nous a commandé une inclination naturelle et sans origine pour la langue dans ce qu’elle a de plastique, de malléable, d’expérimentable, d’imprévisible. Tout comme la création d’univers en science-fiction, comme je vous l’ai dit rapidement parfois, ne procède pas uniquement d’idées, de concepts hâtivement traduits en narrations mal torchées, mais bien d’un travail de la langue, et ce qui paraît sécheresse ou ambition de transparence et de pure vectorialité du mot à ce qu’il veut suggérer doit peut-être être compris comme une façon de remanier le langage, comme une nouvelle exploration des possibilités de la langue et de l’écriture.

Il y a système quand est postulée la possibilité de rendre compte de façon satisfaisante de la totalité de ce qui est par un ensemble de thèses articulées, compatibles et s’impliquant mutuellement. Ou, pour le dire plus complètement encore :

« C’est une mise en ordre de tout ce qui est, par une raison devenue capable de produire l’intelligibilité de tout le réel, de conceptualiser chaque champ de réalité, de cerner la logique des relations qu’entretiennent les divers champs, et par conséquent de les situer les uns par rapport aux autres en une totalité parfaitement achevée où l’imposition à chaque élément de sa place n’a de sens que par référence à la structure logique du tout – structure d’où est rationnellement déduite l’assignation à chaque élément de son lieu et de sa fonction. » (Luc Ferry, Philosophie politique I : Le droit : la nouvelle querelle des Anciens et des Modernes).

Les systèmes veulent réduire toutes les parts d’ombre, anéantir tout discours qui ferait une place à un au-delà du rationnel, à une façon d’exister pour les choses dont la raison ne suffirait pas à rendre compte. Certains systèmes, comme celui de Hegel, ont pour cela deux dimensions qui en font de véritables machines à penser l’impensé, et à révoquer comme ridicule et inutile la notion d’ « impensable ». La première de ces dimensions, c'est la cohérence systématique, la coexistence et la conjonction de thèses aussi valides que des théorèmes mathématiques quoique mettant en jeu rien de moins que la richesse infinie de la réalité. La deuxième dimension, si jamais l’on avait peur que la première soit insuffisante pour englober le dynamisme même du réel (car on voit les choses changer dans l’histoire, tout n’y est pas à tout jamais gravé dans le marbre, bien sûr, le devenir doit être pris en compte comme modalité de l’être, et non être négligé ni totalement nié), c'est la capacité du système à engendrer sa propre vérité, autrement dit à s’auto-engendrer. Ainsi la dialectique, ou la réconciliation chez Hegel sont-elles un mouvement qui permet de penser la totalité de la vie du réel selon une structure immédiateté-rencontre de l’altérité-retour à soi, structure éminemment dynamique s’il en est.

La réalité est donc à terme, selon l’esprit même de la systématicité, totalement mathématisable, descriptible, et explicable. Je soulignais ailleurs que L’Etoile de la Rédemption de Rosenzweig était elle aussi un système, et Jean-François Marquet avait même souligné qu’une interprétation possible de l’Etoile consistait à en faire le dernier grand système issu de la sensibilité idéaliste allemande. Cela est vrai, de bien des points de vue, si l’on s’empresse néanmoins de préciser que Rosenzweig impose à l’idée même de système une mutation qui nous permet de nous demander jusqu’à quel point, contre la lettre même du texte de Rosenzweig, il y a encore système avec l’Etoile. Il faut reconnaître la transcendance absolue de la parole, d’une parole initiale qui n’a besoin d’aucune personne linguistique pour exister, et il faudrait admettre comme parfaitement intelligible la thèse selon laquelle le langage est l’organon de l’existence, interroger la notion d’expérience vécue, interroger l’impensé que demeurent chez Rosenzweig la mort et la peur qu’elle engendre… Et comprendre alors pourquoi il y a encore un sens à parler de rédemption, et à dire que la vérité, à laquelle tout livre de philosophie tend, réside dans une conjugaison des rites et des théologies juifs et chrétiens. Autre question qui fâche : une vérité réellement systématique aurait-elle vraiment besoin d’une Révélation, a fortiori d’une Révélation au sens où Rosenzweig l’entend, c'est-à-dire rencontre de Dieu et de sa Créature humaine dans l’amour ? Vous voyez à présent que je me suis bien amusé pendant les deux mois de vacances forcées que les vicissitudes de l’engagement politique nous ont généreusement octroyées…

