23 avril 2007

Le duel Royal - Sarkozy : Ah, on est bien!

"Ah, on est bien !"

 

Ces quelques mots de Pascal Sevran, qui résument si bien et si synthétiquement les émotions musicales et télévisuelles du troisième âge, pourraient fort bien décrire la belle surprise de cette soirée électorale du 22 avril.

Ce taux de participation record, c’est très bien, très confortable. Cela veut dire que cela n’a jamais autant voté pour un candidat (Sarkozy, en l’occurrence, avec 31% de votes), cela veut dire que la population française n’a rien d’extrémiste, puisque plus elle vote, plus les franges extrêmes de l’échiquier politique se trouve écrasées. La démocratie est en bonne santé, alors qu’on n’avait jamais eu autant peur d’un intrigant candidat de droite...!

En fait je me pose une question simple, petit sourire aux lèvres : que vont faire tous les gens que, depuis un an et demi, j’ai croisés qui m’ont déclaré vouloir quitter la France si Sarkozy passait, m’ont déclaré qu’il était dangereux ? Comment vont-ils intégrer dans leurs belles théories les 11 millions d’électeurs qui ont voté Sarkozy ? Un sixième de la population qui a voté sciemment pour le candidat de toutes les peurs : la France se serait-elle laissé séduire par les sirènes populistes de l’autoritarisme et de l’ultra-libéralisme ?

Je souris. Je m’amuse. En fait j’attends de voir les arguments et les nouvelles théories que vont développer dans les jours et les mois prochains les anti-Sarko. Il va falloir qu’ils inventent une théorie, un discours, qui explique comment 11 millions de personnes se sont fourré le doigt dans l’œil et se sont aveuglément laissé piéger par un vilain démagogue. J’attends avec plaisir cette n-ième oblitération du réel par les théorisations émanant de la gauche extrême. Tiens, allez, soyons enthousiastes : j’attends presque le nouvel opuscule de Daniel Lindenberg pour pointer non plus la débâcle de la gauche (puisque après tout, la gauche non doctrinaire se porte plutôt bien, et je m’en félicite, via les 25, 5% de Ségolène Royal, qui témoignent sans doute bien plus d’un attachement à la gauche qu’à la personne de Ségolène Royal, quoi qu’en aient dit les déçus qui pointent une « personnalisation » excessive de l’élection présidentielle), mais la puissance de la vilaine droite qui conjuguera merveilleusement le populisme, la réaction et l’ultra-libéralisme. L’essai pourrait s’appeler : L’avènement de la bête – Enquête sur les néo-populistes. Dedans, on mettrait André Glucksmann, Finkielkraut, Bruckner, Bernard Tapie, Steevy et Johnny Hallyday (pour reprendre les belles homogénéités des « listes » made in Lindenberg).

Ah, décidément, on est vraiment bien. Destruction des extrêmes, magnifique duel en perspective – pas forcément sur le plan intellectuel, mais au moins médiatique, c’est-à-dire esthétique – entre notre Hongrois déchaîné et Sainte Ségolène de l’agonie livide (ah, elle faisait peine à voir, la pauvre, elle semblait malade, terrassée par la trouille et le trac du succès, en cette soirée électorale…). J’ai une pensée émue pour Schivardi, surtout, qui est de nouveau sur son chantier au moment où je vous parle, pour Arlette Laguiller, qui aura toujours été tout aussi émouvante que ses idées sont répugnantes, et pour Frédéric Nihous, sympathique au possible. On sait qu’on reverra, par contre, très prochainement, le très islamophile Villiers, la n-ième agonie sans grâce du parti communiste français, les saillies piquantes du cow-boy Besancenot, et qu’avec Marine Le Pen se prépare sans doute une version modernisée de l’idée frontiste, dont l’évolution sera intéressante. La vie politique de ces prochaines années s’annonce passionnante. Quelle que soit l’issue de ce scrutin.

