17 septembre 2006
Des-montages, de Harold Bernat-Winter: le poujadisme hédoniste de Michel Onfray

Quitte à lire un texte polémique ces temps-ci, quitte à retrouver, en guise de pré-rentrée universitaire (rien que cela, vous le verrez, indique ma soumission à l’administration platonicienne !), l’esprit de l’analyse philosophique de textes théoriques, j’ai choisi d’aller voir ce qu’avait pu dire le petit ouvrage de Harold Bernat-Winter, créateur du blog « Critique et critique de la critique », à propos des divagations étranges de Michel Onfray.
Que je ne me voile pas la face : j’ai une très vive antipathie intellectuelle pour Onfray, principalement motivée par ses écrits d’athéologie, discipline dont il assume la paternité et dont on lui laissera, je l’espère, le monopole, par ses façons sordides de ne voir dans le phénomène religieux que des nids historiques à mensonges, enfin par sa complaisance à écrire sur des thèmes vendeurs où il n’oubliera point de servir quelque vague pensée bien plus nunuche que subversive. Sa façon d’aborder la philosophie pour les terminales en prenant pour exemple l’opportunité éventuelle de se masturber dans une cour de lycée (pépite nichée au cœur de son fameux Anti-manuel de philosophie ), témoigne bien d’un exotisme de la pensée forcé, sonnant creux et faux, et d’une recherche de la provocation de type adolescent attardé. Sa pensée libertaire, et le livre de Harold Bernat-Winter ne me contredit en rien sur ce point, représente un événement bien particulier : l’intrusion d’un discours démagogique fasciné par la libération possible de sa paire de testicules, dans ce que l’on tente de nommer encore : la philosophie.
Que vous dire ? Moi si systariquement pacifique, ayant choisi de délaisser la voie de la polémique (allez, pour plus de sensations fortes en ce domaine, goûter la prose acidulée de mon collègue et ami le Gai Luron…), je déroge, momentanément, à ma règle de conduite. Mais comme vous le verrez, la lecture du petit essai de Bernat-Winter justifiait aisément ce petit écart.
Le texte de Bernat-Winter est une lecture patiente – mais qui ne cesse de perdre patience, justement, au fur et à mesure de sa progression ! – du livre d’Onfray paru voilà deux ans chez Galilée (Derrida, réveille-toi, ils sont devenus fous) : La communauté philosophique, suivie d’une analyse d’une autre perle onfrayenne : L’Europe des crétins. Si le livre était une sorte d’élaboration de l’hédonisme libertaire préconisé par Onfray et mis en action par l’Université Populaire, le texte est une sorte d’argumentation sans arguments en faveur du non au dernier référendum sur la Constitution Européenne.
Pour ce travail de « démontage » en règle de la pensée Onfray, Bernat-Winter adopte une écriture différente de celle qu’il utilise pour son blog. Les phrases y sont plus sèches, plus tranchantes, plus savoureuses aussi. J’ai ri pendant la majeure partie de la lecture, le jeune philosophe accumulant les analyses précises et les pics cinglants dans une sorte de texte elliptique, concis, où Onfray devenait promotteur de boxe pour concepts érigés en champions, où le discours onfrayen était suspecté d’empiéter à terme, parti comme il était, sur la mythologie du Seigneur des Anneaux… Des-montages regorge de pépites stylistiques qui lui donnent la puissance d’un petit pamphlet sans adopter la tonalité souvent ordurière de ce type de textes. Bernat-Winter écrit bien, écrit juste, ce qui signifie aussi que son propre travail de philosophe a déjà fait son chemin. L’écriture acérée vient souligner la précision du regard, et permet de donner peu à peu une belle ampleur à l’activité critique du professeur de philosophie.
La thèse du livre, pour qui ne connaît d’Onfray que les exactions médiatiques puissamment christianophobes, est originale. Harold Bernat-Winter m’en avait déjà fait part lors d’un passage sur Systar, il restait à en proposer la démonstration en bonne et due forme. La thèse est celle-ci : Onfray, sous ses airs de philosophe prônant une quête de la joie hédoniste et l’avènement d’une philosophie enfin débarrassée de ses scléroses sémantiques et institutionnelles, ne représente pour la pensée politique rien d’autre qu’une résurgence nauséabonde (l’épithète est mien, Bernat-Winter ne l’emploie pas, puisque le travail critique en philosophie n’est pas un art de l’insulte, mais un examen des thèses, fût-il passagèrement caustique) du poujadisme tel que défini il y a quelques dizaines d’années maintenant par Roland Barthes. La charge, bien comprise, est forte : Onfray, à écrire ce qu’il écrit, perdrait jusqu’à la dignité de philosophe, n’étant plus qu’un mélange de sensibilité anti-intellectualiste moisie, de populisme boueux, et de goût pour la supplantation du discours argumenté par un discours de type mythique. Le geste de la pensée poujadiste est toujours le même : on déchire un voile, on révèle une réalité que des puissances asservissantes, « castratrices » (puisque Onfray tient à rappeler qu’un hédoniste libertaire, c'est d’abord une bonne grosse paire de…) cherchaient à cacher au bon peuple doté de son fameux « bon sens ». Politiquement, nul n’ignore quel monstre le poujadisme eut pour enfant et successeur, mais dès l’époque de Poujade, ardent défenseur des petits commerçants et des provinciaux contre les élites, forcément parisiennes, forcément sorbonnardes (la bonne blague !), l’idée de forces et de mouvements ésotériques voulant le malheur du peuple, ou plutôt ne s’employant qu’à favoriser les puissants, était déjà présente. De cette idée aux fameuses thèses du « complot »…
Or, que dit Onfray dans sa Communauté philosophique ? Il rappelle, et Bernat-Winter insiste clairement sur la revisitation à la hache de toute l’histoire de la philosophie par Onfray, que la philosophie a été « émasculée » (ah oui, ce bas-ventre, toujours et encore lui, origine de la vie et symbole de la vitalité de la pensée chez le libertaire, grand amateur d’éjaculations de sens, de joie sans doute, parvenu dans le jardin d’Epicure qu’il s’agirait de retrouver enfin, mais on ne sait trop où ni comment…) par un certain Platon, un type vraiment méchant qui initia un formidable mouvement d’institutionnalisation de la philosophie. Platon nous empêche depuis toujours d’être libre, la thèse est bien connue. Dès lors, les Pascal, les Kant, les Hegel, ne sont que de nouvelles formes de philosophie privée de la virilité jouisseuse qui devrait en être le cœur et le principe, toujours selon notre poujadiste normand.
Bernat-Winter pointe les faiblesses méthodologiques du travail d’Onfray, et ce dernier n’en ressort pas indemne. Prenons un exemple :
« Entrer en résistance contre le « monde trivial ». Ce mot d’ordre est à lui seul une petite merveille. Au lieu de nous souffler « détruisez les idées fausses, les contes pour enfants qui vous font marcher ; donnez-vous enfin les conditions matérielles pour entrer en résistance contre des idées qui confortent en tout point l’ordre des choses », Onfray nous souffle : entrez en résistance contre le monde trivial depuis votre jardin nomade ! Ce mot d’ordre mérite, avec d’autres, d’entrer dans le panthéon des erreurs politiques. L’urgence serait de rappeler à Onfray que nous n’avons dans le crâne ni « monde trivial », ni « jardin d’Epicure », ni « machine de guerre » - rajoutons « nomades » si l’on tient au concept de Deleuze recyclé par Onfray.
Dans le crâne, nous n’avons que des idées. Et l’idée qu’il existe un « monde trivial » contre lequel nous aurions à entrer en résistance est une idée fausse. Nous ne vivons pas plus dans un « monde trivial » que nous ne restaurerons, pour nous sauver, « le jardin d’Epicure ». Non pas qu’il existe des forces souterraines et obscures qui repoussent sans cesse les jardins nomades à la périphérie des grandes villes, comme nous le professe Onfray, mais pour la simple raison que nous ne vivons pas au milieu des idées. » (Des-montages, p. 18-19)
Les idées, justement : une bien singulière réalité qu’Onfray escamote, tout en gardant néanmoins dans son discours des présupposés quant à la permanence d’un monde caché (arrière-monde ? la question se pose d’autant plus qu’Onfray aime dire qu’avec Platon a commencé l’administration asservissante, qu’elle soit scolaire, étatique, économique…). Ajoutons à cela qu’Onfray procède par fictions, qu’il dote rétroactivement d’une sorte de permanence immuable : le « sorbonagre », le « prof de philosophie »… sous-entendu : celui de terminale qui ne cesse de répéter ce qu’il a bossé en maîtrise ou bien l’année des concours qu’il a présentés…eh oui, ça vole bas, très bas, avec Onfray… qui confond sans la moindre honte la subversion d’une institution parfois amollie par le temps et l’inertie qu’adoptent les grosses machines – après tout, pourquoi pas, de temps en temps, à l’heure du thé ? – et la pure et simple mise en danger de la profession philosophique dans sa totalité, y compris des gens valables.
Des concepts, voilà ce qui manque et que d’approximatives images tout justes bonnes à pasticher des (bu)coliques ne sauront nullement remplacer. La philosophie, que l’on soit platonicien ou non, subversif ou non, travaille avec des concepts, c'est-à-dire des unités de sens rendant compte d’une réalité tout en sachant se hisser à un niveau d’abstraction suffisant pour que le discours et la pensée puissent se développer par eux. Onfray n’emprunte pas la voie du concept quand il écrit :
« J’aspire à un genre de nouveau Jardin d’Epicure, mais hors les murs, non plus sédentaire, géographiquement clos, localisé, mais un Jardin nomade, portatif, mobile, emporté avec soi partout où l’on se trouve. » (La Communauté philosophique, p. 17)
Parvenu à ce moment de la présentation du livre de Bernat-Winter (on n’en a alors lu qu’une dizaine de pages, sur les 120 de l’ouvrage), il nous est donc apparu clair qu’une pensée qui n’emprunte pas la voie du concept, et qui se déploie en images fantasmées, voire parfaitement fictives, n’est pas réellement de nature philosophique. Les efforts d’Onfray pour se prétendre le défenseur d’une philosophie de la jouissance seront alors vains : la pensée d’Onfray n’est certes pas castrée, on finit par le comprendre, tant le péril, surmonté bien sûr, de l’émasculation intellectuelle plane incessamment sur les institutions dans le merveilleux monde de Michel, mais comme Bernat-Winter le montre, elle est encastrée, complètement prise dans des oppositions surannées et dans des remarques stupides. Ainsi seraient ridicules les profs de philosophie qui, contrairement à Epicure, partiraient en week-end et ne vivraient pas à 100% la philosophie qu’ils enseignent… ah bon ? Peut-on vous demander, cher Michel, au nom de quelle curiosité et au nom de quel dirigisme des plus malsains vous vous permettez d’être dogmatique et prescriptif en ce domaine ? Ne suffit-il pas que le professeur ait satisfait aux concours de recrutement seuls à même d’évaluer une compétence effective, et qu’il fasse honnêtement le travail qu’on lui demande ? Par ailleurs, qui vous dit qu’Epicure ne serait pas allé à Center Park un week-end ou deux dans l’année s’il avait pu le faire ?
