11 octobre 2008

Kathleen, de Fabrice Colin - L'Etoile de l'Autre

                                        

« Il se peut que nous n’ayons pas d’âme lorsque nous naissons, poursuivit le nouveau venu comme s’il se parlait à lui-même, il se peut qu’il nous faille travailler très durement pour en acquérir une, mais il est possible aussi que la mort nous donne cette âme, finalement, il est possible qu’en déchirant les voiles qui nous séparent de notre « moi » véritable elle nous permette enfin d’accéder à cette vérité enfouie. Il faut nous en remettre à cette maigre espérance. »

 

Ainsi donc, il n’y aurait pas d’individuation, le don n’aurait lieu qu’à la fin, la seule chose valant d’être vécue ne serait livrée que quand elle ne peut plus l’être. Il ne sera pas question, ici, de retracer la perspective d’ensemble du Kathleen de Fabrice Colin, mais de déployer, depuis cette phrase, un mois de nouvelle chair – à laquelle tous les cronenbergiens débutants ou confirmés auront l’amabilité de souhaiter une longue vie -, plus d’un mois de changements d’ailleurs, dans les rougeurs sensibles de Toulouse.

Il y aura eu ces nouveaux ciels, ces changements si rapides et si doux en même temps dans l’approche livresque, le retour aussi à ces livres délaissés depuis près de deux mois, il y aura eu, peut-être, la fin de la recherche effrénée de l’événement. A ce titre, le « viens, viens dans l’événement » du narrateur du Cercle de Yannick Haenel, m’apparaît plus que jamais comme une phrase qui ne pouvait être prononcée que sur un pont parisien, et nulle part ailleurs, dans une hallucination de phrases dorées et dans l’éternelle recherche d’une vocation d’écrivain.

Colin fait dire à l’un de ses personnages, lesquels sont d’ailleurs proprement tous hallucinés dans cet étrange roman, que toute vérité n’est jamais que dernière, que l’adéquation à soi, la clôture de la distance humaine et de l’événement sont possibles, mais ne le sont qu’au prix d’un déchirement, et du plus grand des sacrifices. Voilà ce que, de ce récit, je retiens comme un nouveau nerf de réflexion. Non que le livre se résume à cela – les fragmentations de l’identité, sa dissolution même, l’emprise d’un mage sur ses sectateurs, la folie, l’impossibilité de la pacification entre le fils et le père sur fond d’amour inavouable, tout cela est dans Kathleen, et en fait un très bon roman, formellement abouti et inspiré -, mais bien plutôt il m’a semblé en émaner.

                            

Tout cela tombait au moment où je retrouvais, dans un fouillis de vérités simplifiées que je m’apprêtais à professer pour la première fois, le sens de la vérité comme pure distance, comme tentative effrénée, assoiffée, douloureuse et inextinguible, de combler ce qui ne peut être comblé, au nom même de l’ « étoile », au nom de l’éthique, au nom de ce véritable Autre qui ne se laisse pas littéralement prostituer devant les niaiseries et les thématismes de la plus confortable des bêtises bien-pensantes :

