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25 décembre 2007
"Justifier l'homme"

Il m'est toujours aussi difficile de situer clairement le Systar sur l'échiquier politique. Jugez plutôt:
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j'ai voté le 22 avril et le 6 mai (ce qui, pour certains, est déjà suspect, mais tant pis: j'ai horreur de la mentalité « je lave plus blanc que blanc » qui mène à l'abstention les « purs », ceux qui n'ont toujours pas compris que la politique, comme l'ensemble des phénomènes humains, « c'est comme l'andouillette, c'est bien que ça sente un peu la merde, mais pas trop quand même1 »).
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je n'ai pas voté à gauche lors de ces deux élections.
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Pourtant j'ai cessé, deux mois auparavant, de collaborer à un site qui se voulait « de droite ». Précisément parce que je préférais garder la liberté de choisir la façon dont je voulais me dire « de droite » (entre autres raisons obscures et méta-magmatiques de cette séparation).
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Je collabore en ce moment à un excellent site de science-fiction, qui s'est récemment fendu d'une édition papier soignée de trente textes franchement niais « engagés », anti-Sarko, l'ensemble du projet étant nourri non pas par la « peur » (encore heureux), mais par une « inquiétude viscérale », expression qui m'a laissé pour le moins perplexe.
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Pourtant je dois bien dire que je suis très fier de signer, quand j'en ai le temps, des chroniques pour ce site jovial, profus, et dirigé de main de maître par messieurs Jérôme Vincent (pour l'ensemble du site) et Eric Holstein (pour la rubrique où j'interviens: littérature de science-fiction).
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A la notable exception de l'incontournable Gai Luron, mes amis sont à peu près tous à gauche: Transhumain (sur le mode truculent et ronchon du réac de gauche), Shalmaneser, Fanfan des Post-Scripta, Fabrice C....
Comme vous le voyez, la situation n'est pas simple.
Mais la façon de résoudre le problème peut l'être. C'est l'idée même de « situation » en politique qui est suffisamment tordue, et intellectuellement grossière, pour que l'on s'autorise à refuser d'être défini par le contenu de l'enveloppe que l'on glisse dans les urnes les dimanches d'élection. Sans aller jusqu'à affirmer, comme le fait avec une elégance d'esthète mon collègue agrégatif de l'Esthénie, une « esthétique de l'inengagement », ni faire non plus miennes les perspectives radicales de Dupastre, inoubliable personnage de Raymond Abellio qui prônait, par rapport au cours chaotique du monde, un « détachement » toujours plus grand, c'est la notion, distincte de celle de « situation » politique il est vrai, d' « engagement », et notamment d'engagement à gauche, que je voudrais interroger.
Je suis depuis un certain temps frappé par ce fait, à mon sens irrécusable, que la gauche est victime du fait qu'elle dissocie les deux sens du juste: jamais elle n'a autant réclamé de « justice », jamais elle n'a autant manqué de « justesse » de ton pour la réclamer. On braille, on s'indigne, on signe de la pétition (forme par excellence de l'action gratuite, qui ne coûte absolument rien d'autre que le temps d'un griffonnement de signature, forme parfaitement désingularisée, donc anonyme, de l'action politique), on verse dans la caricature, on donne dans le procès d'intention – voyez encore toute la rhétorique du « risque », du « possible dérapage », et de « l'inquiétude » face à des « dérives » qui triomphe aujourd'hui dans l'anti-sarkozysme de salon, et qu'on a également fort bien vu lors des (im-)mobilisations contre la Loi de Réforme des Universités menée par Valérie Pécresse. A celui qui n'attribue pas par principe à la gauche le monopole du coeur, de la générosité (ah, le nombre de fois que je me suis vu reprocher de ne pas être « généreux » parce que je n'étais pas de gauche!) et de la justice, cette parfaite fausseté de ton, ce choeur discordant des indignations, des révoltes, des peurs d'asphyxie nécessitant de toute urgence des « appels d'air », sont choses patentes.
Ces dernières semaines, quelques lectures m'ont éclairé sur ces questions. La première est un extrait du livre splendide de Catherine Chalier, Les Matriarches (Le Cerf, 1985), qui relit la Bible et la tradition midrachique pour élucider le statut des femmes dans la Bible, et la nécessité d'une présence féminine pour qu'advienne la Révélation.