Recensons, mais sans nous appesantir, quelques joyaux onfrayistes : on rejouera bien volontiers le mythe de l’enfant génie, de l’enfant pure innocence, de l’enfant jouisseur… Face à lui, nous apprenons qu’Onfray imagine les pères de famille impatients avec leurs enfants, refusant de répondre sérieusement à leurs questions pour pouvoir satisfaire à leurs sauvages pulsions (barbecue (sic !), sieste sur le canapé l’après-midi, sacro-saint bricolage…). Un bénéfice toutefois : j’ai enfin compris pourquoi la famille Gaultier ne pourra jamais être hédoniste libertaire. Dans notre cas précis, je n’étais pas un enfant innocent, mais seulement sensible, ce qui n’est pas la même chose, mon père ne bricolait pas le samedi après-midi, et quand j’étais petit les samedis après-midi étaient consacrés aux matchs de Michael Jordan, au tournoi des V nations, et à l’achat de livres ou de cassettes vidéo. J’étais en-dessous d’un vrai potentiel enfantin libertaire, et mes parents ne jouaient pas assez le jeu des institutions élitistes émasculantes. Il nous manquait l’aura des grands libertaires, et je crois bien que, quelque part, nous nous en foutions complètement.
Plus intelligent que tout le monde pour détecter les drames cornelliens nichés au cœur de nos vies, Onfray s’engage sur la voie du ninisme, concept de Roland Barthes, c'est-à-dire qu’il nous dénonce les monstres (l’université type Sorbonne, ET le café philosophie !) toujours par couples d’opposés. Comment s’en tirer ? par l’oymore permanent, pardi ! Et Onfray de nous donner du « compliqué simplifié », du « cérébral incarné », du « travail enrichissant » (ce qui me gêne, c'est que cette dernière association soit pour lui un oxymore, enfin passons), et les deux meilleurs pour la fin : de l’ « élitisme pour tous », et de la « philosophie abordable », ce qui traduit au fond un hyper-égalitarisme catastrophique (à quand une joute verbale Dantec/Onfray ?), et surtout un anti-intellectualisme consistant à dire que ce n’est pas à un néophyte de progresser, mais à sa nouvelle discipline de s’abaisser en sacrifiant sa langue, son étrangeté, sa technicité sémantique et donc sa précision. J’imagine volontiers cette « philosophie abordable », elle dirait, en substance : « Epicure : très bien ; Platon, méchant, vilain, pas gentil ; Aristote : on comprend rien laissez tomber et pis c'est chiant à lire; Kant : une petite b… avec sa morale, Descartes un mec qu’avait peur de pas exister et qu’arrêtait pas d’y penser, Nietzsche c'est le contraire de Platon y a des trucs bien dedans mais pas tout des fois c'est facho comme chez Platon, Derrida c'est snob. »
C'est un régal de rencontrer une pensée aussi intense, fût-elle parfaitement dépourvue de précision et de profondeur… Bernat-Winter vous le redit avec un humour absolument exquis, transformant Onfray en Monsieur Propre :
« Pour qui doute encore de la puissance de « l’aura du vouloir hédoniste », démonstration est faite : liquider le langage de toute idéologie, blanchir le vocable hédoniste de toute compromission avec la fumée des jargons, javelliser la langue. A côté de cette purge, les critiques de la collusion entre langage et idéologie feront figure de petits détergents. Dans le meilleur des cas, ils orneront une des pages du manifeste.
Au programme de la machine à laver la critique, contre les taches de jardinage, de bricolage et de barbecue de l’adulte avachi : révolution moléculaire, université populaire et enfant philosophe. Avec la grande lessive hédoniste, plus de fumée, lavez plus blanc que blanc ! Quelques cautions philosophiques viendront garantir le produit. Du côté des idées simples mettons Bergson et Sartre, le Nietzsche d’Onfray et Onfray. Le bruit des chaises fera le reste.
« Jean-Paul Sartre effectuant sa conférence « L’existentialisme est un humanisme » dans une salle ravagée par les fans : guichet d’entrée soufflé, bousculades, chaises cassées, coups et blessures, femmes en syncope, évanouissement, police secours etc. »1
« Légitimations populaires » ! De l’autre, « des philosophes pour philosophes » : Hans Gadamer, Hannah Arendt, Karl Jaspers, Hans Jonas, Max Horkheimer… Dans la balance poujadiste, le bruit du tambour l’emporte sur l’esprit. L’analyse du contexte historique, social, politique attendra. L’histoire évacuée ne reste que le mythe. Sartre en Elvis Presley et Bergson en Nouréiev. Au guichet, de la mise en scène, Michel Onfray. Le professeur de philosophie commence alors à rêver de « légitimations populaires », de chaises qui volent et de femmes en syncopes devant la puissance de son « aura ». Quant au « populaire », ainsi nommé par le promoteur des combats de catch philosophique, il n’attendra que ça : voir enfin la bête. » (p. 93)
D’éléments de démonstration en citations-chocs commentées avec bien de l’à propos, Bernat-Winter progresse dans le démontage en règle qu’il nous annonçait initialement : le système Onfray, s’il y en a un, exploite la haine de l’idée (p. 120), déguise l’affect en pensée (p.119), transforme l’écriture philosophique en texte incantatoire, tendance Façon Sex du groupe de l’été Tribal King (« J’veux qu’tout le monde bouge ses fesses/ Qu’les femmes oublient leurs complexes/ Fa-çon-sex…/ Oh Ouais »), en mêlant à tout cela une haine auto-créée des « élites », comme le montre l’analyse du texte L’Europe des crétins, où Onfray, comme Bernat-Winter le souligne, ne parle à aucun moment de l’Europe quant au fond, mais crée littéralement une sociologie mensongère des électorats du oui et du non, en utilisant à tort et à travers l’ironie antiphrastique.
Ce qu’Onfray met en péril par ses écrits, ce n’est pas réellement la philosophie issue de Platon, c'est bien plutôt l’esprit critique, la possibilité de s’attacher aux mots pour en dégager le sens conceptuel et réfléchir. Tout se dilue en parole mythique, en absence de concepts, et ce n’est pas la notion bizarre de « Révolution libertaire », qu’il convient de distinguer de la révolution prolétarienne (comment, vous ne savez pas que Marx c'est plus très subversif, et que le prolétaire ferait un bien mauvais libertaire ???) :
« « Révolution libertaire » : slogan du double profit d’un ordre hybride cherchant à la fois à conserver les acquis de la bourgeoisie et à jouir de sa transgression symbolique par le libéralisme marchand. Révolution d’opérette qui peut aussi bien convoquer « la misère sale » que le « jardin d’Epicure ». Le poujadisme hédoniste scelle le succès historique de la culture petite-bourgeoise, son triomphe politique et économique : marginalisation de l’intellectuel, déni de « l’ésotérique » au profit de « l’exotérique », de la cérébralité pure au nom de la « cérébralité incarnée ». Le dogme d’une « fin des idéologies », relayé aussi bien à droite qu’à gauche, justifie tout et en particulier la liquidation de toute critique du sens. Michel Onfray ou le triomphe français du modèle petit-bourgeois dans la forme raffinée du poujadisme hédoniste. »(p. 104)
Je finirai cette présentation par une remarque de… je n’ose plus dire « bon sens », tant l’on sait que ce « bon sens » s’est vu confisqué par des formes de pensée populistes et réactionnaires, comme celle de Michel Onfray, finalement. Mais voici : le livre de Bernat-Winter nous renseigne parfois autant sur son objet (sa « victime » ?) que sur son auteur lui-même. Le livre témoigne en effet, comme sur le blog de Critique de la Critique, d’une pensée rigoureuse, instruite, et amoureuse de l’intelligence et de la pensée philosophiques. Dénoncer une forme de destruction des signes philosophiques, pointer les dangers d’une résurgence du mythique au cœur du théorique, voilà qui relève, bien au-delà du débat sur l’individu Michel Onfray, d’une très grande salubrité intellectuelle et qui, naturellement, ne peut qu’emporter l’adhésion.
1 Onfray, La Communauté Philosophique, p. 42.
12:15 Publié dans Laboratoire de proto-pensée | Lien permanent | Commentaires (44) | Envoyer cette note | Tags : Philosophie, polémique, critique, politique
Commentaires
Bravo, cher Bruno, pour cette déconstruction commentée de l'insipide Onfray. Il m'est difficile de parler d'Onfray que je n'ai jamais lu mais que j'ai abondamment subi dans les émissions dites intellectuelles. France Culture elle-même diffuse régulièrement ses cours de l'université populaire.
Il me semble que cet apprenti philosophe a développé une haine inouïe de l'idéalisme, qui l'a amené à commettre un nombre important de contre-sens en philosophie ; d'une part, il a confondu fort connement l'idéalisme et le idées. Pour lui, toute pensée s'appuyant sur des idées de la raison est à bannir, ce qui revient à en finir avec la pensée, de Platon à Derrida. Même Nietzsche et Marx sont ainsi taxés d'idéalistes puisque pour eux le rapport au réel demeure médiatisé par quelque chose comme une idée. Notre idole Jacob Schmutz avouait lui-même que toute pensée ne pouvait être qu'idéaliste, au sens où une pensée qui ne forgerait pas d'idées ne serait qu'une vague fumisterie. Cela va de soi, mais notre ami Onfray, qui témoigne en effet d'une pensée de bistrot a du mal à le saisir. Evidemment que l'histoire de la pensée que l'on apprend est idéaliste, (Onfray a raison sur ce plan) mais c'est peut-être parce que justement, la vraie pensée ne peut être qu'idéaliste, au sens large.