« L’idée de l’Infini – la relation entre le Même et l’Autre – n’annule pas la séparation. Celle-ci s’atteste dans la transcendance. En effet, le Même ne peut rejoindre l’Autre que dans les aléas et les risques de la recherche de la vérité au lieu de reposer sur lui en toute sécurité. Sans séparation, il n’y aurait pas eu de vérité, il n’y aurait eu que de l’être. Vérité –contact moindre que la tangence – dans le risque de l’ignorance, de l’illusion et de l’erreur ne rattrape pas la « distance », n’aboutit pas à l’union du connaissant et du connu, n’aboutit pas à la totalité. Contrairement aux thèses de la philosophie de l’existence, ce contact ne se nourrit pas d’un préalable enracinement dans l’être. La recherche de la vérité se déploie dans l’apparition des formes. Le caractère distinctif des formes comme telles, est précisément leur épiphanie à distance. L’enracinement, une préliaison originelle, maintiendrait la participation, comme l’une des catégories souveraines de l’être, alors que la notion de vérité marque la fin de ce règne. Participer est une façon de se référer à l’Autre : tenir et dérouler son être, sans jamais perdre sur aucun point, contact avec lui. Rompre la participation, c'est certes, maintenir le contact, mais ne tirer plus son être de ce contact : voir sans être vu, comme Gygès[1]. Il faut pour cela qu’un être, fût-il partie d’un tout, tienne son être de soi et non pas de ses frontières – non pas de sa définition – existe indépendamment, ne dépende ni des relations qui indiquent sa place dans l’être, ni de la reconnaissance que lui apporterait Autrui. Le mythe de Gygès est le mythe même du Moi, et de l’intériorité qui existent non-reconnus. Ils sont certes l’éventualité de tous les crimes impunis – mais tel est le prix de l’intériorité, qui est le prix de la séparation. La vie intérieure, le moi, la séparation sont le déracinement même, la non-participation et, par conséquent, la possibilité ambivalente de l’erreur et de la vérité. Le sujet connaissant n’est pas partie d’un tout, car il n’est limitrophe de rien Son aspiration à la vérité n’est pas le dessin en creux de l’être qui lui manque. La vérité suppose un être autonome dans la séparation – la recherche d’une vérité est précisément une relation qui ne repose pas sur la privation du besoin. Chercher et obtenir la vérité, c'est être en rapport, non pas parce qu’on se définit par autre chose que soi, mais parce que, dans un certain sens, on ne manque de rien.

Mais la recherche de la vérité est un événement plus fondamental que la théorie, bien que la recherche théorique, soit un mode privilégié de cette relation avec l’extériorité, que l’on nomme vérité. Parce que la séparation de l’être séparé n’a pas été relative, n’a pas été un mouvement d’éloignement à l’égard de l’Autre, mais se produisit comme psychisme, la relation avec l’Autre ne consiste pas à refaire dans un sens opposé le mouvement de l’éloignement, mais à aller vers lui à travers le Désir, auquel la théorie elle-même emprunte l’extériorité de son terme. Car l’idée de l’extériorité qui guide la recherche de la vérité, n’est possible que comme idée de l’Infini. » (Emmanuel Lévinas, Totalité et Infini, Livre de Poche Biblio, pp. 55-56)

Tout devrait se commenter, dans cette page, tout devrait trouver une pleine expression dans le commentaire infini. L’écriture de Lévinas magnétise, elle ensorcelle son lecteur, quand bien même toute l’œuvre de Lévinas peut et doit être comprise comme désencorcellement du rapport à l’autre homme, comme sortie de cette forme de déchaînement illimitable du désir consommateur qu’on peut appeler le paganisme. Il est très difficile de ne pas céder à la tentation de l’empathie avec la lettre, pourtant faussement claire, du texte lévinassien. De ne pas en reprendre les mots en une répétition dont la valeur est dans la densité intime, dans les échos intérieurs qu’ils suscitent, mais qui ne se laisse point alors partager avec autrui.

Tel est bien le sentiment ébloui que j’ai ressenti en relisant ces pages, lues pour la première fois il y a maintenant plus de cinq ans, avant de découvrir L’Etoile de la Rédemption de Franz Rosenzweig, qui fut le terreau matriciel de toute la pensée de Lévinas[2].