La seconde est un long passage de Visages Immobiles, de Raymond Abellio (Gallimard, 1983), où Dupastre médite sur la justification de l'homme. A ces deux lectures, un point commun: l'idée que la confusion désastreuse entre le régime de l'éthique et le domaine de la politique ne peut mener qu'à une sorte de tyrannie de l'Autre compris comme exigence hyperbolique de la morale au détriment de toute survie individuelle et de toute existence singularisée, au détriment, donc, de ce que Lévinas appelait un Visage.

La grande infortune de la pensée d'Emmanuel Lévinas1est d'avoir été vidée, par une certaine pensée pseudo-universaliste, de l'affirmation essentielle de la singularité de tout visage d'autrui qui s'offre à moi, pour être défigurée en une espèce de politique béate et niaise de l'accueil inconditionnel de tout Autre, forcément divinisé, qui n'est que l'expression complexifiée du réflexe infantile de type: « c'est toujours mieux chez les autres ». Or, Catherine Chalier le montre très bien, l'éthique (le rapport à l'Autre) ne peut s'affirmer hyperboliquement au détriment de la justice (l'intégration du rapport à l'Autre dans une économie plus globale des relations inter-humaines qui intègre la présence du tiers).
Quand Sarah accepte les demandes d'Abraham, elle se met en danger vis-à-vis de Pharaon. Si cette femme magnifique n'avait fait qu'accepter les demandes égoïstes d'Abraham qui lui demande, pour sauver sa propre vie, de se faire passer pour sa soeur devant Pharaon, elle se serait intégralement sacrifiée par amour de l'Autre qu'était pour elle Abraham: elle aurait été, dans l'histoire du peuple de Dieu, le premier exemple d'hyper-éthique qui finit par nier toute possibilité d'éthique. Se sacrifier pour autrui jusqu'à la mort, jusqu'à l'oubli de soi-même, n'est pas le dernier mot, ou le mot le plus noble, de l'éthique2.
Voici comment Catherine Chalier, dans une méditation lévinassienne inspirée, expose cela:
« Si donc le face à face, irréductible à la fusion comme à la neutralité, révèle au moi sa responsabilité, en pose l'essence comme bonté et service, il faut y voir le sens de la conscience que Sarah acquiert d'elle-même en n'abandonnant pas Abraham à son sort. Néanmoins, selon les Midrachim, la percée vers une telle pensée ne pourrait impliquer la négligence de l'éthique envers soi.
D'une part, si le tiers aussi attend justice, nul ne doit, inspiré par le souci de soulager la souffrance d'autrui, confronté à la démesure de cette obligation, passer outre à la socialité. Subordonner le tiers à la seule urgence de satisfaire le désir d'un être, d'atténuer sa peur en acceptant même sa violence. En consentant à l'indifférence pour le mal fait par l'autre. D'autre part, n'est-ce pas trahir l'éthique que de se résigner, fût-ce par sacrifice, au statut de pure victime? De renoncer à sa dignité de « fin » sous prétexte de service et d'abnégation?
Certes, la marge reste à chaque instant étroite, sans modèle, entre la résistance à une demande d'autrui – le dérangement et l'absence de repos qu'elle provoque – par volonté de préserver la justice due au tiers et le respect de soi, et le refus de se préoccuper du prochain par désir de n'affirmer que l'orgueil et la puissance de son « moi ». La marge entre un non justifié et celui venu du durcissement et de la substantialité de son « moi ». L'utopie éthique trouve pourtant là, dans cette terre balisée par la seule générosité de l'être-pour-autrui, son sens et sa finalité.
Sarah ne délaisse pas Abraham: elle se reconnaît elle-même dans son unicité de personne, dans son être irremplaçable, à l'instant où, répondant à l'appel de cet homme tremblant devant la persécution à venir, elle substitue en elle la soeur à la femme. L'événement d'un tel échange équivalent à la prise sur soi du destin promis à l'autre. Mais si l'interprétation midrachique n'approuve pas la sollicitation d'Abraham, si elle n'aspire pas à épouser pleinement l'idée de cette substitution – Sarah usant de ruses et de violence envers Pharaon, révélant son mariage -, n'est-ce pas pour sauvegarder l'éthique? Prévenir la confusion entre elle et le simple désir de satisfaire autrui?[...]
