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28 mai 2006
In the mood for Jazz

Puisque je l’avais promis, et que Mr B. insiste pour que je poste un article sur le concert de Biréli Lagrène, le voici. Cette longue hésitation n’est pas seulement due à la sempiternelle « période d’examens » ; elle trouve sa capricieuse source dans mes incertitudes quant à l’angle par lequel je vais attaquer le sujet.
C’est que je n’ai pas envie de vous parler de « jazz manouche ». Le concert de lundi dernier, dont l’ami Systar a déjà dressé un fidèle compte-rendu, m’a conforté dans une conviction qui m’habite à nouveau depuis quelques mois : la musique de Django, comme celle de Biréli, comme celle de l’ensemble Zaïti, comem celle de beaucoup d’autres, est irréductible à l’esprit manouche, gipsy, sinti, gitan, tout ce qu’on voudra : cette musique, c’est du jazz. Et le jazz est pour moi, du fait de la pratique de l’improvisation qui le définit, la quintessence même de la musique. Attention, j’ai bien dit « pour moi » : que Dédé, ni personne d’ailleurs, n’aille croire que j’ai l’intention d’aller piétiner ses plates-bandes.
Biréli, comme je l’ai déjà suggéré dans mon précédent post sur le sujet, suit une voie similaire à celle que Django a ouverte. Chez les manouches, django signifie « je réveille » : belle intuition de la part des parents (on ne peut pas toujours en dire autant). Cet homme a en effet réveillé la musique populaire européenne, si tant est qu’elle se soit déjà endormie, en la mêlant au jazz d’outre-atlantique, créant ainsi un jazz ouvert à toutes les influences.
Mais j’en vois déjà qui s’impatientent : quid du concert de Biréli, alors ? J’y viens, j’y viens.
C’est presque par hasard que nous avons obtenu des places pour ce concert du Gipsy Project à Noisy-le-Sec. Il a fallu qu’une tante logarithmique, éminente violoniste résidant à Noisy, me pose au détour d’un débarrassage de table la question fatidique : « Tu connais Biréli Lagrène ? » Vous imaginez ma réaction. De fil en aiguille, j’appris par l’oncle logarithmique, adjoint à la mairie, que le Gipsy Project passait la semaine suivante, et qu’il pourrait nous avoir des places. Après, je ne me souviens plus de rien, c’est le trou noir.
Je repris connaissance le mercredi suivant, avenue Jean Jaurès, devant la salle de concert. Le concert lui-même tardait à venir, et le public s’entassait à n’en plus finir dans le petit théâtre, face aux imperturbables guitares sur leurs trépieds et à la contrebasse échouée sur la scène comme une baleine brune. Mais Biréli finit par arriver, précédé de Hono Winterstein (50 ans de pompe manouche, toujours le même coup de patte), de Diego Imbert (gadjocontrebassiste) et de Franck Wolf (gadjosaxophoniste). Biréli ne paie toujours pas de mine, avec ses cheveux gominés, ses santiags jaune pipi et ses airs de gentil crapaud. En revanche, il joue toujours aussi bien – même Loga a été conquise, ce qui n’est pas peu dire.