Il se réclame ainsi, dans ce mouvement anti-idéel ou anti-intellectualiste vague, d'une espèce d'épicurisme hédoniste, terme navrant s'il en est, tant à ma connaissance Epicure n'était pas un hédoniste forcené. Ainsi cette maxime 51 d'Epicure : "les plaisirs de l’amour ne nous ont jamais servi ; il faut s’estimer heureux s’ils ne nous nuisent pas." (2-2 pour les citations...) La passion et la jouissance chez Epicure ne mènent qu'au malheur et à la destruction. Cette espèce d'exhibition hédoniste d'une jouissance assumée, hypostasiée abusivement en pensée subversive que présente Onfray ne renvoie à personne, elle ne renvoie qu'à la médiocrité d'Onfray.
Enfin, petite touche polémique : est-ce un hasard si, lors d'une émission mémorable de Culture et dépendances, Onfray et Villiers avaient communié dans un même élan de populisme éhonté, s'en prenant à la méchante Europe des élites, contre le bon peuple ? Pris d'un élan érotique, Villiers avait empoigné le bras d'Onfray et avait déclaré, ému, qu'ils pensaient la même chose. Et oui, Onfray, c'est de la philosophie pour la "France des bistrots", une philosophie de comptoir, une bonne paire de c... comme tu dis si bien, qui se masturbe en public, et qui croit avoir atteint le sommet de la pensée.
Mais allons, soyons aimable : Onfray veut que son petit jardin soit "mobile, portatif" ? Et bien n'hésitons plus : proposons à je ne sais quel opérateur téléphonique de télécharger une sonnerie de mobile qui aurait comme sonorité un cours d'Onfray de l'université populaire... Après tout, Onfray vaut bien Lorie, non ?
Ecrit par : Gai Luron | 17 septembre 2006
Euh, encore moi ; juste une précision.
Onfray n'a évidemment pas la "paternité" de l'athéologie. C'est originellement un terme de Bataille pour désigner la possibilité d'une expérience intérieure par laquelle on se ressaisirait en totalité sans que ne soit nécessaire la médiation du divin. En somme, une connaissance de soi qui ne ferait pas le détour par le divin.
Onfay a honteusement détourné le sens de Bataille.
Ecrit par : Gai Luron | 17 septembre 2006
Merci Thibaut de toutes ces infos et précisions.
J'ajouterai que la tradition idéaliste est aussi une tradition du jugement, de la thèse et de la question. Il y a une passion de la parole qui aime dire quelque chose sur le monde. Or, des thèses réelles chez Onfray, mis à part son "poujadisme" foutral...
Pour ma part, je pense que l'oscillation conceptuelle sur laquelle j'ai bâti mon blog, entre le système et l'événement-étoile, grosso modo, demeure intégralement enclose dans le schéma de cet idéalisme producteur de jugements, tout simplement parce que je ne connais pas d'autre manière de réfléchir avec mes moyens intellectuels disponibles.
Il ne faudrait pas que l'originalité de ce démontage d'Onfray me soit intégralement attribuée, loin de là: c'est surtout Bernat-Winter qu'il faut louer, je te recommande la lecture de son site, impressionnant de rigueur et d'intelligence philosophiques. Je sais par avance que tu apprécieras!
Enfin, pour conclure cette réponse: je savais que le terme "athéologie" n'était pas inventé par Onfray, mais aussi qu'avec ce terme (qu'Onfray a parfaitement le droit de réemployer, en réalité, en en modifiant le sens... un peu comme on n'ira pas faire de mauvais procès à Spinoza d'employer le mot substance dans un sens totalement différent de celui de Descartes, pour prendre un exemple canonique de ces variations sémantiques propres à notre chère histoire de la pensée philosophique!), c'était une... allez, lâchons la formule: une matrice idéologique de combat anti-chrétien qu'Onfray mettait en place. Rien à voir avec ce que Bataille avait tenté de proposer, et qui ne manque pas d'intérêt, y compris pour un chrétien, et le chrétien que je suis.
Onfray sur téléphone portable: oui, avec des sonneries préenregistrées: "Georges Palante, c'est moi que je le connais", "Platon, c'est un catcheur, c'est vous dire le sérieux de cette philosophie qui naît avec lui...", "tout le monde sait que Saint Paul a menti, et Jésus Christ aussi"...
Une dernière nuance enfin, mais je pense que tu as fait la distinction sans la rappeler explicitement: Onfray c'est une philo de bistro, certes, mais qui se veut haineuse des cafés philo. En somme, nous dit Onfray: mieux vaut être un gros con parvenu à un degré entéléchique de sa connerie de zinc de comptoir, qu'une personne modeste, avide de culture, qui vient au café philo essayer de confronter ce qu'elle pense avoir compris avec d'autres personnes. Les cafés philo ne sont sans doute pas parfaits, mais la démarche en est louable. Au lieu de cela, Onfray dit en substance: mieux vaut être un con parfait qu'un intelligent imparfait...
Ecrit par : Bruno | 17 septembre 2006
Oui, je partage évidemment ta nuance finale.
Je suis très emmerdé avec le gars du FNJ car c'est un mec avec qui j'étais au lycée, et qui n'est pas foncièrement méchant. Il a juste connu de gros problèmes personnels (décès de la mère, entre autres) et j'espère juste qu'il ne m'a pas reconnu. D'où ma façon plus que polie de lui répondre...
Ecrit par : Gai Luron | 17 septembre 2006
Tu as bien répondu, d'ailleurs il n'a rien dit ensuite. Il confond le ton (qui lui plaît) et le fond (qui ne lui plairait pas s'il comprenait tout, je crois) de tes textes.
Sur ton blog: je viens de commenter à ma manière ton travail avec Raoul Moati.
J'espère n'avoir pas trop fermé les débats par avance, et que d'autres personnes que toi ou moi pourront intervenir, y compris des gens qui, politiquement, penseraient d'une manière distincte de toi et de moi, qui partageons nombre de vues en la matière...
Ecrit par : Bruno | 17 septembre 2006
Vraiment, je vais de (bonne) surprise en (excellente) surprise, de Gai Luron à Systar, il y a comme une bouffée d'air frais qui entre dans mon esprit. Vraiment, je rends grâce à la divine Providence de lire, enfin, des choses si sensées! Puissiez vous savoir à quel point je me trouve soulagée de cet excellence de la pensée qui se déploie dans vos discours! Combien de fois ai-je dû essuyer les regards torves de mes collègues de fac de philo lorsque j'affirmais en place publique que, décidément, la philosophie selon Onfray, est réduite à une glauque et infamante pratique de la branlette? Combien de fois n'a-t-on voulu écouter mes arguments que d'une oreille, y voyant la réaction défensive d'une catholique obscurantiste qui s'accroche à son aliénation avec conviction? Alors, ouf, MERCI! Et régalez nous ENCORE!
Ecrit par : Agathe | 19 septembre 2006
"excellence de la pensée", Agathe, restons modeste! Thibaut et moi-même n'avons même pas fini nos cursus de philosophie... Mais c'est gentil à vous de nous encourager!
ah, les "cathos obscurantistes", vaste question! Y compris parce que j'aurai toujours avec la communauté des croyants catholiques un rapport complexe... mais quelques mots, tout récents, à ce sujet, prononcés hier soir par Dantec à la télévision: "Dans ce pays, on ne peut plus rien critiquer, sauf les cathos. Alors eux, les cathos, on peut leur balancer des wagons de merde entiers à la tête..." Sur ce point, je suis très proche de Dantec...
Je ne sais pas si je vous régalerai encore, puisque mon Systar préfère, en général, expliquer ce qu'il aime qu'attaquer ce qu'il n'aime pas, mais... rien n'est d'avance arrêté, de toute manière.
Bien à vous,
Bruno
Ecrit par : Bruno | 19 septembre 2006
Très beau démontage en règle, Mr B. ! je suis d'accord avec vous (Bruno, Gai Luron et Agathe), il ne faut pas obligatoirement voir dans la religion le mal absolu. De plus, la volonté absurde de vouloir scinder le monde entre bas de l'échelle culturelle et haut de l'échelle culturelle est assez symptomatique du moment que nous vivons : a t on vraiment une polarisation culturelle de notre société, au point que désormais culture "populaire" et culture des "élites" fonctionnent comme deux mondes clos et imperméables ? Je ne pense pas, enfin ce n'est que moi, que ce soit le cas, ces deux sphères, si l'on tient absolument à réduire le monde culturel à un ensemble binaire (bien loin de la réalité), communiquent, se nourrissent et se toisent l'une l'autre. En clair, à mes yeux la distinction de Onfray est non fondée et donc d'autant plus inepte.
Ecrit par : Timothee Le Moing | 23 septembre 2006
Oui, mon cher Timothée, je suis d'ailleurs ravi que tu écrives cela, car cela confirmera à Nathalie, si elle tombe sur ton message, ce que je lui indiquais ces jours derniers, à savoir que toi et moi n'étions guère du même bord politique, mais que nous avions néanmoins parfois des points d'accords assez nets.
Le vrai danger avec Onfray, c'est tout de même cette tendance politique au populisme le plus crasse. Enfin, danger, je dis cela, mais au fond c'est plutôt le traité d'athéologie que les gens ont le plus retenu... Le travail d'Harold Bernat-Winter n'en était que plus utile: ne pas négliger certains aspects du phénomène Onfray uniquement parce qu'ils sont masqués par l'énormité médiatique du traité d'athéologie.
Ecrit par : Bruno | 23 septembre 2006
La définition d'une culture populaire n'est-elle pas le fait essentiellement d'une certaine pseudo-élite culturelle qui tente de se convaincre de sa propre existence en posant ladite culture populaire comme une entité adverse et inférieure? Considérer qu'il existe deux mondes culturels étrangers l'un à l'autre est aussi anhistorique que stupide, et transposer l'ouvriérisme dans le domaine culturel me semble éminemment ridicule et dangereux (tout comme l'ouvriérisme lui-même d'ailleurs). C'est de plus dénier au terme populaire la noblesse qu'avait voulu lui donner un homme comme Jean Vilar dans son TNP. L'expérience de l'université populaire (mais je ne connais de cela rien de plus que le nom d'une salle municipale de ma ville natale, d'ailleurs aujourd'hui débaptisée) ne devrait-elle pas avoir comme seul objectif de permettre un accès parmi d'autres à la culture sans préjuger à l'avance de la capacité ou de l'incapacité de ses auditeurs à en percevoir et en apprécier la richesse et la nécessaire complexité?