La moralité – la disponibilité à autrui – ne peut se retourner en tyrannie de l'autre sur soi sous peine de se détruire3.C'est dire qu'il ne suffit pas d'opposer à l'orgueil d'un moi affirmant son être aux dépens d'autrui l'humilité de qui se sacrifie, à la domination des uns la reddition des autres. Penser l'éthique ne se joue pas dans la simplicité d'une opération de renversement, mais dans l'approche, jamais définie une fois pour toutes, de ce seuil où la subjectivité qui se sait pour l'autre ne néglige pas pour autant la justice due au tiers – Sarah et la postérité d'Abraham – et la présence en soi d'une dimension de « fin » - ce que la Bible nomme, sans doute, image de Dieu – ce respect d'elle-même que Sarah, selon les midrachim, veut préserver. » (p. 33-35).
Ce que montre cette série d'admirables passages, c'est bien l'impossibilité d'une pure éthique de la conviction, oublieuse de la situation justicielle du « tiers » dans laquelle toute politique est impliquée, et donc la nécessité d'adopter, désormais, l'éthique de la responsabilité.

C'est aussi ce que dit, à sa façon, Raymond Abellio, dans un passage parfait, et qu'il convient de ne pas déflorer par un commentaire redondant, que, donc, je vous livre à l'état brut, en guise de cadeau de Noël:
« Nous avons déjà noté que le terrorisme contemporain est un comportement froid: il n'est plus l'effet d'une colère ou d'une longue exaspération souterraine mais de la prise de conscience soudaine, dans les années 60, de l'échec du mouvement ouvrier. Avant tout donc, un produit de l'intelligence, d'une intelligence pervertie, mais de l'intelligence quand même, disons: du cérébral. De 1940 à 1945, en Europe, les générations qui avaient vu se précipiter l'échec de la Révolution d'Octobre (dont les procès de Moscou, en 1936, furent la messe noire) se perdirent, pour en fuir le désolant spectacle, dans les nouvelles illusions d'une Résistance dite antifasciste qui ne fit qu'en reporter de vingt ans le constat. Peinture à neuf de la démocratie des démagogues, extension des chauvinismes, chute accélérée dans l'imbécillité parlementaire, bas affairisme des pouvoirs, il n'y avait déjà plus sur nos cartes océanique d'île perdue où la noblesse, étrangère à l'égarement des hommes et vivant secrètement de soi, pût conduire à loisir sa méditation. Comment penser dans ce monde? Et comment y agir? Le propre de ces époques de rupture est que la grande majorité des intellectuels s'imaginent que seul l'engagement politique justifie l'homme. Un écrivain comme Jean-Paul Sartre, dont l'oeuvre est de portée philosophique négligeable, prend au contraire toute son importance de repère historique si l'on voit en lui le prêtre de cette conversion décisive de l'intellect. Pris dans la contradiction d'une ontologie vouée à la célébration complaisante de l'échec et d'une éthique de surestimation intempérante de l'activisme, ce graphomane fonctionnant à la corydrane à raison de vingt pages par jour est le meilleur introducteur qui soit à ce vide glacé que veut faire autour d'elle l'impossible pureté de la terreur. 1»(Visages immobiles, p. 354-355).
Si ce que je cherche est bien la justificationdu monde et de moi-même, l'une par l'autre, sans doute dois-je ne pas perdre de vue que toute justification se situe toujours sur une ligne de crête qui entend éviter deux écueils: celui de l' « hyper-engagement » popularisé par la figure de Sartre, et celui de l'illusion d'une désimplication, ou d'une dé-responsabilisation, qui n'est au fond qu'irreponsabilité, c'est-à-dire d'une sortie du monde promettant on ne sait quelle « plénitude » d'esthète, mais n'offrant en réalité, comme le premier écueil, d'une forme de déshumanisation.
L'hyper-engagement est oubli de la singularité, de la matérialité vivante d'un visage unique, puisqu'il n'est relation qu'à des masses, ou à des idées, ou aux slogans qui véhiculent celles-ci. Relation à un ir-reliable, en somme, irreligiosité si l'on veut, rapport à de purs devenirs anonymes.