Et justement, nous n’avons pas eu droit à un concert de jazz manouche (d’où ma fastidieuse entrée en matière), mais à un concert de jazz, et quel jazz ! D’Un certain je ne sais quoi (Diego Imbert) à Isn’t she lovely (Stevie Wonder), en passant par l’incontournable Nuages (Django) ou encore Hungaria (Django toujours), Biréli nous a montré, comme il le fait quelques dizaines de fois chaque année, son inépuisable savoir-jouer et sa capacité à jouer des morceaux de tous horizons à la sauce jazz, exactement comme le faisait Django. On l’a même vu (comme à chaque concert paraît-il, mais enfin bon) pousser la chansonnette comme Sinatra sur Fly me to the moon. Le plus fascinant dans ce concert, outre le reflet du cordier de la guitare Archtop de Biréli qui nous arrivait droit dans la figure, c’était sans aucun doute l’aisance avec laquelle le Gipsy Project évolue, sur scène, dans cet univers de perpétuelle création, de re-création sans fin, bref, d’improvisation, comme si la musique était une pâte (une substantifique moëlle ? Sincèrement désolé pour cette image gastronomique fort disgracieuse) qu’il s’agirait de pétrir sans cesse pour en tirer à chaque fois quelque chose de nouveau. Et ce quelque chose de nouveau, sa nouveauté même est perçue par le public avec une exaltation sans doute assez proche de celle qu’éprouve le musicien lui-même. Alors oui, on peut dire que la musique telle que la pratique Biréli Lagrène est un langage, et dans ce domaine, le fabuleux Alsacien maîtrise suffisamment de dialectes pour donner à la parole de sa guitare une richesse inégalée.Le plus beau, c’est que je suis à peu près certain de ne pas me faire comprendre. Ce n’est pourtant pas compliqué, il suffit d’aller voir Biréli en concert, ou encore d’assister à une soirée comme celle du lundi 15 mai, à la Taverne de Cluny.
Sur ce, je vous souhaite à tous une excellente fête des génitrices.
George.
18:40 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
Commentaires
Plein de délicatesse tu précises le "pour moi"... Dommage, j'aime bien quand Dédé passe, c'est souvent une bonne occasion de rigolade.
Affirmer sa préférence, ce n'est pas de la bêtise, c'est pousser le vice passionnel un peu plus loin...
Ecrit par : A-A (le bien connu...) | 30 mai 2006
A-A, c'est pour Antonin Artaud ? Désolé mais j'ai beau chercher, je ne connais pas de A-A. Es-tu sûr que tu es bien connu ?
Ecrit par : George | 31 mai 2006
OK Aurélien, je t'ai reconnu !
Désolé, je suis un peu long à la détente...
Donc A-A est ton pseudo ! D'accord.
Ecrit par : George | 01 juin 2006
Salutation George, je vois que tu nous a pondu un article digne de ce nom! J ai beau tendre les 2 oreilles, j ai pas entendu un seul riff manouche ici a Samui, seulement de la pop thailandaise (blurp), et ton article me remet en tete les chorus endiables de Bireli sur Un certain je ne sais quoi. Magique! A biental sur Paris!
Ecrit par : Buddythai | 03 juin 2006
Tu vois, A-A, que je ne suis pas le seul à aimer Biréli ! 2 rédacteurs sur 5 : si on transpose à l'échelle du pays, ça fait 40% de français qui délaissent la techno, le rap et l'Eurovision pour notre gentil crapaud ! Attends un peu que je le fasse écouter à Mr B. : les biréliens seront majoritaires dans la rédaction. Nous tolérerons la différence, mais pas l'indifférence.
Profite bien de ton séjour thaïlandais avec ta carabine, Buddy !
(petite info : j'ai reçu ma D500...)
Ecrit par : George | 03 juin 2006
Bin didonc, j ai bien hate de la voir et surtout de l entendre! Quels rapides ces allemands tout de meme! Bon, la on va faire le tour de l ile en moto, si on revient pas, mon testament est dans ma boite a couture, tout au fond. Tschuss!!
Ecrit par : Buddythai | 05 juin 2006
Buddythai dit "Qels rapides ces allemands" je ne sais pas si il parle de bireli mais l'Alsace est francaise depuis la dernière guère.
Latcho divès
Ecrit par : matelo | 09 juillet 2006
Merci Matelo, c'est toujours utile de rappeler ce genre d'évidences fortes. Je suis d'accord avec vous: l'Alsace est bien française depuis la dernière guère. Mais une fois qu'on a rappelé qu'au propre, Lagrène est sans doute francé, on peut peut-être entrer dans les fameuses "figures de style", vous savez, quand on dit une chose à la place d'une autre et que du coup ça fait joli et que ça a plein de sens possibles...
exemple: La veine "allemande" du jazz manouche, où il faut comprendre: les types avec des grattes qui ont des noms bien germaniques...