Ah, on est bien : moi qui goûte d’habitude fort peu les émissions de politique politicienne (quoique ces derniers temps, l’arrivée sur les plateaux télé de personnes comme Rachida Dati,  Valérie Pécresse ou encore Naja Belkacem, ait tendance à attirer mon attention citoyenne de téléspectateur rationnel), je dois avouer avoir pris grand plaisir à voir la sortie fortement arrosée (mais à quoi ?) de Bernard Tapie sur France 2, qui rappela avec un franc-parler sidérant et hilarant que le PS, c’était « le bal des faux-culs » depuis le début, que tout le monde tirait sur Ségolène Royal, que personne de valable ne la suivait. Au fond, madame Royal doit être plainte : elle est au plus haut, elle porte avec elle un soutien populaire fort ( un électeur sur 4, ce n’est pas rien, quelle que soit la part du vote utile dans ce score), mais elle sait par avance que, peu importe l’issue du scrutin, elle ne pourra rien en faire. Son propre camp la dévorera, son premier ministre éventuel l’étouffera. Elle était étrange, cette soirée électorale socialiste : pendant que madame Royal étonnait par son mutisme et son invisibilité, puis par sa pâleur et la fragilité physique qui émanait d’elle, rue de Solférino c’était tralala paillettes et musique techno, sous la désastreuse impulsion d’un DJ Hollande qui, lui non plus, ne devait pas être à jeûn. Entre les deux scènes : un trajet en jet privé séparait les deux pacsés. La gauche moderne, quoi : monsieur s’éclate dans des ambiances parisiennes à la Jack Lang, madame préfère un peu de calme nocturne dans son Poitou et prend un jet pour gagner Paris dans la nuit. Baroque et dépensier : même à droite, on n’y aurait pas pensé.

Ah, on est de mieux en mieux : la percée de François Bayrou a bien eu lieu. Mais la petite passe d’armes qui eut lieu sur le plateau de France 2 entre Gilles de Robien, ministre de qualité du gouvernement Villepin, et le très improbable Maurice Leroy, député à la truculence fort étudiée et à la langue de bois imparable, sembla significatif de ce qu’a incarné Bayrou : à la fois une énergie, belle, indéniable (l’esprit anti-système, la rupture absolue), mais une impasse radicale. Effectivement, Bayrou avait la rhétorique et le culot nécessaires pour créer cette percée, mais il n’avait pas (encore ?) de contenu politique réel. Quand vous pouvez avoir dans votre parti, en même temps, un ministre clairement sarkophile et un ancien communiste, c’est clairement qu’il y a un problème d’identité politique, que le contenu est sacrifié au détriment d’un certain nombre d’objectifs à courte vue (menacer le système, tenter la nouveauté absolue en évitant gauche et droite), et que les éléments les plus valeureux de votre camp sont amenés, inéluctablement, à aller voir ailleurs, comme Robien l'a fait en soutenant Sarkozy.

Ah, on est pas si mal : le recul du FN demandera à être analysé avec finesse : dans l’absolu, il y a eu moins de votes pour le FN. Sont-ce des gens définitivement rassurés ? Sont-ce des gens séduits par la rhétorique de Sarkozy, qui reviendront à la première déception dans une option plus extrémiste ? La fin de Jean-Marie Le Pen signifie-t-elle un recul durable du nationalisme populiste autoritaire en France ?

Le changement de génération sera passionnant, aussi, grâce à mon facteur préféré : comment va-t-il continuer à militer ? Sans doute devra-t-il, dans les années à venir, cesser de prendre la posture du petit roquet arrogant s’il veut continuer à séduire, tout en gardant la fraîcheur dénonciatrice qui le rend visible et percutant à gauche.

Ah, enfin, on est vraiment bien : Sarkozy à 30 ou 31%, c’est satisfaisant. Non pas tant que je sois d’accord avec toutes les propositions de l’homme, mais tout d’abord parce qu’un Président s’occupe de politique étrangère, et que celle de Sarkozy me semble plus pertinente que celle de madame Royal. Ensuite parce que certains mots comme travail, ordre, autorité, etc. (quoique à manier avec des pincettes) n’ont vraiment rien d’infâmant, bien au contraire. Tout le monde sait que les valeurs sont des idées qu’il nous revient toujours d’incarner, c’est-à-dire de singulariser. Vouloir un peu d’ordre et de sécurité, ce n’est pas vouloir uniformiser tous les comportements, c’est bâtir un socle minimal de respect de l’intégrité physique des personnes, ce qui semble le strict minimum et le but de toute politique un tant soit peu responsable. Quant au travail, je dois avouer n’avoir jamais compris pourquoi mes amis de gauche, fréquentés ces dernières années, refusent de mettre clairement cette valeur en avant dans leurs propres convictions, lors même qu’ils étaient souvent de gros bosseurs et les premiers à savoir en faire plus que les autres pour atteindre le niveau d’excellence intellectuelle qu’ils visaient (et in fine, parfois, un salaire dans quelque noble institution). Leur comportement était l’incarnation de la valeur qu’ils prétendaient pourtant ne pas vouloir mettre en avant comme idéal de vie...