Le sacrifice total pour un autre, et un seul autre, est oubli de l'essentielle justice, de la trinitarité (moi, toi, ET lui/elle) constitutive de toute situation humaine réelle, et de toute vie politique.
A gauche, à droite, Systar? Quelque part où les écueils pointés dans le fil de cet article seraient miraculeusement évités...
1Je souligne.
1Dans le dossier du Magazine Littéraire qui était consacré à Lévinas, Jacques Derrida lui-même (qui n'a pas pourtant pas toujours semblé échapper à cette pensée universaliste vide du « tout ce qui est Autre est bien, et en tout cas mieux que moi ou que nous »...) pointait le danger que la pensée de l'auteur de Totalité et Infini passe au rang de « référence facile »...
2Bien sûr, le message chrétien délivre un tout autre son de cloche: pas de plus grand amour que dans le don de sa vie pour les autres. Cependant, il s'agit là non plus d'éthique, mais d'amour, d'imitation de la divinité sacrificielle du Christ. Or le Christ n'est pas un paradigme politique. Le Christ a clairement affirmé que son Royaume n'était pas de ce monde, séparant, en un geste qui a souvent été occulté par une certaine gauche, marxiste ou non, l'ordre de la politique et l'ordre de la spiritualité. Le si fameux « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » aurait pourtant dû indiquer clairement que l'Evangile ne dicte aucune option politique particulière, et que ce texte ne peut en aucun cas justifier un engagement politique, à droite comme à gauche. Disant cela, je suis en parfaite conformité avec les positions de l'Eglise catholique romaine, et par exemple d'un Jean-Marie Lustiger, qui rappelait explicitement dans Le choix de Dieu que l'Eglise ne prescrit pas de classification sur l'échiquier politique, et qu'il y a des chrétiens dans tous les partis politiques.
Ajoutons encore, pour achever de poser notre distinction entre éthique et amour, que la première est exigible, jamais le second, qui relève de l'ordre de la Grâce, donc de l'événement pur, et non du processus planifiable ou exigible.
3Je souligne.
1Citation du grand penseur de gauche Christophe Alévêque.
00:05 Publié dans Laboratoire de proto-pensée | Lien permanent | Commentaires (33) | Envoyer cette note | Tags : Politique, philosophie, littérature, critique littéraire, Abellio, Lévinas, Catherine Chalier
Commentaires
Noël Abellien, Systar ?
"Une supra-politique en train de naitre, encore au stade de la non-politique"
;)
Passe de bonnes fêtes !
Ecrit par : Drameille | 25 décembre 2007
Ah, ça c'est cool, d'avoir la visite de Drameille sur Systar pour Noël!
Vous savez, monsieur Drameille, ça m'avait vraiment gonflé de vous voir mourir dans Visages Immobiles, je vous ai toujours préféré à Pirenne, cette pourriture de communiste!
Bonne fête à toi aussi chère Drameille! ;-)
Ecrit par : Bruno | 25 décembre 2007
Fin 2007, serait-ce le moment de l'interrogation politique ? La prise de distance et de reflexion ? Serait-ce le moment de la Crise ? (le mot est lancé ! ;-) )
"[...] et celui de l'illusion d'une désimplication, ou d'une dé-responsabilisation, qui n'est au fond qu'irreponsabilité, c'est-à-dire d'une sortie du monde promettant on ne sait quelle « plénitude » d'esthète [...]"
Petit coquin, va !
Bonnes fêtes l'ami.
Ecrit par : Aurélien | 28 décembre 2007
Ce qui révèle clairement que tu n'es pas encore complètement esthète, puisque tu réagis à ce genre de phrases... Et puis toi, ce n'est pas de la politique que tu te désengages, je crois, mais du militantisme béat... non?
Allez, on se réconforte avec une citation du Maître:
"L'extrême gauche, c'est la plaie du mouvement social."
Ecrit par : Bruno | 28 décembre 2007
"on se réconforte avec une citation du Maître:
"L'extrême gauche, c'est la plaie du mouvement social.""
Quel est le maître en question ?
Ecrit par : EP | 30 décembre 2007
Le président actuel de l'AGEPS... (private joke)
Ecrit par : Bruno | 31 décembre 2007
"je n'ai pas voté à gauche lors de ces deux élections."
