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<title>Systar</title>
<description>Du système à l'étoile</description>
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<lastBuildDate>Mon, 02 Nov 2009 17:44:47 +0100</lastBuildDate>
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<title>La troisième dépossession</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (Systar)</author>
<category>Science-fiction</category>
<pubDate>Mon, 02 Nov 2009 17:44:47 +0100</pubDate>
<description>
&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img src=&quot;http://systar.hautetfort.com/images/gits.jpg&quot; width=&quot;450&quot; height=&quot;508&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Il n'est jamais bon (utile, intéressant...) de prolonger le commentaire métalittéraire. Ce commentaire concerne la vie du milieu qui produit des livres, il prend en charge les faits et gestes des auteurs, des éditeurs, des critiques, et des lecteurs les plus bruyants. C'est qu'en général, nul besoin d'être grand clerc pour le comprendre et l'anticiper, on en viendra toujours au même type de reproches&amp;nbsp;: le «&amp;nbsp;milieu&amp;nbsp;» est endogamique, consanguin, on n'y rentre que par copinages, cooptations, il n'y a pas de place réelle pour la méritocratie du manuscrit humblement envoyé par la poste, etc. Bref&amp;nbsp;: on en viendra toujours, au final, à critiquer l'idée et la réalité mêmes de «&amp;nbsp;milieu&amp;nbsp;». En effet, il appartient à tout milieu de se regrouper autour de centres d'intérêt communs (la science-fiction, le polar, la philosophie, la foi, etc.), au moins au début, puis de s'organiser, au point de s'autonomiser, de se constituer une sociabilité qui tend toujours - c'est le principe même de toute organ-isation, constituer un organisme qui puisse vivre seul, cohérent avec lui-même et indépendant - à risquer le fonctionnement en vase clos. C'est toujours les mêmes. De toute façon, machin a été édité par lui parce qu'il est l'ami de Truc. Bidule n'est repris en poche que parce qu'on ne pouvait pas refuser ça à son éditeur grand format. N'en jetez plus.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;L'idée ici soutenue dans un premier temps sera donc celle-ci&amp;nbsp;: il ne sert à rien de critiquer quelque chose comme un «&amp;nbsp;milieu&amp;nbsp;». Pour la raison purement logique exposée ci-dessus - toute culture collective se construit par des «&amp;nbsp;milieux&amp;nbsp;», si sales et fermés puissent-ils parfois paraître -, mais aussi parce qu'on a toujours la liberté, lorsque guette l'asphyxie, soit d'ouvrir les fenêtres, soit d'aller voir ailleurs. C'est ce que je pense du «&amp;nbsp;milieu&amp;nbsp;» SF ou «&amp;nbsp;Imaginaire&amp;nbsp;» français, tel que j'ai pu le découvrir depuis presque trois ans, par des rencontres de chair et d'os, par les échanges blogueurs, les courriers électroniques, et bien sûr les forums.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Ces précautions oratoires, et néanmoins sincères, prises, il reste toutefois à faire écho à &lt;a href=&quot;http://www.cafardcosmique.com/Esthetique-du-lacher-prise&quot;&gt;un texte intéressant publié par Fabrice Colin&lt;/a&gt;, auteur ici loué pour sa plume, sa sensibilité, et son intelligence, sur le site du Cafard Cosmique. Ce texte est intéressant pour lui-même, comme témoignage d'un auteur associé au milieu «&amp;nbsp;SF&amp;nbsp;», et pour le contexte de son écriture, notamment toutes les discussions qui ont pu faire suite à la publication de l'anthologie dirigée et préfacée par Serge Lehman&amp;nbsp;: &lt;i&gt;Retour sur l'Horizon&lt;/i&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Commençons par le texte de Colin.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;C'est un texte d'auteur, ce qu'il appelle «&amp;nbsp;lâcher prise&amp;nbsp;», comme geste esthétique, est donc l'explication de sa propre démarche d'auteur, modulée par le fait qu'il est aussi (voyez son blog et ses contributions de critique à Fluctuat) un grand lecteur. Premier aveu de taille, donc&amp;nbsp;: alors que c'est un lecteur rapide, compulsif, et avisé, il ne lit pas de SF pure et dure (comprenez, pour aujourd'hui&amp;nbsp;: Wilson, Egan). La conclusion de l'article est sans appel, en ce sens&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;À l'occasion, il faut quitter pour exister, se jeter à l'eau pour comprendre qu'on sait nager. Sans la SF, je ne serais pas là aujourd'hui. Avec la SF, je n'irai jamais très loin ailleurs.