Mais heureusement, comme nous le rappelle Dominique de Villepin lui-même, prophétisant ses propres passages à vide, dans son Eloge des voleurs de feu : « Tandis que les jeux du pouvoir consument, les brasiers de la poésie restent sources de chaleur, lieux de quiétude et de juste emportement. Leurs flammes ne se racornissent pas, elles élèvent. Jusque dans les chutes consenties, elles découvrent de la hauteur. Il n’y a pas de cendres, pas d’amertume chez le voleur de feu, mais la passion de dire le monde.
A travers les miroirs, derrière les lourdes teintures d’or, j’ai vu les visages déformés par la peur, les mains qui se tordent, les pas qui s’écartent, j’ai entendu les paroles qui blessent, l’écho des rires et des sarcasmes. Et quand monte la houle des rages, les mumures redoublent aux abords des palais. La vie encore trouve refuge dans les feux du poème. Là, le souffle brûlant dissipe les vapeurs du désespoir, rompt les amarres, dessine un chemin ailleurs quand toutes les issues semblent fermées. Au sommet des cratères de glace, l’aiguille de la poésie jaillit des flancs troués de famines et de tempêtes.

Amis de poésie, je vous dois l’impatience et l’indignation. Je vous dois la soif et l’exigence d’un rehaut d’âme. »(D. de Villepin, Eloge des Voleurs de Feu, p 35, Gallimard, 2003).

Si l’on en croit Villepin ici, il existe toujours une possibilité de s’échapper des bennes à ordures de l’histoire et des plats complots de palais, de s’échapper par le haut, par la poésie, par les mystères même de la langue… Ce qui laisse songeur pour les temps à venir !

Tout ceci, depuis quelques lignes, lyriques, (trop peut-être mais peu importe, car me travestir en « asséchant » mes phrases donnerait un résultat pire encore peut-être : l’ennui…), pour vous proposer finalement une série de variations issues d’une intuition initiale assez simple : la clarté absolue des personnes n’existe pas, et ne doit donc pas être cherchée. Le caractère, la personnalité des gens, comme l’art lui-même et les œuvres qui l’incarnent, ne peuvent pas être causalement expliqués, discursivement exposés au grand jour de l’intelligence, et j’aimerais affirmer ici la primauté de la conscience, en moi, de l’irréductibilité de l’intériorité humaine, affective, artistique, religieuse, politique, à ce qui prétendrait tout en expliquer.

La scène est celle-ci : quelqu’un vient et dit à un autre non pas « je voudrais apprendre à vivre, enfin », comme le magnifique début des Spectres de Marx de Derrida, mais : « Je voudrais te comprendre, enfin. », et l’autre répond : « Tu ne le pourras jamais, car tout comme toi, je ne suis rien de parfaitement compréhensible, et ce n’est qu’à rien avoir expliqué ni compris de moi que tu pourras, éventuellement, vivre à côté de moi et en tirer, peut-être, quelque secret bonheur. »