Ecrit par : Nathalie | 23 septembre 2006
bien comprise, l'université populaire devrait ressembler grosso modo à ce que tu décris, Nathalie. Concrètement, qu'en est-il, avec Onfray notamment? Je n'en sais rien, je sais simplement qu'Onfray prend soin de faire enregistrer tout ce qu'il y professe, puisqu'il commercialise ensuite les CD d'enregistrement. Et ça, c'est vraiment libertaire et subversif, comme façon de diffuser sa pensée...
Il y a sans doute eu un moment où ce que tu décris a bien eu lieu, c'est à Vincennes avec Deleuze. Deleuze n'a jamais transigé en rien sur la difficulté ou sur le niveau de ce qu'il entendait enseigner, mais il accueillait les schizophrènes, les malades, les drogués, etc. Il savait pertinemment qu'un cerveau humain ne peut pas écouter pendant deux heures sans discontinuer un discours, en maintenant toujours son attention à niveau égal. Il avait compris que l'intérêt, c'était que chacun puisse, à un moment du cours, trouver une idée, un développement, quelques minutes de parole qui le touchent et lui soient utiles.
Tout cela est possible dans la mesure où l'on ne cherche pas à former, à dupliquer une parole professorale, mais dans la mesure où l'on conçoit la philo comme un moment où la pensée peut être utile jusque dans le quotidien, parfois tourmenté, des gens.
Dès que l'on cherche, au contraire, à former des compétences en matière de doxographie, d'histoire de la philo, de maîtrise conceptuelle, alors on retrouve la démarche, bien connue, de l'université et des concours. Les deux démarches, l'université populaire, et l'université disons "institutionnelle" ne devant pas s'exclure l'une l'autre, mais trouver des points de passage et de rencontre.
Ecrit par : Bruno | 23 septembre 2006
beaucoup de bétises rassemblées ici. Vous auriez peut-être du lire Onfray plutôt que ses critiques... Bernat-winter lui-même n'a pas lu grand chose... Sa critique est bonne mais le nom d'Onfray (caractérisant le "poujadisme hédoniste") pourrait fort bien être remplacé par un autre nom, car Onfray, ne lui en déplaise, n'est que fort peu concerné par ce qu'il écrit. Alors on dira, peu importe l'individu Onfray puisqu'il n'est qu'un symptome, sauf que c'est bien Onfray en tant qu'individu auquel Bernat Winter ne cesse de faire référence, tout le temps, toujours, de manière quasi obsessionnelle. Et ce lors même qu'il nous dit que seul le texte importe (soit dit en passant je pense exactement le contraire).
Sinon je note ici "un anti-intellectualisme consistant à dire que ce n’est pas à un néophyte de progresser, mais à sa nouvelle discipline de s’abaisser en sacrifiant sa langue, son étrangeté, sa technicité sémantique et donc sa précision".
Onfray dit exactement l'inverse et s'explique très bien sur la question. De lunettes vous semblez avoir besoin... Si ce n'est d'appareil auditif pour le "gai luron", qui tout en avouant n'avoir jamais lu Onfray, nous explique ceci :
"Il se réclame ainsi, dans ce mouvement anti-idéel ou anti-intellectualiste vague, d'une espèce d'épicurisme hédoniste, terme navrant s'il en est, tant à ma connaissance Epicure n'était pas un hédoniste forcené. Ainsi cette maxime 51 d'Epicure : "les plaisirs de l’amour ne nous ont jamais servi ; il faut s’estimer heureux s’ils ne nous nuisent pas." (2-2 pour les citations...) La passion et la jouissance chez Epicure ne mènent qu'au malheur et à la destruction. Cette espèce d'exhibition hédoniste d'une jouissance assumée, hypostasiée abusivement en pensée subversive que présente Onfray ne renvoie à personne, elle ne renvoie qu'à la médiocrité d'Onfray"
Etonnant lorsqu'on sait qu'Onfray est l'un de ceux qui dit clairement et bien haut, qu'Epicure était sérieusement ascète et finalement fort proche des premiers chrétiens. Ce ne fut pas le cas d'aristippe et de bien d'autres à sa suite. Quant au fait que l'exhibition hédoniste d'Onfray ne renvoie qu'à sa propre médiocrité, hum... Onfray, dixit Oberlé, est un type qui se couche à jeun, et qui vit avec la même femme depuis plus de 20 ans...Alors refoulé petit bourgeois? Surement pas l'homme semble très tranquille... Et vous?
Pour conclure, je dirai à l'inverse de bernat winter, dont la petite prose idéelle m'intéresse, que seul le corps du philosophe en situation importe. Le texte n'est rien! Juste un exercice pour la sculpture de soi (Pierre Hadot à lire d'urgence sur la philosophie antique).
A plus
momo
Ecrit par : momo | 29 septembre 2006
Je vous remercie, Momo (?), d'avoir pris le temps de préciser ce qui dans mon texte et les commentaires vous semblait injuste et/ou erroné. Je suis tout à fait prêt à retourner vérifier la lettre du texte d'Onfray, ici et là.
Toutefois je ne saurais souscrire à des notions aussi étranges que le jardin (où ça? pour quoi faire), ou encore l'aura du philosophe hédoniste (quelle aura?) dont parle Onfray.
Vous dites que seul le corps du philosophe en situation importe, et que le texte n'est rien. J'aurais tendance à prendre le parfait contrepoint de votre affirmation. Vous devez avoir en tête la notion d'exercice spirituel telle qu'exposée par Pierre Hadot, et pourquoi pas en venir à cette pratique, si c'est la manière que vous préférez pour que la philosophie joue un rôle actif dans votre vie. Simplement, "le texte n'est rien", cela je pense exactement l'inverse. Je ne sais pas faire de philosophie, ni commencer à réfléchir, sans un temps long, patient, appliqué, de lecture et de relecture des textes philosophiques. Quant à mettre mon propre corps dans je ne sais quelle situation, pour cela c'est autre chose.
Avouez enfin que le fait de le dire ainsi "le texte n'est rien, par rapport à l'importance du corps en situation" a un certain sens pour un type comme Onfray, qui est très intelligent (il n'a jamais été question de remettre cela en cause), qui a lui-même beaucoup lu, mais pourquoi ne pas inciter autrui à lire à son tour nos 2500 ans de philosophie? Pourquoi ne pas le faire plus explicitement? N'y trouvez-vous pas un manque flagrant?
Refoulé petit-bourgeois: non, je ne crois pas, je vous remercie néanmoins de vous soucier de mon épanouissement affectif et sexuel.
Merci encore d'être venu exprimer votre point de vue, il est toujours sain de discuter avec des personnes d'avis différents.
Bien à vous,
Bruno
Ecrit par : Bruno | 29 septembre 2006
A Momo,
Si Onfray a toujours dit qu'Epicure était ascète, je retire mes propos.
En revanche, il y a une chose sur laquelle je ne cèderai pas, c'est l'idiotie de la lecture de l'idéalisme que Onfray déclame à longueur de plateaux télé. Tout philosophe étudié, selon lui, à l'université, serait frappé du sceau infamant de l'idéalisme. De Platon à Nietzsche ; oui, il a raison, mais c'est normal. La philosophie - et c'est ce qu'Onfray n'a pas compris - relève de l'idée. La pratique du corps, c'est un accord du corps à une idée, (lisez justement Hadot, nous sommes d'accord), ce n'est en rien une auto-suffisance du corps, ou un "corps en situation". C'est faire en sorte que le corps ne soit plus obstacle à l'idéal de vie délivré par la pensée. Onfray renverse scandaleusement les rapports de subordination pour autonomiser le corps ; de là ses délires sur la gnose, et les ignorances du même genre. Incapable de différencier un Marcion d'un plotin, il écrase de sa "pensée" binaire toutes les différences pourtant énormes. Gnose et gnosticisme, entre autres.
Par ailleurs, il n'est jamais venu à l'esprit d'Onfray qu'il pouvait y avoir une raison valable à l'oubli légitime dans lequel sont tombés les pseudo-philosophes plus ou moins épicuriens, qu'il cherche en vain à sortir du néant qui les recouvre de plein droit.
Ne comprenant manifestement pas un traitre mot de la philosophie des idées, découragé par la pensée allemande ou grecque, Onfray semble avoir décidé d'exhumer des non-pensées, manifestement plus accessibles à cet homme qui pense à travers son "corps en situation" plus que par son cerveau.
Il n'a pas sa place dans les rayons philosophie mais tout au mieux dans les magazines féminins, aux pages "mieux vivre".
Enfin, je voudrais signaler à Momo que l'inculture abyssale d'Onfray en matière scientifique est inouïe. je l'ai rencontré dans une présentation FNAC d'un de ses bouquins, et une question du public, pourtant à la portée du premier honnête homme venu, dévoila l'ignorance crasse des bases de la science moderne (j'entends par là depuis Galilée), ignorance qui fut du reste confirmée par une confrontation pathétique avec Michel Serres sur le plateau de FOG. Il me semble impensable de se prétendre aujourd'hui "philosophe" et de ne pas comprendre un traitre mot à la gravitation, à la relativité (celle de Newton, j'entends), etc.
Bof, après tout, cet homme qui est capable d'expliquer que la pomme de la Genèse signifie l'interdiction de la connaissance (témoignant par là même de l'ignorance totale de ce dont il parle) mérite-t-il ne serait-ce qu'une ligne dans un blog de la qualité du Systar ? C'est bien trop d'honneur.
Ecrit par : Gai Luron | 29 septembre 2006
Onfray, Onfray, Onfray, Onfray, encore et toujours...
Même moi j'y ai mis mon grain de sel :
M. Onfray ou la voie à double sens.
http://cratylogos.hebserv.fr/spip.php?article4
Ecrit par : Cratylogos | 05 octobre 2006
mon petit commentaire sera un peu décalé dans le temps et dans le ton - c'est vrai qu'ici, vous êtes entre initiés...
je suis comme quelques millions de français qui n'avons connus de la philosophie que l'année de terminale et ça fait peu. 25 ans après nous tombons sur un type qui nous parle de philosophie (enfin c'est ce que nous croyons, crétins que nous sommes) qui nous parle de politique et qui synthétise notre pensée en lambeaux depuis longtemps sur le sujet (nous sommes de vrais enfants !).
