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01 mai 2008
Artefact.Machines à écrire 1.0 , de Maurice G. Dantec

Si les derniers mois ont été silencieux sur ce blog, ils n’ont cependant pas été chômés. J’ai même pris le temps, malgré une grosse masse de travail en philosophie, de lire quelques romans, et d’avancer un patient travail de réflexion sur la science-fiction, dont le résultat devrait être quelque chose de bien plus rigoureux que ce que je vous ai anarchiquement proposé ici depuis deux ans. Le projet d’ensemble n’a rien d’original : il s’agit d’une relecture patiente et consciente d’un certain nombre de romans francophones, depuis Michel Jeury jusqu’à aujourd’hui (Volodine, Colin, Damasio, Dufour, Dantec…), à travers la constitution d’une méthode de lecture à la fois souple et métaphysiquement forte. C’est pourquoi les notes se sont ici raréfiées, quand bien même j’accumulais les pages de notes par dizaines. J’ignore à ce jour la forme que ce travail prendra finalement, si je trouverai le temps et l’envie de produire cet effort de longue haleine, et même si cela a vraiment un sens de chercher à penser dans et par la science-fiction, un peu comme en son temps Guy Lardreau avait tenté de le faire dans Fictions philosophiques et science-fiction.
Je vous indique une chronique déjà ancienne, publiée sur ActuSF, d’Artefact. Machines à écrire 1.0 de Maurice G. Dantec. J’avais souhaité, tout en exprimant une forte déception à l’encontre de la majeure partie du livre, engager un travail plus patient que cette chronique sur la novella centrale du livre intitulée « Artefact », notamment sur la transcription des hypostases divines en réalités littéraires intervenant dans le fil de la narration. C’était, sans nul doute, la source de la beauté de ce texte. On y lisait une réflexion inspirée - tout à la fois récapitulation du travail déjà accompli et projection de la démarche que Dantec voudra poursuivre - sur l’écriture, sur l’expérience désarmante que tous les grands auteurs confient avoir vécue : celle d’être poussé dans le dos, emporté, mécaniquement ou machinalement contraint d’écrire. Qu’un tel « art poétique » fictionnel trouve son expression la plus aboutie dans la théologie trinitaire, voilà qui était tout à fait saisissant, et qui m’a permis de me rappeler de ce que j’avais tant aimé dans Villa Vortex : la rencontre de la plus haute pensée religieuse et de la fiction la plus débridée.
22:43 Publié dans Littératures | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, critique littéraire, science-fiction, maurice g. dantec, philosophie, guy lardreau
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Commentaires
"J’ignore à ce jour la forme que ce travail prendra finalement, si je trouverai le temps et l’envie de produire cet effort de longue haleine, et même si cela a vraiment un sens de chercher à penser dans et par la science-fiction"
--> oui je pense que ça a un sens, et je serais très intéressé par celui que tu pourras trouver, ou en tout cas ébaucher. Je suis moi-même persuadé que la SF est une littérature spécifique (au-delà de ses thèmes) sans avoir les moyens culturels et intellectuels pour creuser le sujet. Donc ta réflexion m'intéresse ! Mais seulement si tu mets des notes de bas de page pour expliquer les mots de plus de deux syllabes comme "hypostase" ;)
Ecrit par : Jérôme | 07 mai 2008
on commence par le plus hard:
hypostase ça peut prendre plusieurs sens, en philo.
Ici, ça veut dire "personne".
Père, Fils et Saint Esprit sont donc les 3 "hypostases", la fameuse formule chrétienne du "3 en 1", comme la lessive. Un seul Dieu, mais 3 aspects personnels, trois personnes sous lesquelles se décline la présence de Dieu dans l'histoire, si tu veux.
Dans le travail que j'ai engagé: hypostase, c'est l'opération de pensée par laquelle tu dis que pour qu'une opération se fasse ou qu'un événement ait lieu, il faut forcément poser un être qui le fasse se produire ou advenir. C'est le fait de dire qu'il y a des réalités qui existent lorsqu'il n'y a jamais qu'une simple opération, réelle ou intellectuelle.
Exemples: "Dieu", "monde", "âme" en philo: personne n'en a jamais fait l'expérience, mais on les pose pour pouvoir comprendre qu'une expérience est possible.
ça, c'est le sens que le mot "hypostase" a chez Kant.
Littéralement, tu as "hypo": en-dessous de, et "stase": position, donc création, institution d'une entité qui se tiendrait "sous" les phénomènes pour les rendre possibles.
Ce que j'aurais voulu faire, en SF, c'est refuser cette pensée qui explique tout en créant des entités fictives, et penser d'abord les opérations pour elles-mêmes.
Opérations de pensée, donc purs événements mentaux, purs processus. A décrire pour eux-mêmes, sans recourir à des choses ou à des êtres dont l'existence n'est pas certaine.
Expliquer la SF avec cette démarche-là.
Mais c'est l'inquiétude que je signale lapidairement dans la notule: est-ce que c'est possible de penser comme ça? C'est en parvenant récemment à ce type de doutes, d'inquiétudes, que j'ai mis en suspens mon travail de réflexion sur la SF.
Déployer une pensée authentiquement athée et fidèle à la lettre des textes étudiés (puisque le but est quand même de leur rendre justice à EUX, pas de me faire briller moi!), c'est très difficile.
Et déprimant. ;-)
Ecrit par : Bruno | 08 mai 2008
Bon, je comprends à peu près pour l'hypostase. Mais alors, est-ce qu'un hippopotame est une entité qui sous-tend le potame ?
Plus sérieusement, quand tu dis "refuser cette pensée qui explique tout en créant des entités fictives", c'est dans les thèmes SF ou dans la manière d'écrire de la SF, de créer une histoire de SF ? Cherches-tu à définir quelle est la valeur intrinsèque de la SF, ou plutôt quel est le processus mental d'un écrivain pour aboutir à une histoire de SF ? C'est pas pour te titiller, hein, c'est pour mieux comprendre. De toute façon ma conclusion sera la même : accroche-toi !
Ecrit par : Jérôme | 09 mai 2008
Non, l'hippopotamus sous-tend la fringale de minuit, quand tu rentres du cinéma ou du théâtre et que tu veux te taper de la bidoche.^^
Pour répondre à ta question:
la petite cuisine des auteurs pour écrire leurs histoires ne m'intéresse pas.
Ce serait donc plutôt une pensée qui ciblerait la "valeur intrinsèque de la SF" qui m'intéresserait.
Les textes, rien que les textes.
Pas tout ce qu'il y autour d'eux, pas leur "réception" dans le "milieu", pas non plus ce que les auteurs en disent. Ce n'est pas que ce soit forcément faux, mais ça ne m'intéresse pas tant que ça d'apprendre comment les oeuvres se sont écrites. Parce que je ne suis pas collectionneur ou admirateur.
Pour ce qui est de m'accrocher: écoute, pas plus tard qu'il y a deux ou trois jours, j'étais encore dans les théories de la signification chez Ingarden, sur le fait qu'un vocable comporte une couche matérielle et une couche formelle de signification, que ces couches appellent nécessairement la production d'un "objet" intentionnel à quoi elles fassent référence... et... c'est déprimant.
Trop difficile, trop dur, trop exigent!
Laissons ça aux philosophes compétents!
Ecrit par : Bruno | 12 mai 2008
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