&amp;nbsp;» La thèse de Fabrice Colin se développe ainsi&amp;nbsp;: la SF est seulement un laboratoire, et l'occasion d'entrer dans le Jeu. A ce titre, elle perd son statut de fin en soi, en termes littéraires, et n'est plus que la méthode, la disposition d'esprit, qui peut préparer un auteur à se trouver lui-même, la maturité narrative, stylistique, esthétique, venant de livre en livre. La SF n'a plus d'autonomie (ou, à tout le moins, des auteurs comme Colin ne doivent plus lui en donner ou lui en reconnaître une), elle n'est qu'apéritive, préparatoire. Propédeutique à la vraie littérature, celle qui vient. La SF souffre donc du syndrome de Jean-Baptiste&amp;nbsp;: elle annonce quelque chose de plus grand qu'elle-même.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Mais la thèse de Fabrice Colin peut, à mon sens, être expliquée, ou prolongée, et ce, justement, en reprenant cette idée d'un «&amp;nbsp;lâcher prise&amp;nbsp;». Lâcher prise, se laisser porter, envahir, plutôt que lâcher prise au sens d'abandonner le combat rhétorique entre pro-SF et anti-SF sur les forums. L'expérience littéraire clé qu'à mon sens Colin vise, c'est la submersion, ou l'immersion totale, la déprise de soi, ou encore ce que je nommerai, en hommage à Ursula Le Guin, la «&amp;nbsp;troisième dépossession&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Expliquons un peu les choses, nous allons voir que les idées s'enchaînent naturellement en la matière.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Dans &lt;i&gt;Les Dépossédés&lt;/i&gt;, Ursula Le Guin expose les deux formes de dépossession&amp;nbsp; économico-politique de soi que l'individu doit subir à notre époque&amp;nbsp;: celle de l'individualisme égoïste anti-égalitariste forcené (bref&amp;nbsp;: l'individu coupé du milieu et de la genèse qui l'ont formé), et celle du collectivisme dirigiste furieusement égalitaire (le milieu purgé de toute individualité résiduelle). Dépris d'eux-mêmes, privés d'eux-mêmes, de leur couple et de leurs enfants, les personnages du roman de Le Guin en viennent à rechercher, selon les mots explicitement proférés dans le roman, la «&amp;nbsp;chance&amp;nbsp;» et la «&amp;nbsp;grâce&amp;nbsp;», bref, ce qui les sauverait d'une telle dépossession.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Or le geste esthétique de Le Guin, et il est le même que celui de Thomas Pynchon par exemple, consiste à proposer au lecteur l'horizon d'une autre forme de dépossession, d'abandon serein à autre que soi, sans se perdre soi. Les mystiques chrétiens ont nommé cela &lt;i&gt;Gelassenheit&lt;/i&gt; : abandon serein et exultant à la vie même, à un milieu qui nous excède, qui nous submerge. Cette expérience est une dépossession, en ce qu'on y est emporté, c'est une dépossession non plus économico-politique, mais esthétique. Elle consiste à reconnaître, en le vivant, en l'expérimentant au plus profond de soi, que l'on n'existe comme individu que lié à un milieu primordial, immense, océanique, qu'on n'existe que porté et poussé dans le dos par les grandes vagues de la vie. La mise en scène de la disparition de l'homme, dans &lt;i&gt;L'arc-en-ciel de la gravité&lt;/i&gt;, les luttes effrénées de Jack Flash contre toute forme de pouvoir dans &lt;i&gt;Velum&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Encre&lt;/i&gt; de Hal Duncan, tout cela commence par la reconnaissance d'un fond primordial d'être immense (le Velum, justement, mais aussi Londres, l'Afrique noire, et tant d'autres lieux dans le livre de Pynchon), présupposent ce fond premier d'être, et de vitalité&lt;a href=&quot;#_ftn1&quot; name=&quot;_ftnref1&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt;. Nous venons de plus loin que nous-mêmes, et l'avoir oublié est ce qui rend nécessaire la dépossession esthétique, la reconnaissance que nous ne saurions à nous seuls, nous suffire à nous-mêmes. Geste d'humilité, d'humiliation, et geste que Fabrice Colin avait su accomplir en parlant, avec &lt;i&gt;La Route&lt;/i&gt; de McCarthy, de mise en scène d'un «&amp;nbsp;immémorial&amp;nbsp;». Ce faisant, Colin se rapproche à mon sens de la théorie de l'individu développée par Michel Henry dans ses essais et son roman &lt;i&gt;L'amour les yeux fermés&lt;/i&gt; : l'individu n'existe que provenant d'un fond qui le précède, et articulé à ce fond, dont il se coupe illusoirement&lt;a href=&quot;#_ftn2&quot; name=&quot;_ftnref2&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt;. Colin n'en reprendra sans doute pas l'argumentaire chrétien, mais il retrouve, à mon sens, cette expérience, et c'est là ce qui est significatif.