Ce type vend 200 000 ex de son traité d'athéologie et devient l'ennemi numéro 1 de ses "collègues". Le succés suscite toujours la haine et bien plus encore dans le milieu de "la pensée", les haines et les aigreurs y sont bien plus violentes qu'ailleurs.
Alors oui sans doute que Michel Onfray n'est pas un vrai philosophe (puisqu'il n'utilise pas le vocabulaire de la profession et quand il le fait il l'explique) mais on l'aime parceque ce qu'il dit est intelligible et souvent intelligent parcequ'il met de l'ordre sur les étagères encombrées de nos pensées et parcequ'il nous laisse le choix de le faire ou de ne pas le faire et surtout nous donne l'envie d'aller chercher les textes et de les lire. Ce type est indispensable et vous voir tous griffer sa statue de lave volcanique de vos ongles déssechés me fait rire...
je me demande d'ailleurs pourquoi j'ai perdu 20 min de ma vie à lire vos commentaires et à taper cette petite réponse qui vous confortera sans doute dans votre sentiment.
que vive Onfray !
Ecrit par : da cruz | 17 janvier 2007
Sachez que je me félicite de vous avoir fait perdre votre temps, et que votre mot me semble tout à fait médiocre.
Je vous réponds point par point, néanmoins:
- ici on n'est pas entre initiés, c'est d'ailleurs pour ça que ce blog existe, pour présenter des choses, des pensées, quelques rudiments, et rappeler quelle doit être la hauteur de toute philosophie qui se respecte, même (surtout?) quand on prétend en parler à des gens qui n'en ont pas ou peu lu.
- vous tombez sur quelqu'un qui synthétise votre pensée: tant mieux pour vous. Vous devriez néanmoins veiller à ne pas vous laisser "synthétiser" comme ça, même par un "philosophe".
- La démonstration selon laquelle Onfray parle comme un poujadiste n'est pas évoquée dans votre commentaire: il aurait peut-être fallu que vous m'expliquassiez en quoi cette démonstration serait fausse.
- le nombre de livres vendus n'est jamais l'indice de quoi que ce soit. Les grosses ventes ne signifient ni que le livre est bon, ni qu'il est mauvais. Désolé, je crois à l'absolu (oh, le vilain réac...), et les absolus se contrefoutent du nombre de gens qui leur prêtent l'oreille, ils sont là, c'est tout. La qualité de la pensée, la beauté sont des absolus auquel Onfray n'accède absolument pas.
- vous qui n'avez fait de la philo qu'en terminale: que connaissez-vous du milieu de la pensée comme milieu haineux, vous pouvez me le dire? A qui pensez-vous? Voyez-vous, vous me resservez là la petite comptine poujadiste du "milieu", des "initiés", qui se distingueraient de gens comme vous, forcément moins méchants, moins comploteurs... Sur quoi se fondent vos assertions? du vide, et des fantasmes. Je fréquente Paris IV, une fac qui abrite quelques grands messieurs (Courtine, Chrétien, Marion, Romano, Alain Renaut), j'ai la faiblesse de penser qu'ils ont tout à fait le droit de prétendre distinguer leur travail universitaire des âneries sidérantes et soi-disant philosophiques de votre gourou normand. Encore mon côté réac: on ne mélange pas les torchons et les serviettes, avec moi...
- Onfray vous donne envie de lire: ah, enfin un bon argument dans votre commentaire...
- Le lexique de philo est parfois compliqué, mais imaginez-vous que parfois il est malgré tout NECESSAIRE. Des mots comme "transcendantal", comme "phénomène", comme "immanence" sont parfois nécessaires, on ne peut pas en employer d'autres. A vous de vous accrocher pour en intégrer la définition avant de progresser dans vos lectures. Puis-je vous recommander, plutôt que les bêtises nullement pédagogiques d'Onfray, n'importe quel petit lexique de philosophie comme il s'en édite à chaque rentrée scolaire de septembre?
- Je vous fais rire avec mes ongles desséchés? tout d'abord, mes ongles vont très bien; par contre, la statue volcanique de votre "idole", si je file votre métaphore pour en montrer tout le côté suspect, j'ai bien peur de ne l'avoir jamais aperçue nulle part... A Caen, peut-être, sur quelque terrain vague où des hédonistes de tous poils viendraient se frotter les uns aux autres en se prosternant devant la statue du grand manitou?
Vous n'avez rien conforté du tout, ce n'était pas vous que je visais, ni aucun lecteur d'Onfray. Enfin, vous ne pouvez, d'un strict point de vue logique, dire d'un "philosophe" qu'il est "indispensable" si c'est vital pour vous de lire son oeuvre, ou bien si vous croyez encore à quelque téléologie de la pensée qui devrait s'acheminer nécessairement vers une réalisation toujours plus poussée de je ne sais quel processus de la pensée occidentâââââââle... Dans les deux cas, c'est grave.
Encore une fois, ravi de vous avoir fait perdre votre temps, surtout dans la mesure où vous ne l'avez pas tout à fait perdu, puisqu'il est toujours bon, par mesure d'hygiène philosophique, d'aller lire les contradicteurs de son propre camp, ne serait-ce que pour éviter l'érection d'un "penseur" en idole, par des lecteurs qui ne demandent qu'à se transformer en "fans"...
Ecrit par : Bruno | 20 janvier 2007
"La philosophie, que l’on soit platonicien ou non, subversif ou non, travaille avec des concepts, c'est-à-dire des unités de sens rendant compte d’une réalité tout en sachant se hisser à un niveau d’abstraction suffisant pour que le discours et la pensée puissent se développer par eux."
La philosophie ne tente de répondre qu’à une question : comment vivre ? Il n’y a de philosophie que morale. Elle conduit à l’euthymie et procure la volonté de respirer. Je ne formule qu’une attitude. Puis-je me tromper ? Puis-je vous convaincre ? Pouvez-vous me contredire ?
Puisqu’on ne peut convaincre personne d’aller se pendre, comment imaginer que l’on puisse ramener qui que ce soit à la morale par le raisonnement ? Il n’y a rien à propos d’éthique où l’on pourrait avoir tort ou raison. L’éthique n’est qu’exclamation ! Aucune vérité, aucun fait à connaitre. Monde de l’opinion et de l’attitude… Ainsi M. Onfray ne se démonte pas.
Ecrit par : Fougasse | 18 mars 2007
Attitude contre attitude: avec la philo telle que vous la voyez, vous respirez; moi je m'emmerde.
L'éthique comme exclamation? Aucune vérité? On doit passer des nuits d'insomnie terribles, chez vous, avec des idées pareilles.
Bon, sinon, à quand une argumentation, que je puisse vous répondre sérieusement?
Ce que vous citez de mon texte n'entre absolument pas en opposition avec ce que vous dites ensuite (quoique, par ailleurs, je ne sois pas d'accord avec vous), pour la simple et bonne raison que ma remarque concerne la méthode philosophique, alors que vous parlez des buts de la philo...
Ecrit par : Bruno | 19 mars 2007
« Des concepts, voilà ce qui manque » car pour vous la philosophie travaille avec des concepts. La philosophie rejoint la bande des mots qui chantent : liberté, bonheur, art… On n’épuisera jamais leur signification. Ainsi définir la philosophie ou une méthode philosophique est une posture. Une attitude. Une exclamation. Elle ne se réfute pas. Je ne suis pas d’accord parce que j’ai une autre vision infalsifiable, je pourrais soutenir que la philosophie ne se suit qu’à travers les fictions et les réflexions des romanciers. Les récits, les témoignages créent une familiarité avec les formes de vies humaines. Qui mieux qu’un artiste analysera comment nous réfléchissons à notre vie, comment à l’intérieur de notre vie, à partir de ce que nous sommes, de ce qui nous arrive, de ce qui nous reste à vivre, nous la dirigeons… Je conclurai alors, le philosophe-écrivain ne manque pas de concept car il n’en a pas besoin pour philosopher.
Je ne veux pas insinuer que toute critique est impossible, simplement que le critique ne fait que poser un avis, une opinion à côté d’une autre.
Ecrit par : Fougasse | 19 mars 2007
Le problème, c'est que vous faites fond sur des positions relativistes, qui comme toutes les positions de ce genre (réduction de tout ou presque à de l'opinion), sont auto-réfutantes.
Ecrit par : Bruno | 19 mars 2007
"Il n’y a de philosophie que morale." (sic Fougasse) Vous me semblez être en pleine métaphysique de la subjectivité là, hein ?!
Sinon vous le dîtes vous-même, l'éthique est une exclamation, ainsi je serai plutôt tenter de dire qu'elle se trouve bien plus alors dans le théâtre (Sophocle en tête) qu'en philo...
De plus si personne n'a tort ou raison, que seul compte le fait (puisque le raisonnement et par extension le droit en général ont été congédié), vous êtes un sacré conséquentialiste ! Mais je lis ensuite que c'est l'attitude qui prédomine,d'une ligne à l'autre, auriez-vous viré votre cutie en direction de Königsberg ?
Quant au but de la philo, assigné au "vivre bien", je vous suggère plus le yoga, le thé, les anti-dépresseurs et que sais-je encore ?!
Encore que je ne sois pas d'accord avec ce "but" ultime de la philo... pourquoi ne serait-ce pas plûtot l'ontologie fondamentale ?
Enfin cher ami, si le raisonnement ne peut jouer efficacement sur le terrain de l'éthique, faîtes voeu de conséquence lorsque vos pieds sont sur un autre sol.
Ecrit par : Aurélien | 19 mars 2007
Une position philosophique ne peut être que relativiste. Auto-réfutante come vous le soulignez, je dirai infalsifiable... Nous nageons en pleine subjectivité radicale. Oui. A moins que vous prétendiez être objetcif ? Ecrire que la philosophie travaille avec du concept est objetcif ? Ecrire que "dans le crâne nous n'avons que des idées" est objectif ?
Ce qui sauve Königsberg c’est l’idée que le sens esthétique précède le sens moral. Le sublime se prolonge dans la vie éthique. A chacun de « vivre-beau » pour « bien-vivre ».
Ecrit par : Fougasse | 21 mars 2007
Ok, mais ne vous étonnez pas, alors, s'il n'y a pas de discussion possible, si une position philosophique ne peut être que relativiste. Moi ça ne m'intéresse pas de partir de cette prémisse-là, ni d'esthétiser mon existence en croyant que cela suffira à lui donner du sens, ou à me faire bien vivre. Pour d'évidentes raisons d'humilité, notamment. Et parce que l'existence d'autrui, comme la mienne, n'est ni belle ni laide, elle vaut en soi, mais dans un ordre de valeurs qui n'est pas esthétique.