Mais là, Sarkozy a été encore plus loin. Il a réinjecté ce soir dans son discours le vocabulaire familial : se présentant clairement comme un père, il en a appelé à la fraternité entre Français. C’est très fort, à défaut d’être forcément très juste. Personnellement, j’ai tendance à penser que la « fraternité » politique n’est jamais qu’une métaphore spécieuse d’un type de rapport très fort, très intéressant, mais qui n’a rien à voir avec la fraternité des liens du sang. J’aurais peut-être préféré voir mise en avant la notion d’ « amitié », au sens fort qu’elle avait dans la Cité grecque. Car c’est sans doute ce schéma d’appréciation mutuelle respectueuse et conviviale que Sarkozy désigne sous le titre de « fraternité ». Je suppose qu’il lui sera reproché de chasser sur les terres rhétoriques du patriarcat frontiste, de la conception organique de la nation héritée de la droite xénophobe française, etc. Peu importe. J’attends surtout de voir comment Ségolène Royal se défendra face à Sarkozy, j’attends de voir si Dominique Strauss-Kahn va enfin se décider à peser de tout son poids d’intelligence (colossale) dans cette campagne…

Ah, décidément, beau jour de France que ce 22 avril, quoi qu’il se passe le 6 mai. Ah, qu’on était bien !

Commentaires

Vouloir l'ordre et la sécurité, c'est bien. Les assurer, c'est mieux. Sarkozy au ministère de l'intérieur, c'est 10% de violences sur les personnes EN PLUS en un an. Qui s'ajoutent aux 10% de plus de l'année préccédente. Et ainsi de suite.
Idem pour l'économie : même Juppé a qualifié le bilan de Sarko ministre des finances de "calamiteux".
C'est vrai que ça donne envie, hein ?...

Ecrit par : Transhumain | 23 avril 2007

Allez, je te sens dépité, Tranzu. Surtout que tu sais que c'est une histoire qui n'en finira pas: pour les assurer, comment fais-tu autrement qu'en augmentant la présence policière, dont tu ne veux pas? J'ai toujours pas compris comment ta gauche à toi résout ce vice logique pourtant patent. En fait, ça me dépasse. Moi je suis binaire: contre la violence, c'est prévention ou répression. Dans les deux cas, t'as besoin de flics. Quoi qu'en pensent certains (j'ai même lu que Bové, je crois, était pour la suppression de la BAC, comble de la connerie libertaire s'il en est)...
Et si ça donne envie: ouais, malgré tout... Tu auras beau enfiler les arguments anti-Sarko comme des perles, tu sais très bien que ce qui est intéressant à présent, c'est l'équipe gouvernementale de Sarkozy (ou de Royal, d'ailleurs, quoique à ce sujet Bernard Tapie a fort bien souligné le problème: derrière elle, c'est le DESERT, si on excepte DSK, et encore ce n'est pas sûr qu'il accepte d'être son premier ministre tant, à l'évidence, il ne la supporte pas).
Et puis c'est pas à moi qu'il faut dire tout ça, Tranzu: c'est aux 11 millions d'électeurs qui n'ont pas compris...
Et quand est-ce que tu défendras authentiquement Ségolène, au lieu d'attaquer mon poulain, hein???

(ah ah, décidément j'aime être de mauvaise foi avec toi!!!)

Ecrit par : Systar | 23 avril 2007

Moi je suis mal...
Le petit excité flanqué de sa midinette de la presse people pour nous représenter à l'étranger ?
Je vois mal....
Je ne partirai pas à l'étranger sinon de plus en plus en voyage pour aller donner mes devises ailleurs
et je reviendrai en France le temps d'observer le réveil des banlieues....

Ecrit par : Rosa | 23 avril 2007

Mais non, Rosa, ne soyez pas si pessimiste. Il fait un temps magnifique, et la gauche peut encore gagner! ;-)
Franchement, la femme de Sarkozy fait ce qu'elle veut, on s'en moque. La vraie question, encore une fois me semble-t-il, c'est celle des équipes de gouvernement... Qui pour accomplir ce qui aura été promis par le candidat vainqueur? Sarkozy: ses adversaires ont peur qu'il fasse quelque chose. Royal: ses partisans ont peur qu'elle fasse... rien.