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;A présent, commentons le contexte du papier de Fabrice Colin. Ce papier constitue une forme de réponse, ou de réaction de circonstance, à la série de points de vue qui ont été exposés sur la science-fiction d'aujourd'hui,&amp;nbsp;sa nature, sa spécificité, et les possibilités de sa diffusion à un public plus large qu'il ne l'est actuellement&lt;a href=&quot;#_ftn3&quot; name=&quot;_ftnref3&quot;&gt;[3]&lt;/a&gt;, sur le forum d'ActuSF, suite à la parution de l'anthologie dirigée par Serge Lehman. Nous avons été un certain nombre, parmi lesquels, donc, Colin, mais aussi Daylon, moi-même, et d'autres à qui je laisse le soin d'exposer eux-mêmes leur accord avec ce que je vais avancer ici même, à nous interroger sur ce qu'on peut bien caractériser comme une crispation identitaire d'une certaine SF française, auteurs et lecteurs inclus. Cette crispation a pris plusieurs formes.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;D'abord, comme toutes les mises en avant excessives d'identités pourtant largement plus reconstruites artificiellement qu'héritées de longue date, elle a pris la forme de reproches adressés à la prétendue incompétence des autres, à savoir, ici&amp;nbsp;: de la presse littéraire et du lectorat SF. Eh oui, on n'a jamais assez lu, on est toujours trop ignorant de la SF pour prétendre l'aimer, a fortiori pour pouvoir la défendre adéquatement auprès de ceux qui n'en lisent pas encore&lt;a href=&quot;#_ftn4&quot; name=&quot;_ftnref4&quot;&gt;[4]&lt;/a&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Ensuite, cette crispation a été d'ordre esthétique. Qu'on prétende toujours faire mieux que d'autres l'exact départ entre ce qui est de la SF et ce qui n'en est pas, voilà un jeu vieux comme l'histoire de la SF elle-même, et de bonne guerre. Par contre, se croire autorisé à pointer la vacuité, l'esthétisme gratuit de tel ou tel texte de l'anthologie Retour sur l'horizon lors même qu'on a reconnu d'abord que ce n'était pas de la SF, et ensuite qu'on a pourtant lu ces textes avec une grille de lecture adaptée uniquement à la SF, cela relève sans doute de la mauvaise foi. &amp;nbsp;«&amp;nbsp;Ce qui reste du réel&amp;nbsp;»/ «&amp;nbsp;Effondrement partiel d'un univers en deux jours&amp;nbsp;» (Colin/Werner), «&amp;nbsp;Penchés sur le berceau des géants&amp;nbsp;» (Daylon), «&amp;nbsp;Pirate&amp;nbsp;» (Mahéva Stephan-Bugni), «&amp;nbsp;Je vous prends tous un par un&amp;nbsp;» (David Calvo), «&amp;nbsp;Hilbert Hôtel&amp;nbsp;» (Xavier Mauméjean), autant de nouvelles qui ne sont pas de la SF, ou à tout le moins une certaine SF historiquement et esthétiquement circonscrite, mais auxquelles on a semblé réclamer une émotion SF, un message SF (de préférence sociopolitique ET orienté, il faudra y revenir), pour conclure à leur vacuité, ou à la frustration que provoquerait leur lecture. Le vice logique est patent.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Enfin, la troisième forme de crispation que l'on pourrait relever est la réception même qui a été faite à la préface de Serge Lehman. Cette préface ne prenait personne en traître&amp;nbsp;: il y a longtemps que le curieux, soucieux d'approfondir la réflexion sur la SF, pouvait lire, ou prendre connaissance, des textes de théorie de Lehman&amp;nbsp;: La physique des métaphores, La légende du processeur d'histoires, Par-delà le vortex... Lehman, dans cette préface, ressaisit un parcours qui a déjà une décennie d'âge, et expose une thèse forte&amp;nbsp;: après la crise philosophique engendrée par les philosophies du soupçon (principalement, selon Lehman, Freud et Nietzsche, mais Marx n'est pas très loin non plus), la branche non vérifiable empiriquement de la philosophie, à savoir la métaphysique, s'est continuée, en s'exportant, par la science-fiction, de manière souterraine, inavouée, préférant l'image et le monde imaginaire au concept et au système intellectuel clos&lt;a href=&quot;#_ftn5&quot; name=&quot;_ftnref5&quot;&gt;[5]&lt;/a&gt;. Et Lehman de conclure sur ce qu'il tente depuis quelque temps d'approcher sous la catégorie de l' « événement&amp;nbsp;», comme réunion du sujet et de l'objet, dépassement de leur opposition.