Auto-réfutant = falsifié, par définition, donc mort et stérile. Non?
Ecrit par : Bruno | 21 mars 2007
Vous connaissez ce que dit deleuze à propos du dialogue impossible en philosophie ? (p. 7 Dialogues et aussi dans qu'est-ce que la philosophie?).
Vous connaissez sans doute le §6.53 du Tractatus... "Ne rien dire sinon ce qui peut se dire c'est-à-dire les propositions des sciences de la nature- donc quelque chose qui n'a rien à voir avec la philosophie" (les propositions des sciences de la nature sont falsifiables (popper), réfutables)
Pour ma part, je crois que la subjectivité radicale n'empêche pas la discussion. Au contraire, la perspective change, l'échange s'appuie sur l'inter-subjectivité. Evidemment, il ne s'agit pas de convaincre ou de se mettre d'accord... Un échange d'idée, de vue
La remarque sur Kant était adressé à Aurélien. "auriez-vous viré votre cutie en direction de Königsberg ?" dit-il. Je précisai ce qui à mon avis sauvait kant... Quant au reste de sa morale : considérer autrui comme une finalité en devenir, formuler chacune de ses maximes morales en loi universelle, être capable d’agir en transformant ses idées en impératifs relèvent du défi et pourquoi pas d’un effort de soi sur soi. Par contre comment se soumettre à une obligation universelle qui ne proviendrait d’aucune expérience, ni désir, ni intérêt (p. 133 de la critique de la raison pratique (en GF), « on obtient l’exact opposé du principe de moralité quand on fait du principe du bonheur personnel le fondement de la détermination de la volonté. ») ? Qu’est-ce qui motive l’action ? Comment agir par pur respect pour l’impératif ? Qu’aurait fait Kant après avoir passé à l’une de ses phalanges maigres et boulues l’anneau de Gygès ? L’éthique de Kant ressemble à une morale de l’intention, un idéalisme étoilé, une promesse intenable. Mais, il m’est impossible, même en rêve, d’imaginer qu’est-ce qu’une volonté autonome ou une raison pratique pure capable de se poser des principes universels et s’obliger à les suivre parce qu’elle se les ait posés…
Ecrit par : Fougasse | 22 mars 2007
"comment se soumettre à une obligation universelle qui ne proviendrait d’aucune expérience ?"
C'est justement là, comme vous le savez que se différencie le plan phénomènal et le plan nouménal.
(pour plus d'explicitation, si nécessaire, voyez la résolution des antinomies de la raison pure de la dialectique transcendantale).
Cependant malgré cette belle solution kantienne, je fus longtemps persuadé que le kantisme n'était, permettez-moi la reprise de votre expression, qu'un "idéalisme étoilé". Objection valable, si le sujet nouménal était conçu comme un "jumeau" de l'homme phénoménal, avec son même degré de concrétude. Mais comme on ne peut "jamais être sur qu'un seul fait moral eut jamais lieu", force est de constater que le sujet nouménal est un idéal régulateur. Bien sûr, et je vous vois venir, un idéal régulateur ne garantit jamais l'application du fait qu'il désigne, qu'il requiert. Cependant force est de constater que l'idéal régulateur, la Foi en son sens large (la Vérité pour le scientifique ; l'homme libre pour tout sujet) reste un Fait présent en l'âme, éprouvable par chacun. Bien sûr si on attend de ce Fait le même degré de réalisme qu'un phénomène patent, force est de constater que l'on sera bien déçu, mais ce serait alors paver sa propre impasse logique, car comment légitimer un Fait nouménal sur un plan qui n'est pas le sien, le plan phénomènal ?!
Je pense que, pour le coup, votre incapacité à "réver cette volonté autonome" vient plus du fait de votre fourvoiement logique que de votre sentiment propre.
Ecrit par : Aurélien | 22 mars 2007
Je n'avais pas eu le temps de revenir à cette conversation plus longuement.
Sur Kant: effectivement, Fougasse, il y a dans le fait de placer la morale en dehors de toute recherche d'origine objective, et en dehors de tout désir, quelque chose qui peut sembler impossible, c'est-à-dire inhumain. C'est le pari de Kant, je ne sais pas s'il est tenable.
Le problème de la discussion impossible avec Deleuze: j'irai relire ça, le livre traîne dans ma bibliothèque, mais, entre nous, si nous discutons là, ne sommes-nous pas néanmoins en train d'espérer que tout ne se réduise pas à de la confrontations de simples opinions nues se valant toutes? Cela détruirait l'idée même de défense d'une opinion: à quoi bon défendre et même simplement exprimer une opinion qui dirait sienne alors même qu'on penserait que son opposée a même valeur? Je dois dire que cela me laisse perplexe, même si, sur l'impossibilité d'un vrai "dialogue", j'ai parfois tendance à vous rejoindre...
Pour Wittgenstein: toujours le même problème: quel est le statut de la proposition 6.53 elle-même? Ce n'est pas une proposition de sciences de la nature, et nous avons disqualifié tout autre type de discours... Cette proposition édicte une norme universelle de discours à laquelle elle ne peut pas elle-même se soumettre... Alors il y a toujours la pirouette qui consiste à dire que le Tractatus a une dimension auto-destructrice, que c'est l'échelle qu'on rejettera une fois parvenu en haut... Mais tout ça n'est guère enthousiasmant, ne trouvez-vous pas?
Petite proposition, Fougasse, si vous repassez: cela vous intéresserait-il d'écrire un texte sur ces questions et que je vous publie ici-même? Je suis ouvert à toutes les thèses philosophiques sur ce blog, pour peu qu'elles soient défendues avec ténacité et rigueur (ce que je reprochais en somme à ce cher Mimi Onfray). Si ça vous dit, envoyez-moi un mail à l'adresse yahoo mentionnée en haut de page...
Ecrit par : Bruno | 30 mars 2007
Bonjour,
Sur le laxisme conceptuel du "poujadisme hédoniste", voir :
http://www.oeil-cynique.org/spip.php?article141
et
http://www.oeil-cynique.org/spip.php?article124
Bien cordialement,
Ecrit par : Olivier | 04 avril 2007
Lorsque l’on écrit sur l’athéisme, jusque là croyance tout aussi légitime ou illégitime que le monothéisme, on écrit sur des thèmes vendeurs. Lorsque l’on écrit des milliers de pages sur une religion complaisamment révélée, on écrit pour la civilisation.
L’athéisme est viscéral, tout autant, je vous le souhaite, que la croyance en un créateur et ses contreparties égoïstement vénales.
L’athéisme est la plus merveilleuse des libertés de l’homme, et c’est en cela qu’il n’échappe pas – mieux, qu’il ne le renie pas - à son appartenance au règne animal.
La religion serait donc libératrice et l’athéisme populiste ?
Je suis athée et anarchiste. Je le vois déjà, votre irrépressible frisson, de crainte ou de dégoût, lorsque ces deux mots ont pénétré votre cerveau trop mûr. Il y a certes beaucoup de préfixes privatifs. Néanmoins cela ne me prive pas de respecter toutes les opinions et croyances. Au contraire, il est évident que cela me le permet.
Je suis, je l’espère, tout ce que vous n’êtes pas et vice versa. Je vous assure, toutefois, jeune homme, que je sens en vous une grande suffisance, d’où sourd, insidieusement, une agressivité difficilement contenue en face d’idées qui vous révulsent.
Ecrit par : Florian Laska | 30 avril 2007
sentez chez moi ce que vous voulez, faites-moi tous les procès d'intention que vous voudrez, supputez même, si ça vous chante, que je suis un extrémiste et un intégriste.
Mais de grâce: si vous êtes anarchiste, ne commencez donc pas par mettre des copyrights pour tous vos textes de blog. C'est ridicule.
Ecrit par : Systar | 04 mai 2007
Il vous faut alors encore lire un peu le remarquable blog que vous venez de citer, ainsi je vous rappelle que les textes ne sont pas ceux de la colonne de gauche, tels que "notes récentes" ou encore "catégories", même si ce sont ceux-là qui vous font réfléchir.
Je vous rappellerai, puisque vous estimez avoir - pardon, être - de bonne foi, que l'a-narchie signifie rejet de toute autorité sur l'individu, et non droit absolu de chacun de prendre sans respect à autrui; je dis bien sans respect, cela laisse entendre - à qui sait écouter - laisser prendre si on demande avant. Cela va dans les deux sens, et je ne me permettrais - à votre dieu ne plaise - de m'approprier des pans entiers de votre lumineuse pensée.
Les livres que j'écris, et que j'édite, sont mon maigre gagne-pain, il s'agit au minimum de respecter ce pain-là, que je ne soustrais à personne, et que personne en retour - j'imagine qu'un honnête homme comme vous ne connaît aucun individu si mal intentionné - ne me soustrairait.
Un anarchiste, pour terminer, n'est pas un marxiste, n'est pas contre la propriété privée individuelle, encore moins de ses idées, vous savez, ces choses abstraites que l'on a quand on pense, même quand on pense mal. J'imagine que pour effrayer les vieilles dames, lorsque dans vos soirs généreux vous accompagnez leur digestion, il vous prend de citer l'épouvantable Proudhon et son "La propriété, c'est le vol" -l'infâme, quelle insupportable idée-, sans ajouter le principe corollaire: "La propriété, c'est la liberté". J'imagine également que vous n'y verrez qu'une contradiction effarante.
Ainsi donc, ce genre d'arguments très en vogue, dans un style très sarkozien - qui a le mérite de renouveler le funeste genre - de prendre un élément qui semble paradoxal, afin de rendre "ridicule" l'ensemble, n'a que peu de poids surtout lorsqu'il est vide de sens.
Mais je retire ce que j'ai dit: vous n'êtes absolument pas suffisant, encore moins agressif, certainement pas intolérant; vous n'êtes qu'un petit Savonarole de petit salon bourgeois. L'autre, au moins, avait certaines grandeurs ascètes.
Ecrit par : Florian Laska | 06 mai 2007
Vous m'en direz tant...
Bon, une fois que vous aurez tout radiographié chez moi (le style sarkozien, les vieilles dames, la salonnardise petite-bourgeoise), vous me direz quand même si vous passiez juste préparer des insultes (que vous affinez au fur et à mesure), ou si vous étiez animé de quelque intention plus noble, noble an-archiste au coeur désintéressé.