Je suis séparé : voilà le grand fait premier. Littéralement a-thée, séparé de ce qui, du coup, s’épanouit devant moi comme extériorité radicale (Dieu). Comme esseulé, si l’on veut introduire, depuis la séparation, l’idée de solitude devant les autres. Mais cette séparation n’est pas clôture, enfermement, saturation ou épuisement de l’expérience du monde dans et par l’expérience de soi. Tout commence là, c'est le grand mérite de Lévinas de l’avoir dit, affirmé et analysé. Aucune pensée de l’Autre n’aurait de valeur si elle n’était pas premièrement, et au moins à titre méthodologique, à une pensée consistante du Même, c'est-à-dire de moi comme être séparé, et comme être qui constitue le monde et se constitue par des processus d’objectivation ou de thématisation (réduction au Même). Lévinas savait sans doute parfaitement que le pur éclatement auto-sacrificiel vers l’Autre était tout simplement impensable. Bien sûr la grande relation éthique – rapport mais aussi maintien de la distance – à l’Autre précède bien toute recherche de la vérité. Mais il est un fond « proto-éthique », si l’on veut, à partir duquel j’entre en relation avec l’Autre sans m’abîmer en lui, sans me « néantiser » par là. C'est le Même.

Il est, à ce titre, sidérant d’avoir vu, en quelque trente ou quarante ans, les commentateurs puis les propagandistes de la tolérance absolue envers autrui éluder totalement les premières analyses sur le Même déployées pourtant avec minutie par Lévinas, pour ne privilégier que l’hyperbolisme du Désir Métaphysique, de l’éclatement vers le visage, cette manifestation de l’Autre qui me révèle mon infinie indignité. D’un truisme, ramassons tout cela : pour qu’il y ait vraiment accueil de l’Autre, encore faut-il soi-même habiter quelque part, et être chez soi lorsque l’hôte arrive…

Ce Même, pourtant, ou cette intériorité psychique qui se constitue et fait qu’il y a un ego qui est mien, ne trouve aucun fondement, aucune justification dans l’être même. Le proto-éthique n’est pas un proto-ontique, pourrait-on écrire. Car il n’y a pas de proto-ontique. Ce qui fonde l’éthique n’est pas lui-même fondé dans l’être. Il n’y a aucun fait, aucune essence dont je puisse me réclamer pour justifier que j’aie commencé à être ce que je suis, ni donc pour expliquer pourquoi c'est depuis ma propre séparation, ma propre constitution comme psychisme, que je puis entrer dans une authentique relation (rapport distant, rapport dans et par le maintien de la distance, avons-nous dit).

Ce que dit ensuite Lévinas est d’une clarté confondante. Si la vérité est essentiellement relation – et elle l’est effectivement toujours -, elle implique que je ne disparaisse pas, donc que le Même demeure, lorsque la vérité se trouve révélée (et non dévoilée). Une chose peut être rendue manifeste, dévoilée, sans qu’il y ait quiconque pour constater un tel dévoilement. Elle ne peut, au contraire, être révélée que pour quelqu’un, qu’à quelqu’un. Relation, toujours. L’anti-métabole en découle alors : la relation à la vérité, est vérité de la relation : voir (ou entendre ?) le vrai se révéler comme tel, c'est constater que la relation est consistante entre moi et ce que je suis pas, entre l’intériorité du psychisme et l’extériorité radicale.

Qu’est-ce qui met en branle la volonté de vérité ? Qu’est-ce qui fait désirer la Révélation ?

La reconnaissance de mon a-théisme radical, c'est-à-dire la reconnaissance de mon être-séparé, du fait que, pour me constituer comme un psychisme, je ne peux que me distinguer, et partant me finitiser, par rapport à cette extériorité qu’alors je ne peux être, à cette extériorité absolue qui prend, dans son illimitation même, le nom de Dieu. D’où ma condition d’a-thée, de non-divin. Être athée, c'est reconnaître que l’on n’est point Dieu, que l’on n’est point l’infini même. C'est tout le contraire de la croyance qu’on appelle usuellement « athée ». L’athée, l’être du Même, le séparé, assume son athéisme précisément et uniquement par la reconnaissance de la présence de l’infini, d’un « il y a » illimité et infiniment plus haut que moi-même.