Je voulais défendre ici l’idée d’un noyau insécable de personnalité, un socle impénétrable de passé et de possibilités, un tissu insondable de personnalité, qui serait ce sur quoi achoppe toute enquête sur l’homme et sur l’intériorité humaine. Mais l’idée de noyau elle-même, fortement connotée par la pensée atomiste et par les pensées d’un sujet substance dont je ne suis pas sûr qu’elles disent ce que je ressens depuis quelque temps, me semble trop limitée. Ce que je veux penser, c'est l’idée que chacun est un tissu inextricable de forces, de pensée, d’expériences variées qui sont intimement mêlées et sont en permanente mutation, s’influençant les unes les autres sans que ce « tissu » d’intériorité psychique ait des conséquences déterminées et parfaitement prévisibles sur le comportement physique. Tout ne s’explique pas, ou si certains actes semblent pouvoir s’expliquer, ce ne sont jamais que des actes fort banals, et les lois qui en rendent compte se trouveront toujours bien vite réfutées par des actes exceptionnels mais tout aussi réels. Expliquez donc rigoureusement, par la causalité, une conversion religieuse ! A ce jour, je n’ai jamais lu aucun texte convaincant qui aurait rendu compte rigoureusement par une explication causale de la totalité des modalités psychiques qui entrent en jeu lors d’une conversion religieuse. Les seuls discours que je découvrais à ce sujet pensaient un vague changement d’avis, une angoisse physique et mentale devant la peur d’une mort perçue comme toujours proche. La conversion n’était alors pas pensée comme un acte, mais comme le symptôme d’un processus actif qui était à l’œuvre dans les soubassements du psychisme auquel le converti néophyte lui-même n’avait pas accès.

Je parlais alors de la nécessité pour l’homme de maintenir vivante à tout prix la possibilité d’arriver soi-même (quelque chose comme « se passer », « se produire », un peu comme un coup de théâtre, un imprévu qui a un certain lien, une certaine relation avec ce qui précède la pièce, sans être lui-même déductible à partir des précédentes scènes de la pièce) comme un événement, dont la caractéristique majeure, à mon sens, était d’être parfaitement imprévisible, non point totalement incohérent avec le passé, mais jamais parfaitement prévisible dans ses nombreuses modalités circonstancielles.

L’exemple de la conversion religieuse est un exemple parmi d’autres : on peut penser au pardon, à la naissance d’une amitié, à tous ces « actes » si particuliers, et toujours marqués par leur dimension quasi-miraculeuse… car je maintiens comme une thèse inquestionnée leur dimension d’activité : recevoir une grâce, pardonner quelqu'un, tout cela est impossible sans un fond de décision parfaitement libre et donc active. La thèse affirmant la passivité des croyants, et l’amour du pardonnant pour son bourreau pardonné, entre selon moi dans une de ces catégories de discours qui croient atteindre la richesse et la singularité d’une intériorité à grands coups de prévisions générales, et contient donc d’emblée trop d’erreurs anthropologiques et méthodologiques pour pouvoir être retenue comme pertinente. L’acceptation, l’accueil, le pardon de l’impardonnable (thème cher à Derrida, qui s’attacha pourtant, dans toute sa carrière, à jouer les indiscrets en allant chagratouiller les textes pour en extraire les présupposés inavoués, anthropologiques, psychanalytiques, ontologiques, etc.), tout cela relève d’une activité dont la nature est difficilement définissable. C'étaient les figures de ce néologisme maladroit que je proposai au tout début, l’é-venue, l’évenir de l’homme agissant : une acceptation imprévisible, excédant tout ce que ce que l’on avait été jusqu’à présent pouvait laisser présager d’une décision à venir. Rien sans doute de bien original ici-même, mais en revanche, je ne crois pas affirmer non plus ici une évidence, tant il semble que d’immenses machines de pensée, par ailleurs fort respectables quand elles eurent des applications thérapeutiques (psychanalyse…), aient voulu la nier pour fonder leur propre méthode de fonctionnement.