Pourquoi ne pas dire plus simplement, "j'ai voté à droite" ?
Ecrit par : EP | 31 décembre 2007
Cher Etienne,
c'est une très bonne question...
1) pour ménager le suspens (il reste le choix de ne pas choisir: Bayrou... "tu veux fromage ou dessert?" -> réponse: "Aucun des deux: au milieu...")
2) parce que je ne suis pas un convaincu de droite. Parce que je trouve ça catastrophique, et presque effrayant, les gens qui, à mon âge, se croient au clair avec leurs options politiques. Je suis naturellement méfiant envers l'engagement partisan, et les militantismes de tout crin chez les jeunes. (j'ai 22 ans).
3) parce que mon vote était d'abord un vote basé sur les options de politique étrangère. Et, en politique intérieure, un vote de réactivité contre la nullité et la vacuité idéologiques de la gauche partisane. Quand bien même, dans le débat médiatique, les voix que j'apprécie le plus restent des voix de gauche: Taguieff, bien sûr, et Finkielkraut.
J'ai jeté un coup d'oeil sur votre site: avez-vous lu le dernier Taguieff, que j'ai évoqué ici:
http://systar.hautetfort.com/archive/2007/04/13/les-contre-reactionnaires-de-pierre-andre-taguieff-la-repons.html
? Je crois qu'il vous intéressera, si vous ne l'avez pas déjà lu...
Ecrit par : Bruno | 31 décembre 2007
Ce billet m'interesse, car j'y reconnait en patie mon propre désarrois concernant la politique : à la fois beucoup d'idées et pourtant une incapacité à trouver véritablement un candidat qui convienne. J'ai finalement fait le même choix que vous aux dernières éléctions, mais faute de trouver à gauche un candidat qui ne soit pas impossible.
Les voix que vous appréciez sont de gauche et pourtant il semble que ces voix ne soient plus guère appréciées à gauchen dès lors qu'elles en dénoncent la doxa. Taguieff, par exemple, est persona non grata depuis qu'il a osé mettre au jour la nouvelle forme d'antisémitisme. Dire, dans une réunion d'amis de gauche, que l'on apprécie beaucoup Finkielkraut, c'est à coup sûr jeter un froid ou bien soulever des cris d'indignations. Ce n'en est que plus jouissif. Je me suis efforcé depuis plus de deux ans de reunir des documents sonores ou écris d'Alain Finkielkraut sur mon espace FTP. Vous y trouverez peut-être votre bonheur. Voyez aussi le site du "Nouveau réactionnaire", très riche, ainsi que le site du parti de l'in-nocence de Renaud Camus.
J'ai aussi réuni sur cet espace divers documents sur Heidegger, et quelques émissions de radio auxquelles a participé CR, ce qui peut sans doute vous interesser.
Je n'ai pas lu le dernier Taguieff l'année dernière, car je passais déjà l'agrégation et qu'il est difficile de faire quoi que ce soit d'autre à côté, mais je le lirais volontiers quand j'aurais plus de temps.
Pour ce qui est de la nullité et la vacuité idéologiques de la gauche partisane le succés du dernier livre de Badiou n'en est qu'un preuve de plus.
Ecrit par : EP | 01 janvier 2008
Il est toujours agréable, Etienne, de rencontrer une certaine communauté de pensée avec les internautes, surtout quand celle-ci concerne moins des convictions que des façons de (se) poser des questions.
Visiblement, nous sommes assez d'accord sur nombre de points. Pouvez-vous réindiquer votre adresse ftp, ou la mettre en URL quand vous postez des commentaires ici-même?
Finkielkraut est, avec Taguieff - si jamais ce dernier s'y emploie dans un prochain livre -, la dernière voix de gauche, dans le grand bazar médiatique, à avoir une critique constructive à formuler à l'encontre de Sarkozy, basée essentiellement sur une réflexion sur la nature du politique. Le politique, c'est d'abord ce qui se sépare de la vie domestique: les amitiés affichées avec le (show-)business et les histoires de fesses n'ont donc rien à faire à l'intérieur du débat et dans la communication d'un Président de la République.
Pour Badiou, ça se passe là:
http://systar-bazar.hautetfort.com/archive/2007/12/01/des-sommets-de-connerie-en-politique-le-cas-alain-badiou.html
Et ça se passe de commentaires...