De quoi tout idéal de gauche est-il en train de crever aujourd'hui même, à l'heure où ça vote partout en France? La réponse est simple: de tout le PATHOS agressif hypermoralisateur qu'elle a cru bon d'arborer pour entrer dans le champ de la pensée et de la discussion. La réduction d'une personne à ses origines sociales, le recours à l'insulte (mais qu'est-ce que les lecteurs de ce blog en avaient à foutre de savoir que monsieur Florian Laska trouve le rédacteur du blog systar arrogant, vous pouvez me le dire?), tout le contenu de votre commentaire, pourtant par ailleurs intéressant, déborde de ce pathos suspect. Détendez-vous, desserrez donc un peu le slip, ça ira beaucoup mieux.
Ecrit par : Systar | 06 mai 2007
Cher Florian Laska,
je viens de lire avec intérêt votre débat avec Bruno, hôte de ce blog. Néanmoins, j'avoue être un peu surpris par quelques unes de vos remarques :
1) sur l'anarchisme tout d'abord. Votre découpage est étonnant : a-narchisme. Narchisme ne signifie rien ; le découpage correct est celui de Levinas, à savoir an-archisme, afin de renvoyer à la négation de l'archè, du fondement ; de ce fait, l'anarchisme n'est pas un refus de règles, mais un refus de règles FONDEES ce qui est très différent et ce qui libère la possibilité même de l'anarchisme. L'anarchisme a des règles, peut même reconnaître l'autorité (l'autorité de l'auteur dans le cas du copyright) mais refuse que ces règles soient fondées, dans l'Etat ou en Dieu par exemple. Rien n'est donc plus faux que de prétendre que l'anarchisme est un refus de l'autorité ; il est un refus de l'autorité fondée, ce qui est radicalement différent.
2) J'avoue avoir du mal à comprendre comment il est possible de se prétendre athée ET anarchiste au sens de Proudhon, (puisque c'est celui-ci que vous citez mais peut-être n'êtes-vous pas proudhonien) dans la mesure où le système (à mes yeux médiocre par rapport à celui de Marx mais passons) est justement fondé sur Dieu, Proudhon étant chrétien. C'est là une subtilité qui m'échappe.
3) Enfin, je m'étonne un peu de la présence de Sarkozy dans une discussion portant sur Dieu et l'anarchisme : mais il est vrai qu'Onfray ne recherche jamais que des débatteurs intellectuels à sa taille... J'ai beaucoup d'admiration pour les athées mais ayez l'honnêteté de reconnaître que c'est faire insulte à cette pensée courageuse et forte que de prendre ce pitre d'Onfray pour représentant.
Ecrit par : coincoin | 06 mai 2007
La première chose, tu en conviendras, Bruno, est qu'il faut toujours garder son humour - du moins tenter d'en apercevoir partout - si ce n'est son flegme. C'est ce que je me suis promis de faire chez toi, par respect. Et si tu t'es senti insulté, c'est que tu n'y as pas vu l'humour (alors mauvais) qui y était. Mais peut-être que tu n'avais pas vu dans ton définitif "c'est ridicule" quelque chose d'également insultant. Ou je n'y ai moi-même pas vu l'humour.
Je reviens tout de même une dernière fois sur le dernier commentaire; je dois avouer, quand même, que je me suis bien amusé. Et tu vois, Sys, je ne pensais pas que tu me donnerais raison si vite. Tu connais, effectivement, évidemment, des gens bien intentionnés. Tellement gentils qu'ils t'expliquent ce que ça veut dire ce que tu es.
Parce qu'entre Jeune Coq qui réduit l'anarchisme à du Pathos et coincoin qui me réduit à un représentant d'Onfray, en définissant de trois mots l'anarchie, je suis tombé dans une belle bassecour. Laissez-moi gentiment vous voler dans les plumes, puisque vous l'avez fait dans les miennes.
Si tu le permets, Sys, je m'adresserais en premier à coincoin. Où as-tu vu que je défendais onfray, ou qu'il pouvait à aucun moment me représenter? Je ne le connais pas, et tu ne trouveras pas un texte où je cite ce type, ni même le nomme, ni ici, ni chez moi (Sys sur ce point pourra me le concéder). Point une seconde, point une idée.
Je n'étais pas pour Onfray, j'étais contre Bruno et ses amis qui tombaient à bras raccourcis sur mes idées. Après, c'est le but d'un blog. Je ne me souviens d'ailleurs plus par quel hasard je suis tombé sur son article, mais ça a commencé comme ça.
J'avais l'impression d'assister à des Brice de Nice intellectuels s'amuser à démonter à plusieurs un type qui n'était pas là. Tu sais, Brice de Nice et son cri de guerre: cassééé!!!
Et ça donnait du: oh là là, Onfray, contre Attali, il s'est fait casséééé!!!
et contre Bernat-Winter: casséééé!!! Et contre machin, il a peur d'y aller, il se ferait casséééé!!!
Alors était-ce vraiment un blog où on s'amusait à "casser" les idées contraires? Voyons, mais non:
je défends rapidement l'athéisme, pépère va sur mon blog, il chope que les textes de mes livres ont des droits protégés, la copie est corrigée, la note tombe, le verdict est définitif: c'est ridicule.
Casséééé!!! Comment que j'l'ai casséééé!!! Allez hop, tout ce qu'il pense, à la trappe. N'importe quoi! Ridicule!
Nous, les anarques (à la manière des monarques, c'est pour rire, hein, il n'y a pas de faute, ne me casse pas), supposé terroristes intellectuels, contre tout, insupportables, ne respectant rien, ne nous permettons jamais d'asséner cet avis. Tu sais, c'est ce mot que se balançaient les précieux dans les salons dans leurs joutes: ridicule! Brice l'a modernisé par Cassééé!
Alors, Systar, Précieux de Nice?
Allez, il y a si peu d'auteur ou de textes contemporains qui se revendiquent de l'anarchisme ou de l'athéisme, que la pensée majoritaire pourrait un peu les laisser souffler. J'imagine que ça vous offusque, mais tolérez-les donc un peu, vous en avez tellement de votre côté.
Même si Onfray déraille, de plus grands que lui ont déraillé. Kropotkine a déraillé, Bakounine aussi. Proudhon a déraillé avec sa mysoginie et son déisme, Marx a déraillé avec son antisémitisme. Mais les théoriciens de l'autre bord ont déraillé aussi, Maurras a déraillé, Barrès, , Daudet, Drumont... Et plus récemment Sartre a déraillé, Camus, et maintenant BHL, Finkielkraut et son parti (trop) pris, Glucksmann et son grand écart. L'être humain est imparfait, ça en fait son intérêt. Mais enfin qui ne déraille pas, qui semble parfait à part coincoin et Jeune Coq sur ce blog?
Passerez-vous votre temps à lorgner ces types, à les attendre au coin du bois, sauter sur leurs textes, et hurler casséééé!!!
Moi aussi je déraille, coincoin, mais cette faute de frappe méchamment glissée dans une réponse de 30 secondes valait-elle la peine d'un paragraphe entier à expliquer que le Narchisme n'existait pas? As-tu vraiment pensé qu'un anarchiste qui consacre sa vie dans cette voie, qui écrit des ouvrages (peu commerciaux, publicitairement incorrects, je te le garantis) ne sait pas ce qu'il est?
Tu lui expliques en 4 lignes, et basta. 2 ou 3 doctes leçons de grec ancien et boum. Narchisme ne veut rien dire. Cassééé!!!!
Et oui, tu as pêché que le tirait était avant le n. Bravo. Etait-ce de la mauvaise foi, de l'humour, ou fais-tu partie de ces amis bien intentionnés que je pressentais graviter en satellite dans le système nébuleux de systar?
L'un frotte son index gauche du droit en chantant: "il a dit qu'il était anarchiste, et y protège ses droits, eu, la la lère eu, il est ridicule, eu, je l'ai cassé, eu..."
et toi coincoin: "y sait même pas ce qu'il est, eu, y croit qu'on dit narchisme, eu, la la lère, eu"
Quant à ton autorité fondée, évidemment que c'est de cela que je parle, et tu sais bien que les théoriciens s'entendent à résumer la pensée par "contre l'autorité", celle qui est imposée par des pouvoirs extérieurs, hommes, systèmes ou dieux.
Penses-tu que dans une réponse de 4 lignes pissée en 30 secondes, on a le temps de préciser les pensées de Stirner, Bakounine ou Kropotkine réunis pour être sérieux? Ah mais, si on m'avait prévenu qu'un exégète émerite comme coincoin analyserait caractère par caractère ma petite réponse pour en tirer la substantifique moelle, je te l'aurais chiadée, mon Systar. Tu comprends un peu pourquoi on prend des précautions avec ses textes, quand ils sont écrits dans le temps? Imagine ce qu'on en fait quand ils sont petits et rapides...
Coincoin, n'as-tu pas vu que ce n'était pas le but de ma réponse? Que ce n'était qu'une rapide défense de l'athéisme? N'y as-tu vu que l'occasion de jouer sur les mots avec mauvaise foi?
Je ne reviendrai pas sur ce que tu me prêtes avec Sarkozy, dont, tu le sais bien, je ne parle pas, mais dont je relevais la forme d'état d'esprit, que j'ai qualifié modernement de sarkozien, mais qui existe de tout temps, état d'esprit qui met en exergue le détail pour démolir l'ensemble par le paradoxe. Tous les détails de toutes les pensées sont ainsi; ils portent tous en eux le germe de la destruction de leur propre système. Mais c'est l'ensemble qu'il faut voir pour comprendre l'importance du combat en question. Quand tu résumes mes mots par la conclusion que je suis Proudhonnien, donc contradictoire, tu dérailles à ton tour. Sys ayant rendu son verdict par un Ridicule méprisant du fait de droits protégés, je lui citais Proudhon pour son idée de la propriété. Est-ce que ça veut dire que Proudhon est mon maître, qu'il a raison sur tout? Je ne suis pas plus proudhonnien que Onfrayien, et il y a autant de vision de l'anarchie qu'il y a d'anarchistes. Proudhon adhère à un Jésus, c'est sa liberté, à un Dieu de justice plus qu'à un Souverain Maître et ne veut voir dans l'Evangile qu'un message révolutionnaire. Tu veux le réduite à un individu chrétien, c'est ton droit, mais c'est encore de la mauvaise foi.