L’idée sous-jacente à tout ceci, et pour le dire ici plus crûment, c'est un refus radical de ma part de fouiller dans les ordures de notre vie à tous pour en extraire des vérités définitives sur l’homme, et expliquer les actes de chacun dans une prétention de complète intelligence de ces actes. Creuser les ruines pour fantasmer sur la beauté perdue, lire la vie comme une somme, en perpétuel complément, de symptômes, se faire le diagnostiqueur de l’âme (comprise, donc, d’emblée, comme « malade », ou du moins comme non maîtresse d’elle-même) au détriment de tout « secret », de tout maintien poli ou respectueux de l’altérité, croire que tous sont des énigmes à résoudre sans quoi l’on peut craindre tous les malheurs et tous les obscurantismes, voilà sans doute des postures louables d’homme désireux de comprendre le monde, mais aussi le signe patent d’une lacune même dans la compréhension : c'est s’être d’emblée trompé sur ce qu’il y a à comprendre, c'est chercher un objet qu’aucune méthode ne suffira jamais à trouver.

Et c'est sacrifier un élément essentiel de la vie : le sens… comprendre des symptômes, trouver des causes pour trouver moins scandaleuses leurs conséquences que l’on vient de subir dans la vie quotidienne, tout cela revient à se priver d’un niveau de réalité qui ne devrait jamais être négligé, celui du sens. Je maintiens alors la distinction fort rebattue mais qui semble néanmoins résister à bien des réductions trop hâtives, entre comprendre (les causes) et interpréter (le sens)…

Le sens : voilà une obsession infinie. La quête du sens me semble être à nouveau un exemple ou une variation de ces actes parfaitement libres, inexplicables sinon par l’ « humanité de l’homme », c'est-à-dire une évidence faussement tautologique qui est en fait l’affirmation décomplexée d’une essence de l’homme, et d’une certaine idée de l’humain en l’homme. Chercher un sens aux actes, aux textes, à l’art, au cours du monde, à la vie, tout cela serait un acte libre, un désir proprement humain, quelque chose de propre à l’homme, autant sinon plus que le rire ou que la « raison » qui définissait l’homme du côté du Lycée… chercher le sens, c'est chercher « où ça va », mais pas par des prévisions basées sur des lois causales… C'est chercher, plus précisément, « où tout cela m’emmène, tel que ça va en ce moment ». A quelle humanité, que peut-être je ne connaissais ou n’exprimais pas encore par mes actes, suis-je initié et introduit ? Pour reprendre un des concepts qui nous firent longuement discuter, George et moi, à savoir la « transcendance », il s’agit encore une fois de cela : à quelle transcendance, à quelle réalité non exclusivement matérielle et physique sommes-nous introduits par l’art, par la littérature que nous tentons de mettre à l’honneur ici-même, et, plus bizarrement encore, par la vie elle-même ? A quelle fête mystérieuse dans le domaine perdu sommes-nous chaque jour de notre vie invités, quoique nous y débarquions toujours, vêtus grossièrement comme des paysans solognots tout crottés, à l’improviste ?

Le sens est ensuite ce que dit une série de mots, ce à quoi ces mots nous renvoient ou nous font penser. Ainsi se retrouve la présence incandescente du génie de Cassel, pour qui la parole structurait essentiellement, au plus intime d’elle-même, l’existence, l’expérience vécue (l’Erlebnis), et le Da-sein du monde (oui, chez Rosenzweig, il y a un « être-là », mais il concerne le monde, et non pas l’homme « pour qui en son être, il y va de son être même », et question sur l’être et-tout-ça-enfin-vous-voyez-de-qui-je-veux-parler…)… Du sens et de la vérité dans les jugements propositionnels, on peut passer alors à une conception d’une vérité présente au cœur même du monde, recelant nombre de signes de créaturalité, donc de présence du Créateur lui-même… La transcendance primordiale de la parole nous reconduit, dans l’expérience de la Création (entrée en relation de Dieu avec le monde), à la transcendance de Dieu, à ceci près, et cela devrait, au moins partiellement, rassurer les dubitatifs devant les apparences de résurgences de théologie (avec « philosophia ancilla theologiae »… beurk !!!) qui innervent la pensée de Rosenzweig, à ceci près que le but ultime de Rosenzweig est de rendre possible la vie elle-même, de la rendre vivable, « existable ».