Ecrit par : Systar | 23 avril 2007

Bruno, je n'ai JAMAIS dit qu'il fallait moins de flics (Sarko en revanche veut moins de fonctionnaires. Je veux bien, mais il les enlève où ? Et les services au public, il les assure comment ?)... Tu vois comment la droite déforme les idées de gauche ? Je suis pour une prise en compte des problèmes réels, pas pour la prison à tout crin, pour une parole d'état constament menaçante. Il ne faut pourtant pas être révolutionnaire pour être d'accord avec ça, si ? Des études ont prouvé que la prison ne résolvait pas tous les problèmes. Par exemple, pour un simple vol, une amende et des travaux d'intérêt général, sont infiniment plus efficaces, en termes de réinsertion, de responsabilisation, que trois mois au placard... Supprimer la police de proximité ? Un erreur stupide. Ca va de soi, mais il faut le rappeler. Les flics eux-mêmes sont désorientés (au point qu'ils sont aujourd'hui syndiqués à gauche !) par le tout-répressif de leur ex-ministre de l'intérieur. Je ne l'invente pas, je connais plusieurs policiers, CRS et inspecteurs, dont certains de droite : tous reconnaissent leur malaise. Ils se sont engagés par vocation, pour rendre service à la population - y compris bien sûr en réprimant les délits -, ils se retrouvent à jouer seulement de la matraque, ou à faire peur. Je caricature, mais c'est une réalité. CRS-SS, très peu pour moi tu sais. Qui a un regard binaire ici ?... Pas moi ! Tu vois, je préfère mille fois une candidate qui dit vouloir assurer l'ordre public, mais aussi tendre la main aux faibles. Sarkozy ? Il aime tout le monde, il est là pour nous protéger, c'est le christ ressuscité, à l'écouter. Quel menteur. Moi aussi je peux prendre un micro et déclarer que je vais aider tout le monde. Mais concrètement, son programme se résume à des propositions très, très libérales, forcément défavorable aux moins riches. Je suis convaincu qu'il baissera le taux de chômage, comme il l'affirme. Pas de doute. Comme en Angleterre. Sauf que là-bas, tu le sais, travailler ne t'empêche pas d'être pauvre. Je veux dire, travailler normalement, pas travailler 50 heures, hein. En France ça commence déjà. Et ça va empirer. Sarkozy, et la droite libérale en général, ne semblent pas concevoir que le citoyen n'est pas sur Terre et en France uniquement pour faire marcher l'économie. La gauche le comprend. Là réside leur différence essentielle. Je lis les professions de foi, je les écoute, et je vois une grande différence de ton et d'approche. Sur la santé. Sur les prestations sociales. Sur l'éducation. Sur les retraites. Sur la culture.

Je remarque d'ailleurs que le bilan de Sarkozy ministre, un bilan négatif s'il en est, ne t'arrache aucune réponse... Serais-tu piégé ? AH AH AH ! Sarkozy l'emportera sans doute, mais quoi que tu en dises, voter pour lui, c'est voter pour le pouvoir en place, en plus libéral. Génial. Mais les Français s'en rendront compte. Attendons...

Et, de grâce, ne me parle pas du soi-disant désert qu'il y aurait derrière Royal... Qui sont les saints hommes de Sarkozy qui, lui, c'est bien connu, a derrière lui une armée de colmlaborateurs compétents, intelligents, modérés, bref, des véritables croisés ? Fillon ?!? Non merci ! Je suis peut-être anti-sarko, mais au moins j'apporte des arguments concrets, moi, môssieur ! Je te parle d'un bilan ! De lois effectivement votées ou proposées ! De déclarations authentiques ! Quand je vois les clowns que nous avons eu depuis que Chirac est président ! Le meilleur gouvernement depuis 1995, et de très loin (même mon frangin, qui a sa carte à l'UMP et qui est un sarkozyste enragé, le reconnaît !), c'était celui de Jospin. Mais bien sûr, nos champions umpistes nous soutiennent que la réussite économique de Jospin et de son équipe était purement conjoncturelle. C'est ça ! Et moi je suis la réincarnation du général de Gaulle !
Enfin, l'argument des 11 millions est grotesque ! Ce n'est plus de la mauvaise foi ! C'est de la provocation ! Ai-je traité les électeurs de Sarko d'abrutis ? Non. Et n'oublie pas, TOI, les millions d'électeurs de Ségolène. De Bayrou. Et même de Besancenot. Et des autres. Bref, 70% de la population. Ils comptent pour du beurre, ces 30 millions qui n'ont pas voté Sarko ? Allons, allons. Un peu de décence !
Ségo ? Je n'ai pas spécialement envie de la défendre. Mais je vais le faire avant le deuxième tour.
AAAAARRRRRGGGGGHHHH !

