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06 août 2006
Les Noms - Don DeLillo - Ouverture
On sort du roman de Don DeLillo Les Noms comme d'un immense voyage intérieur, où le temps ne se serait plus écoulé selon le même rythme que dans les étendues du monde. Halluciné, démesuré, le périple des Noms, personnages à part entière du récit du romancier américain, veut montrer, une fois encore mais d'une manière parfaitement nouvelle, que, comme le disait Franz Rosenzweig, le langage tient la place d' " organon " de l'existence. L'existence commence par le nom, la présence ne dure et ne garde de consistance que par la nomination, la mort enfin est indissolublement liée à la destruction du nom ou à un silence qui ne laisse plus retentir l'appel par le nom propre.
Les Noms raconte les voyages d'un Américain qui exerce la profession d'analyste de risques, dans les années 1980, où le mode d'action terroriste avait entraîné, comme ultime preuve de la capacité à peu près infinie d'auto-défense des Etats-Unis, la création de structures mondiales de renseignements visant à évaluer les dangers encourus par les Américains dans le monde. Cet homme, James Axton, deviendra très vite, par les rencontres qu'il fera, une sorte d'archéologue de la langue. Axton incarnera de manière magistrale l'Américain en quête des origines littéraires et humaines de l'Amérique. Dans ses pérégrinations en Grèce, au Moyen-Orient et en Inde, Axton prend connaissance d'une série de meurtres sauvages commis par une secte dont la doctrine consiste en une divinisation des noms propres. Magie barbare, fascination sanglante pour la puissance évocatoire et destructrice des noms conduiront les membres de cette secte à la dispersion et au sacrifice. Autour de ce fil essentiel de la narration se déploient nombre de personnages aux destins passionnants : Owen Brademas, philologue, historien des langues qui parviendra à côtoyer les membres de la secte des Noms et à approcher à son tour les mystères des alphabets, Frank Volterra, cinéaste à moitié fou qui rêve de réaliser le film absolu sur l'essence du cinéma américain, fût-ce en allant jusqu'au snuff movie si besoin, un tournoiement d'hommes et de femmes, amis et collègues de James Axton, Tap, le fils du narrateur, jeune romancier en herbe, et Kathryn, la femme de James, séparée de lui, qui provoquera chez James de douloureuses prises de conscience sur le mode de vie américain, sa vitesse, sa démesure, et surtout l'oubli des origines de sa langue.
Don DeLillo entreprend, avec ce roman, une approche du grand roman américain, de ce roman infini et interminable qui saura raconter l'aventure de l'Amérique dans l'existence, et dire le monde à l'Amérique lectrice.
Les Noms est une œuvre splendide, où réflexions et vertiges métaphysiques à propos des origines cachées et dévoilées de la langue humaine, et plus particulièrement de toute littérature, épousent la chair du monde et des personnages dans des ruissellements de lumière méditerranéenne. Je vous en propose, en cet été qui fut, au moins dans sa première partie, caniculaire, une lecture linéaire, où je ne craindrais pas de citer longuement l'œuvre de DeLillo, tentant par ce travail de restitution imparfaite de vous suggérer ces effets de marée, ces souffles, parfois haletés, parfois courts, mais revenant toujours et toujours, mais à chaque fois chargés de nouvelles beautés et de nouvelles richesses, qui font le rythme de l'écriture de DeLillo. Bon voyage sur les rives de la Méditerranée, jusqu'aux sources les plus reculées du langage...
NB : toutes les citations et paginations mentionnées sont celles de l’édition Actes Sud, dans la belle traduction de Marianne Véron.
22:05 Publié dans Littératures | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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