 

Ainsi ai-je évoqué à grandes lignes, avec tous les enthousiasmes naïfs et les faiblesses qui m’ont permis d’oser commencer à animer un « Système-Stellaire », ou une « Etoile-systémique », les grandes convictions qu’une année de bienfaits m’a permis de formuler, de retrouver, de pomper crapuleusement chez des gens qui les avaient dites ailleurs, avant, et mieux que moi, des idées fortes sur la façon dont on pourrait aujourd’hui penser l’amitié, et le rapport entre les personnes. J’avais promis que je concèderais fort peu d’éléments biographiques dans les articles, et la promesse a été assez largement tenue, si vous me concédez que bien des précisions que vous avez lues étaient parfois réécrites ou recodées au point de n’avoir parfois plus grand-chose à voir avec les expériences vécues originales : « La vérité est blanche… », « Carthage » en témoignent largement, pour ne citer que les textes les plus « personnels », et les moins pudiques de ce blog… !

Cependant, au-delà de ce procédé d’encodage de certains détails vécus, quelle impudeur y aurait-il à vous redire le plaisir d’une soirée à déambuler sur le boulevard Montparnasse, désormais autant aimé que le Quartier Latin (ce qui n’est pas peu dire, si l’on y réfléchit bien) pour avoir été tant arpenté lors d’autant d’occasions festives (la dernière en date étant une séance de cinéma consacrée au chef d’œuvre d’Ontoniente et de Dubosc, Camping !), et pour être gros de la perspective d’une soirée Systar qui s’annonce mémorable, avec tous nos rédacteurs en chair et en os, médico-buddy-holyesque, Abitbolo-franchouillard, titano-timothéen et votre-serviteuresque ?

Trois mois d’existence, environ, un peu plus, et déjà nous avons vécu bien des moments joyeux, parfois d’une certaine qualité et d’une qualité certaine (qui ne figurent pas tous sur le blog, comme la lecture par François de Villa Vortex, qui donnait toujours lieu à de plaisantes remarques rue Pernéty !), eu des « retours » assez sympas de communautés de jazz manouche et de basket, mais aussi d’amateurs de littérature… Plus que jamais je maintiens donc comme l’essence même du Systar son éclectisme, son risque permanent de « se disperser », et donc son côté un peu « bordélique » ! Et une nouvelle fois, j’invite chacun à commenter, voire à signer de nouveaux articles, fussent-ils rares (mais tout ce qui est rare est précieux…) et complètement baroques…

Commentaires

Que de brunologismes !
J'ai bien d'autres chats à fouetter avant d'avoir le temps de maltraiter VIlla Vortex, roman énorme à tous les sens que ce terme revêt désormais... Le chamémoire de Munster en redemande, et le chagreg vient d'arriver. Par contre, je risque fort de succomber à la tentation de vous proposer bientôt un compte-rendu du concert que je suis allé voir hier. Quoi qu'il en soit,

Longue vie au Systar !

Ecrit par : George | 12 mai 2006

C'est en allant gratouiller dans les archives qu'on trouve des perles. Voilà confirmer ma vocation de chercheuse...
Nathalie

Ecrit par : Nathalie | 07 octobre 2006

(encore un inesthétisme, pitié Bruno, supprime ce post et sa faute d'orthographe)

Ecrit par : Nathalie | 07 octobre 2006

Merci Nathalie pour ces petits mots... Bien reçu ton mail de détresse dans l'amphi Richelieu... Pas trop le temps de te répondre en ce moment par mail, le téléphone ou le café dans le quartier seraient plus commodes... je suis assez disponible ;-)
A jeudi en tout cas, pour le blues!

Bruno

Ecrit par : Bruno | 09 octobre 2006

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