Ecrit par : Transhumain | 24 avril 2007

A l'évidence, si on compare les équipes potentielles entre les deux candidats, la comparaison devient difficile pour Mme Royal.
Aussi sur la précision et les engagements concernant les 35h et la nécessaire réforme des retraites.
Ce flou est déroutant pour un électeur comme moi, même si je comprends que si elle s'engage sur une véritable réforme des retraites et notamment sur les régimes spéciaux, elle se privera d'une partie de son électorat.
On peut même rajouter la revalorisation du travail qu'elle a laissé à Mr Sarkozy, car manifestement, dans une bouche de gauche médiatique, annoncer qu'on va allonger la durée du travail ou réclamer un effort personnel à chacun pour le pays, la nation ou la patrie, est difficilement audible.
Donc il y a une différence de qualité programmatique entre les deux candidats, qui , si elle n'est pas vite adressée, coutera la présidentielle à Mme Royal....

Ecrit par : thierryl | 25 avril 2007

Si Rosa est une lyonnaise d'origine savoyarde, c'est ma sœur ! Pardonnez ce petit clin d'œil, Systar .
Lorsque les allemands ont , démocratiquement, porté Hitler au pouvoir, ils étaient, je crois, plus de 11 millions ... Fallait-il s'en accommoder ? Je n'assimile en rien Sarko à Hitler, mais l'argument du nombre dont il faut s'accommoder me paraît un peu léger !

Ecrit par : Hauteclaire | 25 avril 2007

Moi c'est décidé, aux législatives je vote pour le PD ... "ah, on est bien !"...

Ecrit par : Coincoin | 29 avril 2007

Ségolène, on s'en fout, Bruno. Il y aurait un gouvernement social-démocrate, pas la panacée mais ce serait le moindre mal.

Sarkozy en revanche :

http://findepartie.hautetfort.com/archive/2007/04/29/nicolas-sarkozy-le-fist-fucking-de-masse-considere-comme-l’u.html

Bon, ne le prends pas pour toi, hein !

Ecrit par : Transhumain | 29 avril 2007

Bruno,

J'ai lu avec attention tes commentaires politiques qui manquent singulièrement de la profondeur et de l'intelligence que tu peux mettre dans tes critiques littéraires. Ton immaturité en philosophie politique te fait circuler à la surface des médias, piégé que tu restes dans la mercatique des valeurs que déroule Sarkozy. Ironiser sur les personnes et les postures, commenter, à la façon, de la presse people, les apparences construites et véhiculés par les rituels de véracité, n'est pas produire une pensée politique, c'est en rendre impossible l'émergence. Je te signale, pour ta gouverne, que j'ai lancé, avec une trentaine d'écrivains des mauvais genres, un appel d'air contre la narcose Sarkozy dont tu tirerais bénéfice à respirer quelques bouffées.
Tu peux être séduit par un discours qui met en avant la valeur travail tout en abolissant les droits d'héritage, favorisant par là même la négation de tout travail; tu peux adhérer à une rhétorique de l'ordre que les statistiques de violence contre les personnes démentent formellement; tu peux participer à la confusion entre production médiatique d'une communication ultracalibrée (pour tes propres désirs et peurs de citoyen) et réalité d'une pratique politique de Sarkozy qui contredira segment par segment tout ce qu'il prétend défendre. Mais tu as, surtout, si tu prétends délivrer une parole public réfléchie, le droit de t'informer avec rigueur et profondeur sur le bilan de Sarkozy, sur ses méthodes, sur son éthique et sur les conséquences sociales et économiques d'un programme clair dont un minimum de connaissance historique pourrait te faire deviner la résultante : thatchérisation de la France, fragmentation communautaire du corps social, paupérisation accrue, dévitalisation de la culture, dérives ploutocratiques…
Je peux comprendre qu'à ton age, tu ne puisses pas avoir le recul, l'expérience concrète ou les lectures suffisantes pour émettre quelque chose de pertinent sur ces champs. Ta culture littéraire est déjà énorme et admirable et on ne peut pas te demander d'être partout. Sache donc être modeste et évite, à mon sens, d'ajouter aux débats de type café du commerce bac + 5 !
Je ne veux pas être méchant ni condescendant, même si ma colère tempérée par l'amitié et le respect que je te porte risquent de produire cet effet, mais vraiment, tu rates l'essentiel des enjeux d'une probable victoire de Sarkozy. Le pire est que tu en paieras, à titre personnel, très vite et très directement les conséquences dans ta trajectoire de recherche, surtout si tu suis un cursus universitaire. Pratiquer une stratégie, très à la mode apparemment, de distinction vis-à-vis de la bienpensance de gauche ne suffit pas à inventer un discours politique neuf, Bruno. Que tu cherches à sortir de l'autoroute de la pensée morale bobo est louable, mais par pitié, que cela ne te jette pas dans le poujadisme modernisé de Sarkozy ! Tu mérites d'autres modèles !