Bonne année 2008, Etienne, et réussite à l'agrèg si vous la repassez.
PS: sur facebook: le EP qui appartient au groupe "CR is love", c'est vous?
Ecrit par : Bruno | 01 janvier 2008
Le EP qui appartient à ce groupe est bien moi. Je n'en suis pas le créateur. Il a apparemment été crée par une fan étudiante.
J'ai cru comprendre qu'il y a souvent des "fake" sur facebook mais la page de CR semble authentique.
http://etiennepinat.free.fr/
Ecrit par : EP | 02 janvier 2008
Oui, c'est bien lui!
Evidemment, j'adhère à ce genre d'hommages irrévérencieux.
Ecrit par : Bruno | 02 janvier 2008
Vous passez l'agreg à la Sorbonne vous aussi ?
Voici l'adresse d'un forum pour agrégatifs :
http://agregphilo.conceptforum.net/index.htm
Ecrit par : EP | 02 janvier 2008
"voyez encore toute la rhétorique du « risque », du « possible dérapage », et de « l'inquiétude » face à des « dérives » qui triomphe aujourd'hui dans l'anti-sarkozysme de salon"
Badiou que vous n'aimez pas semble-t-il a lui aussi parlé de l'utilisation par Sarkozyde la peur (des musulmans, des pauvres, de la décadence) et de celle par Royal de la peur de la peur (de Sarkozy) qui ont fait de la dernière élection une grosse farce. C'est dans son dernier et excellent, ne vous en déplaise, ouvrage : "De quoi Sarkozy est-il le nom".
Il faudrait aussi préciser que l'antisarkozysme n'est pas forcément QUE "de salon".
Une dernière chose sur Badiou : si vous lisiez sa conférence (dite "du Rouge-Gorge") consacrée à Mao et à la Révolution culturelle, vous verriez qu'il est sans illusion aucune sur la personnalité de ce chef d'Etat et pas le moins du monde aveugle sur ses crimes.
Ecrit par : George | 05 janvier 2008
Tiens, mon commentaire d'hier n'est pas apparu?
Ecrit par : Elise | 05 janvier 2008
Elise: je vais aller voir sur la plate-forme.
Ecrit par : Bruno | 05 janvier 2008
De salon ou pas, l'anti-sarkozysme est une ânerie. Le sarkozysme n'étant pas un corps de doctrine bien constitué, l'anti-sarkozysme ne peut être que l'expression d'un désaccord non avec des idées, mais avec la personne elle-même.
Ce qui n'a pas grand intérêt, ni visiblement, grande pénétration dans le débat public.
Ensuite, pour Badiou: soit. Sans doute a-t-il mis juste un peu plus de temps que d'autres pour énoncer à son tour cette désillusion envers Mao. J'accueille avec joie ce que vous m'apprenez de ce grand penseur politique (quel contraste, néanmoins, avec l'oeuvre d'ontologie qui est sienne, réellement impressionnante cette fois-ci).
Enfin Sarkozy a-t-il vraiment pu utiliser la peur des pauvres, celle que font surgir les pauvres chez les classes moyennes et les riches? Je ne crois pas. Et peut-être même que quelques "pauvres" auront voté pour lui, tiens. C'est pas le grand ouest parisien riche, ni même la simple population de cadres et d'employés moyens, qui auront suffi à faire un score aussi massif, en tout cas...
Peur des musulmans: croyez-vous vraiment que ce soit cela qui ait compté dans le vote de certains en sa faveur?
Ségolène Royal entretenant une peur de la peur: là encore, c'est une bien curieuse analyse. Vous m'auriez dit Marianne ou une certaine presse de gauche, j'aurais acquiescé. Mais là... Je revois l'imagerie christique, je revois les déclarations d'amour (aimez-vous les uns les autres), mais fort peu de déclarations du genre: "cet homme est dangereux".
Mais sans doute ai-je une hauteur de vue insuffisante pour analyser tout cela, et, loin d'être convaincu par les interminables explications dépourvues de causalité réelle de certains, en resté-je bien trop à ce qui a réellement été dit et fait par les deux candidats...
Merci de votre passage, en tout cas, notam