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Cela signifie plusieurs choses. La ligne théorique, ou le site intellectuel depuis lequel Lehman tente de penser la SF, n'est pas la SF elle-même, ni la science. C'est la philosophie elle-même. Premier péché.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Deuxième péché&amp;nbsp;: avec cette histoire saugrenue d'événement, Lehman s'interdit tout simplement tout militantisme&lt;a href=&quot;#_ftn6&quot; name=&quot;_ftnref6&quot;&gt;[6]&lt;/a&gt;, lequel suppose des convictions, donc une façon d'opposer idéal et réel, pensée et monde, conscience et chose, sujet et objet, que la catégorie d'événement rend impossible. F.A.U.S.T. est loin, et dans «&amp;nbsp;Appel d'air&amp;nbsp;», l'anthologie anti-Sarko de la SF française des années 2000, Lehman n'avait pu se résoudre à donner son propre avis en politique, préférant botter en touche et tacler amicalement Damasio. Si l'on voulait reprendre l'idée de dépossession exposée plus haut, on verrait qu'elle concerne également Lehman&amp;nbsp;: l'individu, conscient que l'individuation totale ne saurait aboutir, peut s'abandonner à l'expérience d'une fusion «&amp;nbsp;parachronique&amp;nbsp;» entre lui-même et le monde, entre son présent de vivant et la mort qui n'en finit pas de venir.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Le premier péché mérite d'être explicité. Il est perçu comme péché uniquement dans la mesure où le critère, ou la norme, de toute réflexion réussie sur la SF, et surtout sur le monde quand on est auteur de SF, semble être la clarté scientifique. Cette clarté que l'on trouve dans les énoncés des physiciens (encore qu'il ne faille pas gratter trop loin dans la physique quantique, on y trouverait nombre de choses fort peu acceptables pour le positiviste de base). Or, on le sait, la philosophie ne propose pas des énoncés «&amp;nbsp;scientifiques&lt;a href=&quot;#_ftn7&quot; name=&quot;_ftnref7&quot;&gt;[7]&lt;/a&gt; ». Ils sont invérifiables par la science, ne peuvent pas être soumis aux mêmes vérifications ou tests qu'une théorie scientifique, puisque parfois ils servent de substructure conceptuelle, de vivier d'idées, pour formuler celle-ci, et que, parfois aussi, ils s'affranchissent totalement de tout rapport d'innutrition ou de corrélation à la science, prétendant permettre d'aborder efficacement et adéquatement ce que la science ne peut pas décrire ni expliquer.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Mais au lieu de reconnaître ces faits, nettement avérés dans l'histoire de la pensée, on préfère dénigrer les mots compliqués de la philosophie, son jargon (qui en réalité n'est, le plus souvent, que les mots techniques, précisément définis, qui permettent de penser quelque chose en évitant, dans le fil du raisonnement, les amphibologies, et d'éviter les flottements sémantiques du langage naturel, qui, contrairement à l'idée reçue, est tout sauf clair et univoque, ce que l'on sait depuis Aristote au moins), la démesure et la vacuité des questions qu'elle pose. Qu'elle pose &lt;i&gt;conceptuellement&lt;/i&gt; la question de Dieu ou de l'âme, on lui reprochera de n'avoir pas assez renoncé à son héritage théologique (et c'est d'ailleurs ce qui est reproché à Lehman et à sa préface, puisqu'on réduit successivement et de façon erronée la métaphysique à la théologie rationnelle, et la théologie rationnelle à la théologie révélée des religions du Livre, pour pouvoir, au prix de falsifications conscientes de la thèse de Lehman, lui reprocher d'être un peu trop branché mythologie et halluciné par l'ésotérisme)&amp;nbsp;; qu'elle pose la question de la mort, on lui rétorquera que les séparations d'atomes n'ont pas à être redoutées&amp;nbsp;; qu'elle pose la question du sens, on dénoncera toutes les hypostases qui font croire aux métaphysiciens rêveurs que la matière puisse avoir la moindre valeur, que le meilleur de l'homme n'est pas uniquement ses fonctions nutritives et reproductives.