Cet athéisme est vocation à la métaphysique, dès lors, appel vers l’au-delà de soi. Ou Désir Métaphysique, dont la beauté culminera effectivement dans l’expérience éthique du visage, de la phénoménalité même de l’Autre, de la façon dont il apparaît, se phénoménalise, dans la chair nue et pourtant invincible[3] d’autrui. Du désir, il n’y a plus ni captation, ni volonté de consommation intégrale de ce qui est désiré. Il y a vocation, ouverture, établissement du lien – religion, en somme.

Un tel désir nous rappelle bien, conformément à l’origine même du mot, que notre intériorité n’est point à hauteur d’étoile, à hauteur d’infini, mais qu’elle n’existe que séparée de l’astre de l’altérité absolue – dé-sidération. La dé-sidération fut ce qui constitua notre psychisme, elle est aussi ce qui réclame de nous la reconnaissance de l’infini, de l’au-delà de nous-mêmes. Elle est alors la possibilité même de l’amour.

Amour comme maintien de la distance absolue dans la relation même, respect qui saura aussi que, s’il a bien commencé par une « honte » ou une indignité, il ne s’épuise pas en cette indignité, mais s’épanouit dans la joie devant et par l’aimé(e). Aimant l’Autre maintenu comme Autre.

L’hypothèse terminale que l’on rencontrerait en poussant jusqu’à son terme la thèse de la primauté ou de l’antécédence absolue de l’Autre sur mon propre avènement comme psychisme, ou comme intériorité, serait peut-être alors : désormais, depuis le non-fond éthique, ou proto-éthique de l’amour qui me mène à l’Autre lors même que je suis essentiellement séparé, je puis apprendre à aimer cette séparation même, je puis découvrir que je suis, à mon tour, digne d’amour, parce qu’en amour pour la dignité de cet autre visage qui est face à moi.

Il me faut alors rendre la parole à Fabrice Colin, ou à l’une de ses voix narratives les plus belles, dont les paroles luisent d’un étrange éclat lévinassien…

 

« L’éclat de l’Etoile au-dessus des décombres est en train de pâlir. Je ne m’étais pas trompé en venant ici. Mon double lève son pistolet et tire dans la tête du cheval qui s’écroule, entraînant l’attelage dans sa chute. Il ne s’arrête pas là : il fait basculer le fiacre sur le flanc, défonce une porte, s’acharne sur le reste à coups de pied puis se penche sur le cocher qui continue d’agiter mécaniquement les bras et lui arrache la tête.

L’Etoile, elle, tombe du ciel et se métamorphose de nouveau en cette Jeune Femme qui habitait chez moi et refusait de me parler. Elle parle à présent. Elle lui parle à lui, il la rejoint, elle lui attrape le bras, ils s’éloignent.

Les trois géants ne bougent plus. J’essaie de me relever mais je retombe comme une masse. Je patauge dans la boue noire, je rampe, me redresse, m’affale, étouffe. La boue entre dans mes yeux, dans ma bouche, dans mes oreilles.

Une dernière fois je me redresse.

Cet homme là-bas, cet homme que je suis devenu, il discute avec la Jeune Femme, le ciel s’est assaini, on n’entend plus rien et moi, la face enduite de cette bouillie gluante et obscure, je sens confusément, au fond de cet être que je vais cesser d’être, ce pantin dissolu en complète perdition, je sens une force palpiter, j’ai encore cette conscience de ressentir pour lui, pour tout ce qu’il est pleinement, maintenant, une chose que je n’avais jamais connue jusqu’alors, une émotion qui me submerge – un sentiment que j’accueille, le visage barbouillé de sang, de larmes et de souvenirs, et auquel, définitivement, je ne vois d’autre nom à donner qu’amour[4]. »

 