Bien à vous,
Systar
Ecrit par : Bruno | 10 juillet 2006
Bon, rétablissons la vérité, mon commentaire ne faisait que succèder à celui délicatement posé par Georges qui, dans une joie fort peu contenue, m'annonçait avoir reçu sa D-500, une bien belle gratoune, dont il a toutes les raison du monde d'être fier! Et, comme Georges, dans un souci non blamable d'économie, l'avait fait venir délicatement d'Outre-Rhin, et que sa commande ne datait que de deux misérables semaines, je ne pus m'empecher de m'exclamer : Ah, Diantre, Palsembleu, mais quels rapides ces Allemands! Soulignant par là même l'efficacité du service postal teuton. Celà dit, Matelo, vous portez un nom tellement riche de sens à nos deux yeux, nous les amoureux de la musique manouche, que l'on ne peux vous en vouloir d'avoir voulu (dans votre bon vouloir) rétablir l'historique vérité, que je n'avais, pour ainsi dire, point esquintée.
Ecrit par : Buddy | 10 juillet 2006
Eh oui l'ami matelo, faut tourner le texte sept fois dans sa tête avant de répondre. Non mais eh oh, on n'est pas sur manoucheries.com ici ! ;-)
Ecrit par : George | 10 juillet 2006
En même temps, c'est vrai que ce n'était pas très clair ! Merci tout de même pour cette page d'érudition, ça fait du bien.
Ecrit par : George | 10 juillet 2006
Le papa Noël m'a amené un disque de Biréli, je crois qu'il a subi l'influence subliminale de ce blog... mais c'est la preuve que même le père Noël aime Biréli Lagrène...
Ecrit par : Nathalie | 26 décembre 2006
Moi il m'a apporté Bach et Françoise Hardy. Le Père Noël aime beaucoup de gens à la fois. Il est bien, ton cd de Biréli?
Ecrit par : Bruno | 28 décembre 2006
Il est très bien (s'intitule Routes to Django), aussi bien que celui de Laurent Korcia que le Père Noël a glissé avec...
Ecrit par : Nathalie | 28 décembre 2006
Tu m'en vois ravi. Tu nous en parles prochainement sur ton blog?
Ecrit par : Bruno | 28 décembre 2006
Ah,c'est bien tout ça ! Routes to Django est l'un des tout premiers albums de Biréli (il avait quatorze ans, je crois). Il y a quelques excellents morceaux (Fiso Place, I've Found a New Baby sont les seuls qui me reviennent, là, à froid), mais évidemment il maîtrisait tout de même moins l'instrument qu'aujourd'hui. En tout cas, c'est un beau cadeau.
Joyeux Post-Noël à tous, bon réveillon, et rendez-vous à la rentrée !
Ecrit par : François (=George, of course) | 29 décembre 2006
De même, cher François, et évite de te casser la margoulette sur les pistes... "Rendez-vous à Paris" très bientôt!
Ecrit par : Bruno | 30 décembre 2006
hey George!
tu sais que la photo de Biréli que t'as mise en haut de ton article, hé ben elle vient d'un concert en plein air avec le quartette Move, donné aux Clayes-sous-Bois, dans les Yvelines, en juin 2005.. et j'y étais, j'ai plein de photos et de petits films de ce concert, qui était gratuit en plus, en première partie de Dee Dee Bridgewater!
tschuss
Ecrit par : gatsby | 20 septembre 2007
Hello Antoine/Gatsby,
je ne sais pas si George, tout auréolé de sa nouvelle fonction de jeune prof de français, a le temps de passer par ici, à l'occasion il te répondra sans doute.
J'aime Biréli.
Biréli est grand.
Biréli est fort.
Biréli a une oreille de dingue.
Biréli a Florin Niculescu comme violoniste.
Amen.
Ecrit par : Bruno | 23 septembre 2007
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