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Bref, on maquillera une paisible occultation de plus de 2500 ans de pensée - occultation consciente ou non, selon le degré d'ignorance et de duplicité des uns et des autres face à la philosophie - derrière une resucée pénible et sèche du rasoir d'Ockham, et l'ambition wittgensteinienne de ne faire de la philosophie désormais qu'un instrument de clarification du langage et de déflation des faux problèmes drainés depuis trop longtemps par la philosophie ancienne pré-&lt;i&gt;linguistic turn&lt;/i&gt;. Mais le rasoir d'Ockham, qui recommandait de ne pas multiplier plus que nécessaire les entités, était moins ennuyeux que la méfiance goguenarde envers la philosophie qui semble affecter la science-fiction française. A un point tel qu'on pourrait à peine lui opposer la pensée de Serge Lehman&amp;nbsp;: avancer l'hypothèse d'un processeur d'histoires lui-même trans-historique, ce n'est pas surajouter aux faits un être suprême relevant d'une vision théologisée de l'histoire et de la littérature. C'est rendre compte efficacement d'un effet de ce qui s'identifie comme une structure, un dispositif constant à travers les âges... Et il faut ajouter que poser la question de la divinité comme Lehman l'a parfois fait témoigne surtout d'une souplesse d'esprit, d'une disponibilité à toutes les facettes de l'existence humaine, qui est nécessaire. Penser l'humain en considérant que le religieux n'est qu'un symptôme, donc l'inessentiel et l'erroné qu'il y a en l'homme, c'est tout à la fois réducteur et, surtout, indémontrable.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Ainsi pourrait-on rétorquer qu'appauvrir les questions n'est pas les clarifier, mais les nier. Que faire primer le militantisme politique (de préférence à gauche, mais à droite ce ne serait pas brillant non plus) sur l'interrogation de fond sur l'existence, la mort, le sens, relève de la même occultation que celle opérée jadis par l'obscurantisme religieux envers la science et l'immanence même du monde. Or l'occultation d'une partie du réel, ou de l'être, ne signifiant en rien qu'on réussira à penser adéquatement le reste, donnons au minimum, à des perspectives théoriques comme celle de Serge Lehman, foisonnante, proliférante, alliant très consciemment concepts et images, entendement et imagination (pour reprendre l'opposition citée par Lardreau), le bénéfice du doute. La pensée est un monde leibnizien&amp;nbsp;: plus elle recèle de diversité, meilleure elle est, prise dans sa globalité. C'est ainsi qu'on ne saurait se satisfaire de la pensée du voile Maya qui n'est rien d'autre que la prise en charge d'une vacuité indépassable, censée justifier un réductionnisme physicaliste qui rappelle furieusement le bien moins exotique positivisme logique du Cercle de Vienne. Et qu'on ne peut qu'apprécier, après avoir vu vide de toute présence le trône de Dieu dans &lt;i&gt;Vélum&lt;/i&gt;, de voir ressurgir par moment, dans &lt;i&gt;Encre&lt;/i&gt;, la possibilité d'une libération de l'Absolu enserré dans l'encre avec laquelle on a écrit sur le Velum, et donc la renaissance de Dieu.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Le diptyque de Hal Duncan, le &lt;i&gt;Livre de toutes les heures&lt;/i&gt;, constitue d'ailleurs un moment pivotal, en France, dans le milieu de l'Imaginaire. Publiée par le meilleur éditeur français actuel d'Imaginaire, Gilles Dumay, cette œuvre est révélatrice à de nombreux égards, et notamment si l'on choisit de la lire en regard de l'autre grand chef d'œuvre publié par Dumay en Lunes d'Encre&amp;nbsp;: &lt;i&gt;Spin&lt;/i&gt;, de Robert Charles Wilson. Comparons.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Dans &lt;i&gt;Spin&lt;/i&gt;, au fond, qui a été largement accueilli comme un bijou par tous les amateurs avertis de SF, et à juste titre, on se situe encore dans le dispositif intellectuel que Lardreau avait su formaliser dans &lt;i&gt;Fictions philosophiques et science-fiction&lt;/i&gt;. La théorie rend compte du monde, mais le barre également, puisqu'elle ne peut qu'employer les mots, qui font mur face au réel, et nous empêchent d'y accéder, tout en conjurant, par leur permanence, la syncope des choses (à peine apparue, une chose disparaît, et ne peut être maintenue dans la permanence et dans la pensée que par le discours, lequel devient alors l'objet propre de la philosophie). Théorie et réel sont séparés, et il y aura toujours entre eux un écart irréductible, parce que principiel. L'absolu est donc inaccessible. Cela signifie que seuls des scientifiques, dans &lt;i&gt;Spin&lt;/i&gt;, seront en mesure de comprendre la nature des Hypothétiques&amp;nbsp;: vaste entité de bactéries inorganiques organisant l'univers en vue de permettre leur propre survie et peut-être celle d'un genre humain appelé à terme à disparaître ou à devenir des bactéries. Réduction physicaliste de l'absolu, ou de ce qui aurait pu prendre le visage du divin, à des atomes de matière organisés en vaste entité collective.