Si tu as beaucoup d'admiration pour les athées, réponds donc à Bruno quand il dit "j’ai une très vive antipathie intellectuelle pour Onfray, principalement motivée par ses écrits d’athéologie".
Je ne t'oublie pas, Bruno, et si tu as eu la patience d'arriver jusque là -c'est trop long, je sais-. Tu me parles de mon slip. Si tu penses qu'on est arrivé à une si grande intimité, je pense qu'on peut se tutoyer. Mais là, tu te permets des trucs... Tu vois, je t'autoriserais tout, mais demande avant, si tu peux mettre ta bouche là-dedans. Non, gars, ça ne me va pas. Parle de mes idées, enclenche ton "cassage" préféré, mais ne joue pas à ce jeu-là. Cela ressemble à du cyber-courage, ou a de la cyber-lâcheté. Ne pense pas que derrière ton écran, tu as toutes les impunités verbales.
Tu t'es permis des choses que je ne t'ai pas permises, et que je ne me permettrais pas à ton sujet.
Mais gare, il y a des anars pacifistes, et y en a des pas.
Y en a qui distribue des coups de pieds au cul ou des bourre-pifs quand on cause de leur lingerie intime. Ecris ce que tu veux sur ce que je dis, mais laisse mon slip là où il est.
Je monterai prochainement en idf, si tu veux qu'on en parle, si tu veux le voir de près, si tu le peux, si l'envie t'en prend encore, je serais ravi de te faire un dessin à ce sujet.
J'aime bien tes idées, elles sont l'inverses des miennes, très bien, cela permet un échange, parfois un combat, mais ne t'aventure pas dans ces propos-là.
Allez, bises.
Ecrit par : florian | 08 mai 2007
Florian Laska, je ne sais pas quelle lecture vous conseillez pour répondre à la question qu'est-ce que l'anarchisme ? Si je peux être inutile c'est toujours avec plaisir... Il me semble que votre représentation est tronquée... Puisque la vie est "la farce à mener par tous", vous avez raison comme le dit Rimbaud de cracher Jésus et Socrate dans le même mollard.
Bruno, je dois vous avouer avoir perdu le fil des discussions précédentes, je ne me souviens plus de ce que j'avançais... depuis le temps j'ai du changer d'avis.
Ecrit par : Fougasse | 09 mai 2007
Allons, ne t'emporte donc pas pour une malencontreuse histoire de slip, ce n'est qu'une expression, pas très finaude, mais sans méchanceté ni volonté de porter atteinte à ton intimité. J'espère que tu l'avais vu. Si tu passes sur Paris, avec plaisir on se rencontre, on discute autour d'une bière (à moins que le fait de t'en proposer une soit déjà une coupable ingérence dans ta vie privée???)...
Pour le reste, tu es sans doute plus crispé que moi, je crois. moi je réponds par politesse, mais au fond, tu sais, tes copyrights tu as bien raison de les mettre, tes opinions ont évidemment leur noblesse, je suis pour la paix des âmes... (avoue toutefois que tu t'emportes un peu vite, non?)
Fougasse: ah, grand fou, vous avez encore changé d'avis? vous étiez déjà âpre dans le débat, difficile d'argumenter avec vous, mais là j'avoue que je suis dépassé par les événements...
Ecrit par : Systar | 10 mai 2007
Une bière seulement? Va pour la Mort Subite. Ce qui est beau, dans cette mort subite, c'est qu'on peut toujours s'en reprendre une tournée.
Possible que je sois crispé, même si tout me va au fond, mais si je dois l'être, je pense que ce n'est que sur la mauvaise foi. Ce n'est pas moi qui te dirais que je n'aime pas qu'on ne soit pas d'accord. Je dis un truc, tu le reçois, tu relances ou pas. Si tu gardes la balle, c'est ton affaire. Les sectaires de tout bord sont des cons.
Je m'emporte? Eh, il y a des idées de calmes, et des idées d'insurgés. Les calmes sont souvent arrivés, les autres ont un pays à trouver. La liberté -terme devenu presque niais- n'est pas une domestique, elle n'ouvre pas la porte. Elle est exigeante, et ne supporte pas d'être simplement exigée. Ce désir-là, ça ne peut être qu'un mouvement, un emportement, quand autrefois ce fut nécessairement un soulèvement. Je suppose que tu es heureux en république. Tu ne sais pas à quel point tu dois de sang à ces anarchistes à qui les vainqueurs n'ont laissé que de si petites miettes. Des hommes ravis d'être "libres", politiquement s'entend, ont toujours eu cette morgue, ce dédain apeuré, pour d'autres êtres qui l'entendait autrement, disons... philosophiquement.
L'anarchie idéale, c'est une république, sans chefs, d'hommes librement solidaires.
Fougasse, les variations de la philosophie anarchiste sont innombrables; le terme "tronqué" de mon positionnement me correspond tout à fait. Chacun a sa propre conception du monde. Pour beaucoup, la norme est l'intervention de quelque puissant intérêt. Je ne me résouds pas à ce qu'une autorité, un pouvoir extérieur, le plus souvent obscur, souterrain, impose l'idée qu'il irait de soi. Pour moi, cet ordre-là des choses, cet ordre artificiel, est le désordre, fondé sur le principe d'inégalité, de hiérarchie, d'autorité, principe de violence, qui s'est imosé dans la communauté humaine au cours du processus empirique de l'Histoire. Négation de la légitimité des violences primitives à l'établissement du Pouvoir et de l'Etat. Oublie une seconde tout ce que tu as appris, et réfléchis par toi-même. L'anarchie, c'est l'ordre. Paradoxe? Bien le contraire: évidence. Ordre naturel fondé sur le principe de la nécessaire liberté individuelle de chaque être humain, garantie par la stricte égalité des droits de chacun devant la collectivité et au sein de celle-ci.
Anarchie (An, refus de, archie, principe de commandement).
Je ne suis pas du courant du communisme anarchiste, mais de l'individualisme anarchiste. Celui-ci ne nie pas la nécessité de l'association, mais est davantage porté à la sacrifier au profit de la liberté des individus.
Quant à te conseiller une lecture qui définirait l'anarchisme, tu vois bien que le principe s'enferme difficilement. Je ne vois qu'un livre qui vaille le coup, le mien, Ailes et Serres.
Tu vois, je suis objectif. Hum.
Ecrit par : florian | 10 mai 2007
Florian Laska : L’anarchisme est joli. Certains prétendent que la loi morale est objective. La loi morale est même parfois dictée par Dieu (Tolstoï). L’anarchisme est une religion ratée. Je te conseillerai plutôt, en théorie politique les agréments de l’amertume et les joies de l’autisme volontaire.
Ecrit par : Fougasse | 10 mai 2007
Raté... C'est ainsi que tout ce qui est majoritaire nomme tout ce qui ne réussit pas. Ca ne me gène pas lorsque ce qui réussit est bas et ce qui "rate" est grand.
Les utopies ne sont nullement nocives puisqu’elles ne concernent que l’avenir.
L’utopie libertaire est un système qui prescrit ce qui n’a pas encore été découvert. Et la nostalgie naît de l’inaccompli.
Les fureurs nihilistes laissèrent Tolstoï inquiet. "Ouvrez-moi les portes de la nuit, afin que je m'en aille et que je disparaisse!".
Je n'ai pas attendu ton précieux conseil pour m'éloigner des villes et me réfugier dans l'isolement forestier de la Bourgogne... C'est un peu mon Iasnaïa-Poliana à moi.
Ecrit par : florian | 16 mai 2007
Désolé Florian pour le temps mis pour valider les commentaires et y répondre, comme à chaque printemps le moment arrive toujours où les échéances universitaires me rattrapent et m'obligent, le temps d'un peu de travail approfondi sur Husserl, Rosenzweig ou Blumenberg, à laisser de côté le blog...
Ah, c'est malin, tu vas finir par me donner envie de lire ton livre, à te battre si bien pour exposer ici-même tes idées.
Mort subite? ou bien une bonne Chimay bleue, ou une Kriek framboise...
Ecrit par : Systar | 16 mai 2007
La Kriek est un bon souvenir. Beaucoup de jeunes filles surtout... puis le trou noir.
Quant à mon livre, qui te surprendrait, n'étant pas forcément ce que tu imagines, je m'en voudrais qu'il te détourne de Husserl.
Allez, adésias et bon travail.
Ecrit par : florian | 23 mai 2007
J'insiste... oubliez son "Traité d'Athéologie" et penchez-vous sur "La Sculpture de Soi" et "L'Art de Jouir"... ça vous évitera de dire quelques décevantes conneries... et surtout de reprocher à Michel Onfray ce que, par vos critiques, vous appliquez tristement sans aucune vergogne...
@)>-->--->---
Ecrit par : Nebo | 11 août 2007
L'Art de jouir: commencé, trouvé insipide. J'y rejetterai un oeil, pour vous faire plaisir.
Pourquoi "décevantes", mes "conneries"? Vous fondiez des espoirs sur moi?
En attendant, la puissance d'exister, et l'aura hédoniste, moi toujours pas comprendre...
Ecrit par : Bruno | 11 août 2007
Je viens de tomber sur ce blog. Je connais bien la pensée d'onfray. J'ai lu la plupart de ses livres, je suis ses cours à université populaire de caen depuis le début. Et je me disais qu'en lisant une critique d'onfray j'allais comprendre ce qui soutend la pensée de ses opposants et la haine qu'il provoque parfois.
Hélàs avec celui ci je n'ai rien appris. Désolé, mais c'est juste un ramassis d'erreur, une pauvre tambouille insipide où la pseudo analyse du discours cache mal le vide. Faire compliquer sur la forme n'est pas un signe d'intelligence ! surtout quand transpire encore trop la vacuité du fond.
Un exemple sur l'anti-intellectualisme : onfray aurait dit que la philosophie devrait s'abaisser au niveau du néophyte, c'est absolument le contraire de ce qu'il répète. ça n'a alors aucun sens de l'attaquer la dessus. Quant à sa critique de l'enseignement qui, elle, existe, porte sur autre chose.
Lisez Onfray au lieu de regarder les émissions de télé et critiquez ce qu'il dit plutôt que ce que vous souhaiteriez qu'il dise. Et peut être qu'on reviendra vous lire....
Ecrit par : georges | 01 février 2008
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