Ecrit par : Alain Damasio | 01 mai 2007

Alain, de grâce, ne me sors pas le coup de la maturité qui manquerait, figure-toi qu'on me l'a déjà servi A DROITE... quand j'ai exprimé certains désaccords... Quand on discute avec quelqu'un, il faut le prendre en bloc: les 21 ans ou tes 38 (à peu près?) n'y sont pour rien, je crois. Maintiens-moi ton estime ou méfie-toi de moi, mais de grâce: pour les actes, par pour l'âge...
Bon, je pensais avoir fait un article suffisamment con pour que tu détectes que précisément ce texte n'était vraiment pas réfléchi, et que je m'y amusais. Tu noteras au passage que ce texte n'appelle nullement à voter pour quiconque, et que mes anciennes sympathies khâgneuses pour la social-démocratie (à la sauce DSK), que tu ne portes guère dans ton coeur je crois, y pointent bien plus que ma sarkophilie présumée. Que ce texte soit léger, trop léger par rapport à son sujet, c'est patent, mais c'est aussi voulu. Je ne milite pas, je m'amuse de voir tant de baudruches médiatiques gonflées à en péter, d'ailleurs. Au fond, la jubilation devant le show Tapie du soir des élections témoigne de ce petit plaisir que j'ai ressenti à voir d'ailleurs ce vernis médiatiques craquer sous l'effet d'un dérapage...
Sur le fait qu'une politique de droite pourrait jouer contre moi: on en parlera de vive voix, j'ai un ou deux arguments à ce sujet, mais ils appellent la vivacité d'une discussion face à face...!

Je te remercie néanmoins de me maintenir ton amitié, crois-moi, elle m'est chère. Divergences politiques ou pas...

Ecrit par : Bruno | 02 mai 2007

Bah moi je manque aussi sûrement pas mal de maturité, mais il m'a éclatée ce petit texte!

Merci Bruno!

Ecrit par : Elise | 03 mai 2007

Eh bien tant mieux, ma chère Elise! C'était son but: se marrer un peu... (Alain, concède-moi qu'on a bien le droit de se marrer un peu, même (surtout?) quand ce sont des sujets importants...)

Ecrit par : Bruno | 04 mai 2007

Certes Bruno, gardons nous de l'esprit de lourdeur et de sérieux!

Soyons légers, légers!

Ecrit par : Elise | 04 mai 2007

Oui, légers, mais pas avec l'orthographe de mon nom de famille, miss!!! (cf tes liens... ;-))

Ecrit par : Bruno | 04 mai 2007

Ah ça, l'orthographe du nom de famille de Bruno, c'est aussi sacré que le Graal ou les premières fraises de l'année...

Ecrit par : Nathalie | 05 mai 2007

farpaitement, mamzelle saj-prend-chair, l'orthographe de mon nom est sacrée, parce qu'il est comme moi: commun en apparence, mais avec des petites nuances qu'il ne faut pas louper (le "l", l'absence de "h").

Ecrit par : Bruno | 05 mai 2007

M. B, vous venez de prendre un gros risque en massacrant ainsi mon nom... Les représailles seront terribles... La foudre s'abattra sur vous au premier tournant... Les cavaliers de l'Apocalypse vous poursuivront... enfin, que du pire en somme.