C'est stupéfiant : la reconnaissance de l’Etoile, de la hauteur absolue, et le mouvement de dé-sidération qu’elle amorce pour venir à ma rencontre, mènent à la découverte de l’Autre comme transcendance infiniment aimée : la Jeune Femme aux majuscules tellement justifiées. J’apparais alors comme intériorité, je deviens capable de me voir aimant la Jeune Femme. De la boue première de mon indignité, j’en viens à l’amour, par la relation à l’Autre. Toute dé-sidération pleinement vécue s’accomplit alors en élévation à la religion, au lien indéfectible et inébranlable à l’aimée. Alors je découvre le nom qui seul nomme cette réalité qui jamais ne s’était manifestée à moi – car je n’étais personne, et je n’étais pas capable d’accueillir un tel événement -, je découvre, comme l’écrit Fabrice, le nom unique, celui par lequel tout finira, celui par lequel à la fin peut-être j’aurai bel et bien une âme (comme le disait notre texte d’ouverture).

Un seul nom, un unique, pour les résumer tous : Amour.



[1] Par opposition à quoi les choses peuvent être dites poétiquement des « personnes aveugles ». Cf. J. Wahl, « Dictionnaire subjectif », dans Poésie, pensée, perception, Calmann-Lévy, 1948.

[2] C'est finalement en Lévinas que s’est esquissée une sorte de « synthèse » entre les deux pensées qui m’ont été les plus chères et les plus marquantes ces dernières années (mais bientôt, peut-être, Merleau-Ponty s’y ajoutera-t-il, égal en dignité aux deux géants allemands…) : celle de Husserl, et celle de Rosenzweig.  Il suffit de lire la préface de Totalité et Infini pour en prendre conscience : « L’opposition à l’idée de totalité, nous a frappé dans le Stern der Erlösung de Franz Rosenzweig, trop souvent présent dans ce livre pour être cité. Mais la présentation et le développement des notions employées, doivent tout à la méthode phénoménologique. L’analyse intentionnelle est la recherche du concret. La notion, prise sous le regard direct de la pensée qui la définit, se révèle cependant implantée, à l’insu de cette pensée naïve, dans des horizons insoupçonnés par cette pensée ; ces horizons lui prêtent un sens – voilà l’enseignement de Husserl. Qu’importe si dans la phénoménologie husserlienne, prise à la lettre, ces horizons insoupçonnés s’interprètent, à leur tour, comme pensées visant des objets ! Ce qui compte, c'est l’idée du débordement de la pensée objectivante par une expérience oubliée dont elle vit. » (p. 14, je souligne).

[3] J’ai été récemment frappé par cette conjonction, dans la pensée juive, entre l’idée que l’on puisse être à la fois l’être le plus exposé à la violence, et l’être invincible par excellence. Je connaissais l’idée du Reste, présente dans Isaïe, et reprise entre autres par Rosenzweig lui-même, mais cela apparaît d’une façon plus forte encore dans la première centaine de pages du roman d’André Schwarz-Bart, Le Dernier des Justes.

[4] Kathleen, Fabrice Colin, L’Atalante, pp.305-306.

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Commentaires

Yes ! Content de te retrouver enfin aux affaires. Très beau texte.

Ecrit par : Transhumain | 11 octobre 2008

Tu sais que cette longue absence ne dépendait pas que de mon bon vouloir...
tu dis "très beau texte", il ne semble déjà pas au goût de tout le monde...

Dans 15 jours je suis à Paris.

Ecrit par : Bruno | 11 octobre 2008

Je confirme, c'est un beau texte, sans doute même l'un des plus beaux et des plus importants sur ce blog, si je ne m'abuse - du moins dans la relation singulière que j'entretiens avec la vérité systarienne.
Voilà qui rejoint et enrichit magnifiquement mes réflexions récentes ; et tant que j'y suis, je te remercie également pour cette mise au point sur Levinas, qui ravive bien des souvenirs de lecture passionnée.

A bientôt sur Paris, donc !