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;On le voit, la problématique du livre est celle d'une SF passée, et encore vivace&amp;nbsp;: l'opposition irréductible entre individu et collectif. Les Hotchkiss d'Heliot, les Noctivores de Beauverger&lt;a href=&quot;#_ftn8&quot; name=&quot;_ftnref8&quot;&gt;[8]&lt;/a&gt;, l'opposition du Cygne et de l'Aigle d'Yves et Ada Rémy... et tant d'autres exemples, nous montrent que la SF a souvent fait primer cette interrogation, qui est de nature principalement politique,&amp;nbsp;et pose au fond la question des théoriciens du contrat politique&amp;nbsp;: comment ordonner le multiple à l'Un, comment articuler les multiplicités individuelles à un projet politique unitaire&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Wilson est génial en ce qu'il ne cède pas au scientisme, et expose, tout au long des errances religieuses hallucinées de certains de ses personnages, la voie d'un salut par le sentiment religieux, autre réponse possible à la question des devenirs de l'individu et du collectif. Dans le religieux, il y a de l'erreur, Wilson le montre bien, mais il y a aussi du beau, qui ne peut être effacé ou oublié à bon compte.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Mais il manque quelque chose. Le rapport à l'absolu, on l'a dit, est rendu impossible par l'écart entre théorie et réel, ou entre carte et territoire. Mais surtout&amp;nbsp;: dans &lt;i&gt;Spin&lt;/i&gt;, le mal n'existe pas. Les Hypothétiques sont neutres, ils ne sont ni bons ni mauvais, et la négativité se laisse surmonter en faisant finalement route vers Port Magellan à la fin du récit.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Or souvenons-nous de la mission véritable que Lardreau avait assignée à la science-fiction, en considérant que la philosophie était devenue incapable de s'acquitter d'une telle mission&amp;nbsp;: affronter le mal, le penser, lui faire une place dans la pensée humaine, après le siècle des génocides. La science-fiction est fille américaine de la mauvaise conscience du génocide indien, relevait Lardreau, en ajoutant que seule l'œuvre d'un Thomas Disch, par exemple, lui semblait à même de prendre la mesure de la Shoah.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;On peut discuter de la pertinence des thèses de Lardreau. Il n'en demeure pas moins que des livres de science-fiction comme &lt;i&gt;Spin&lt;/i&gt; demeurent incapables, par principe, de prendre tout simplement la mesure de l'époque, en ce qu'ils ne font pas une place réelle, c'est-à-dire satisfaisante sur le plan littéraire ou esthétique, au mal, qui est la réalité de notre monde et de notre époque. Il y a trop d'optimisme en eux, comme un résidu encore insuffisamment expurgé d'optimisme progressiste hérité du positivisme et d'une certaine conception extrêmement datée de la science qui voyait en elle le moteur d'un progrès de l'être humain tout entier.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Inversement, dans l'œuvre de Hal Duncan, nous savons immédiatement tout de l'absolu&amp;nbsp;: le réel est un voile, et le dieu mort ou absent s'est finalement laissé enclore dans l'encre avec laquelle on a écrit sur cette peau parcheminée qu'est le réel. Et Dieu pourrait ressurgir de ces tatouages qui ont construit des mondes. Et le Mal, paradoxalement, y reçoit, malgré l'intense jubilation ressentie à lire &lt;i&gt;Velum&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Encre&lt;/i&gt;, la juste place qui est la sienne&amp;nbsp;: cœur de chaos qui mine le Velum, possibilité du meurtre de l'innocent (Thomas Messenger), et agitation frénétique d'un agent du chaos absolu, Jack Flash, pour tenter de contourner le pouvoir, vaincre le mal sans céder aux vertiges de l'optimisme (qui n'est que l'envie de réinstaurer une autre forme de pouvoir, donc de rester soumis)&amp;nbsp;: tout y est. Le chaos du vingtième siècle est décrit en quelques pages au milieu d'&lt;i&gt;Encre&lt;/i&gt;, exactement, sans doute, de la manière que Lardreau avait entrevue et appelée de ses vœux. Mais il se trouve qu'on n'est plus en SF. On est dans une littérature du débordement, de la submersion, de l'excès, de la dépossession absolue, où il faut se laisser emporter pour adhérer au projet fou de Duncan. Et la SF n'est plus qu'un moyen de parvenir à une expérience littéraire du Mal et de la joie pure, plus vaste&amp;nbsp;; certaines scènes d'Encre ont recours à l'attirail SF typique&amp;nbsp;: ornithoptères de miliciens traquant des rebelles dans une ville du futur, space opera avec empire galactique, mais ce n'est justement qu'un recours, et non une fin en soi.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Ainsi Dumay, à mon sens, a-t-il pu mettre en scène dans sa collection une jonction intéressante, entre un genre qui est en route depuis longtemps, la SF, et produit encore des chefs d'œuvre, mais dans lesquels il ne faut plus forcément espérer voir progresser la pensée, c'est-à-dire voir apparaître de nouvelles questions, et l'avènement d'œuvres hors normes, qui intègrent toutes les imageries déjà en place pour mieux les dépasser, repensent la nature de l'individu, défini et mis en scène non comme opposé au collectif mais comme provenant de plus loin et allant plus loin que lui-même, et suscitent chez le lecteur cette fameuse troisième dépossession que nous avons voulu approcher.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Hasard du calendrier, il se trouve que cette jonction de deux phénomènes historiques - prolongation indéfinie d'une forme esthétique, et naissance d'œuvres hybrides à la fois héritières et salutairement infidèles à leurs prédécesseurs -, se retrouve également dans l'anthologie composée avec soin et virtuosité par Serge Lehman. On en jugera l'importance, par-delà la qualité intrinsèque des nouvelles présentes, à ce que deviendront tous les auteurs qui y figuraient, et à la capacité qu'ils auront, ou non, de nous obliger, les lisant, à céder à la &lt;i&gt;troisième dépossession&lt;/i&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;br clear=&quot;all&quot; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;hr style=&quot;text-align: justify;&quot; size=&quot;1&quot; width=&quot;33%&quot; /&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#_ftnref1&quot; name=&quot;_ftn1&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; J'accole sans discuter précisément de leur association «&amp;nbsp;être&amp;nbsp;» et «&amp;nbsp;vitalité&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: mon papier présente donc un présupposé vitaliste, ou disons, accepte spontanément une ontologie de la vie, qui devrait être argumenté davantage. Disons, pour faire vite, que je le pose parce qu'il reflète assez exactement mon expérience de lecteur, et que c'est de cette expérience que je pars ici.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#_ftnref2&quot; name=&quot;_ftn2&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt; N'oublions pas non plus que nous sommes la génération «&amp;nbsp;Grand Bleu&amp;nbsp;», qui a été, sans doute à tort, vu comme le film de l'individualisme égoïste contemporain. Lorsque Jean-Marc Barr et Jean Reno estiment qu' «&amp;nbsp;on est quand même mieux au fond&amp;nbsp;» (Daylon dirait dans sa nouvelle qu'on est quand même mieux «&amp;nbsp;en haut&amp;nbsp;», avec les géants), on peut certes lire l'égoïsme absolu de deux inadaptés sociaux qui méprisent les gens qui les aiment (Rosanna Arquette), mais on peut aussi préférer y voir cette soif de l'individu de retourner se fondre avec le vrai monde infini dont il se sait provenir, et de s'y laisser submerger à tout jamais. Voyez encore, sur ce point, la magnifique scène d'apnée de Kusanagi dans &lt;i&gt;Ghost in the shell&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;Le Grand Bleu&lt;/i&gt; n'aura été que la version un peu pataude, luc-bessonisée, de cette vérité fondamentale de l'individu.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#_ftnref3&quot; name=&quot;_ftn3&quot;&gt;[3]&lt;/a&gt; Rappelons, pour les distraits qui auraient le mérite de se moquer totalement des ordres de grandeur de ventes, qu'un roman français de science-fiction ou d'imaginaire de qualité qui vend au minimum 1500 à 2000 exemplaires est considéré comme une vente honorable, sinon bonne, en ce qu'elle n'aura pas trop coûté à son éditeur. Présenter des chiffres supérieurs relèvera alors d'un «&amp;nbsp;succès&amp;nbsp;»...