Ecrit par : Nathalie | 05 mai 2007

Mais je ne crains rien, ma chère Nathou, car l'Eternel est avec moi. eh ouais, mamzelle çaj premp-chère, parce qu'on est comme ça, sur Systar. On se fait enguirlander amicalement par les meilleurs auteurs actuels francophones de la SF, mais on a l'Eternel avec soi...

Ecrit par : Bruno | 05 mai 2007

Tu t'es pris pour Solal Bruno ?

Ecrit par : coincoin | 06 mai 2007

Puis-je faire remarquer à M. damasio que quand bien même voter Sarkozy ne serait pas "profitable" personnellement à Bruno, ce serait alors une preuve de très grande maturité politique de la part de Bruno que de savoir percevoir l'intérêt national avant son propre intérêt...

Je remarque également que le raisonnement selon lequel il faut voter pour ce qui relève de son propre intérêt est très très très libéral. C'est même la "barbarie libérale poussée à son paroxysme" disait Gauchet il y a peu. Ou pour le dire autrement, c'est l'immaturité la plus totale, l'enfance la plus manifeste, l'enfance incapable de sortir de sa propre sphère personnelle et égoïste.

Ecrit par : coincoin | 06 mai 2007

Parce qu'il fait quoi, Solal, Thibaut?

Ecrit par : Bruno | 06 mai 2007

et bien l'Eternel est avec lui

Ecrit par : coincoin | 06 mai 2007

En ce cas: sans doute Systar a-t-il en lui du Solal.
Arrêtons la fausse modestie, hein...

Ecrit par : Bruno | 06 mai 2007

La politique ne m'atteindra qu'à travers la curiosité mêlée à l'exercice de la fortune… Les décisions politiques suscitent de la curiosité. Autant que les embies que je découvre sur la terrasse. Lorsque une volonté politique décide de placer un dos d'âne sur la route que j'emprunte régulièrement, cette décision affecte mes reins... autant que les embies que j'observe... Je suis obligé de me baisser... En face de mon apathie politique, une amie diagnostiqua que mon état d’équilibre me satisfaisait. Un endormi. La société me plait et je participe à l’édification de ses mythes salutaires, dit-elle. Mais elle s’étonnait de se confort puisqu’elle sait que je lis les journaux. Elle devine que je sais vaguement qu’il existe des sans papiers, des tentes dans Paris, des fatigués… j’entends parler d’émeutes à la bastille… Elle pense que je suis debout sur mon ventre pendant que ça souffre en bas… Difficile de crever mon contentement et mes longues vacances… J’essaie de lui expliquer que mon indifférence ne provient pas de mon sommeil… Juste qu’il n’y a rien à attendre. Il n’y a rien à attendre d’une société qui se fonde sur l’amnésie et la fascination ; jouissant d’elle-même comme d’une machine célibataire, diffusant des spectacles qui occupent… Je me suis abstenu de voter (De façon générale, je m’abstiens...) En cadeau, une citation : « Puisque le grand nombre obéit, et obéit jusqu'à se laisser imposer la souffrance et la mort, alors que le petit nombre commande, c'est qu'il n'est pas vrai que le nombre soit une force. Le nombre, quoique l'imagination nous porte à croire, est une faiblesse. La faiblesse est du côté où on a faim, où on s'épuise, où on supplie, où on tremble. Du côté où on vit bien, où on accorde des grâces, on menace. (...) Il ne faut pas en conclure que l'organisation des masses renverserait le rapport ; car elle est impossible. On ne peut établir de cohésion qu'entre une petite quantité d'hommes. Au-delà, il n'y a que juxtaposition d'individus, c'est-à-dire faiblesse. » Simone Weil, Méditation sur l'obéissance et la liberté

Ecrit par : Fougasse | 10 mai 2007

Jolie citation, Fougasse, quoique un peu désespérée à mon goût...
Si tu veux lire un livre assez tonique sur tous ces sujets, il me vient spontanément à l'esprit "La Zone du Dehors" d'Alain Damasio (qui est passé plus haut dans cette conversation me dire qu'il n'était pas content que je sois si coulant avec Sarko), édité chez La Volte. C'est monstrueusement bien écrit, puissant, très visuel et très sensuel, et sur les problèmes entre la masse gérée, la menace, et la possibilité d'inventer de nouvelles libertés, qu'on soit d'accord ou non avec ce livre, il fait réfléchir, avec l'avantage d'être d'une lecture bien moins aride qu'un essai de philo politique.

Ecrit par : Bruno | 16 mai 2007

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