Ecrit par : François | 14 octobre 2008

Ah, je ne sais pas si dans l'ensemble du blog, ce texte-ci compte plus ou moins que d'autres.
ça, c'est toi qui peux le dire, toi ou d'autres lecteurs fidèles.
Par ailleurs, j'apprends l'existence d'une vérité systarienne, ce qui m'ébranle profondément, tu t'en doutes.^^

La "mise au point": en fait c'est un truc que je voulais dire depuis un petit moment déjà. A savoir que je ne comprenais pas pourquoi on squeezait tout le temps les analyses sur le psychisme, l'intériorité, et la demeure (bref la sphère du Même), pour ne retenir de Lévinas que le pur éclatement extatique de soi vers un commandement inassignable (l'Autre qui se phénoménalise comme visage et comme injonction à la morale qui est hyperbolique, inconditionnelle...).
Alors que Totalité et Infini a une économie bien précise, qui inclut que l'on prenne en compte les premières analyses AUSSI.

Cet été on m'a demandé (deux charmantes jeunes demoiselles) "qui" j'étais. J'ai répondu: un certain noyau d'identité relativement stable (ou métastable, si l'on simondonise...), donc qqch du côté du Même, mais "capable d'événement", donc ouvert sur de l'Autre pur (qu'on nomme un tel événement joie, grâce, amour, beauté, morale ou autre...). L'un des deux aspects ne va pas sans l'autre. S'il n'y a qu'éclatement, il n'y a que néant. S'il n'y a que stabilité close, il y a risque de crispation identitaire, risque d'oubli du monde aussi.

J'espère qu'on aura l'occasion d'écrire sur Michon ensemble, en prenant pour horizon toutes ces questions.

A dans deux semaines, donc!

Ecrit par : Bruno | 14 octobre 2008

Bruno, tu as... tu as vraiment répondu ça aux deux choulettes ?...

Ecrit par : Transhumain | 14 octobre 2008

"un certain noyau d'identité relativement stable, donc qqch du côté du Même, mais "capable d'événement", donc ouvert sur de l'Autre pur."
Vue sous cet angle, l'oeuvre de Michon pourrait effectivement s'avérer fort intéressante ; on pourrait notamment aborder cette question du Même et de l'Autre à partir du thème de la filiation, dans Vies Minuscules ou Rimbaud le fils...
Je pense de plus en plus à une rubrique "commentaire de texte" sur mon blog, avec un nom un peu moins connoté, mais où j'étudierais notamment des extraits de Michon - un peu comme je l'avais fait avec un extrait de Chromozone. Mais on pourrait aussi se lancer dans un dossier qui lui serait exclusivement consacré - et, tant qu'on y est, poursuivre avec Antoine Volodine...
Bref, mettons ça en place dans les prochaines semaines, par mail, si ça te dit ! On profitera des vacances de la Toussaint pour s'y mettre.

Je te souhaite un succulent cassoulet.

Ecrit par : François | 14 octobre 2008

Bah oui.
Du reste, tu les connais bien.

Ecrit par : Bruno | 14 octobre 2008

Oui, François.
La filiation est, du point de vue de l'engendrement, le "soi-même comme un Autre", si l'on veut...
Michon, et cette fameuse absence du père qui traverse son oeuvre, seraient à analyser.
Les thèmes chrétiens de son oeuvre ne disent d'ailleurs pas autre chose.

Je verrais bien un dossier, moi.

Et sur Volodine aussi, d'ailleurs.

(intense bouillonnement shalmy-systaresque ^^)

Pas trop de cassoulet chez moi, mais merci quand même de prendre soin à distance de ma bidoche ^^

Ecrit par : Bruno | 14 octobre 2008

Content de te voir de retour aux affaires. Et je confirme : très beau texte !

Ecrit par : Aïn | 15 octobre 2008

Merci Aïn, mais il ne faut pas perdre de vue que les textes dont je parle sont, eux, bien plus beaux!

Et moi aussi je suis content de revenir mettre un peu le dawa sur hautetfort...^^

Ecrit par : Bruno | 15 octobre 2008

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