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#_ftnref4&quot; name=&quot;_ftn4&quot;&gt;[4]&lt;/a&gt; On hésite alors à avouer à ces doctes des superdestroyers et du langage klingon à quel point notre propre pratique de professeur de lycée nous mène à constater à quel point l'imagerie SF semble devenue ringarde aux yeux des jeunes de maintenant, qui certes ne lisent guère, mais héritent tout de même parfois d'une méfiance salvatrice envers une imagerie qui a fait son temps...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#_ftnref5&quot; name=&quot;_ftn5&quot;&gt;[5]&lt;/a&gt; Qu'on apprécie alors, d'autant plus, la petite pique initiale de Fabrice Colin sur la méthode Coué de ceux qui n'en finissent jamais de proclamer la mort de tout en général, et de la pensée conceptuelle et systématique en particulier. Pour notre part, nous leur recommandons, à titre de remède contre la connerie autosatisfaite, l'humiliation intellectuelle à la fois bénigne et salvatrice qui consiste à rentrer dans la librairie Vrin, place de la Sorbonne. Voire, pour les moins laïcards, à pousser jusqu'à la Procure, en face de Saint-Sulpice. On y verra que le cadavre bouge encore vigoureusement.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#_ftnref6&quot; name=&quot;_ftn6&quot;&gt;[6]&lt;/a&gt; C'est ce qui explique que Lehman est sans doute le seul auteur et penseur de SF français qui pouvait continuer, en décrivant le paysage SF actuel, à faire une place, même minime, même légèrement ironique («&amp;nbsp;&lt;i&gt;ad majorem Dei Gloriam&lt;/i&gt; »), à l'œuvre chrétienne anticipatrice, inspirée par Dick, de Maurice G. Dantec. Tout simplement parce qu'il a continué, par-delà de possibles (et même fort probables, mais peu importe) désaccords politiques et idéologiques, à &lt;i&gt;le lire&lt;/i&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#_ftnref7&quot; name=&quot;_ftn7&quot;&gt;[7]&lt;/a&gt; Même si les grands philosophes ont souvent espéré, prenant la plume, inventer la science dernière qui permettrait d'en finir avec le non-savoir constitutif qui rend nécessaire la philosophie... De la dialectique platonicienne à la phénoménologie, la philosophie, en se rêvant science première et dernière, a transformé l'idée même de science, rendant possible, à partir de Descartes, cette science mathématisée, rationalisée, qui est celle que nous connaissons ou croyons connaître aujourd'hui. Quand la science-fiction se dit fille rêveuse de la science, elle reconnaît surtout, si elle est de bonne foi, être la petite-fille de la philosophie.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#_ftnref8&quot; name=&quot;_ftn8&quot;&gt;[8]&lt;/a&gt; La trilogie du Chromozone de Beauverger avait recueilli un succès principalement d'estime. C'était de la SF classique, au fond, reprenant l'opposition individu/collectif, et résolvant par le collectif le problème du rapport au père. &lt;i&gt;Le Déchronologue&lt;/i&gt;, qui n'est pas un roman de SF, et qui ne porte pas principalement sur cette opposition, vient de recevoir le GPI. L'Imaginaire serait-il en train de renouveler ses problématiques, ses interrogations...&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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<title>La magie entre la pensée et le monde: Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski et Jonathan Strange &amp; Mr Norrell de Susanna Clarke</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (Systar)</author>
<category>Science-fiction</category>
<pubDate>Sun, 06 Sep 2009 18:17:00 +0200</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://systar.hautetfort.com/images/gagnerlaguerre.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;!--[if gte mso 9]&gt;&lt;xml&gt; &lt;w:WordDocument&gt; &lt;w:View&gt;Normal&lt;/w:View&gt; &lt;w:Zoom&gt;0&lt;/w:Zoom&gt; &lt;w:HyphenationZone&gt;21&lt;/w:HyphenationZone&gt; &lt;w:Compatibility&gt; &lt;w:BreakWrappedTables /&gt; &lt;w:SnapToGridInCell /&gt; &lt;w:ApplyBreakingRules /&gt; &lt;w:WrapTextWithPunct /&gt; &lt;w:UseAsianBreakRules /&gt; &lt;w:UseFELayout /&gt; &lt;/w:Compatibility&gt; &lt;w:BrowserLevel&gt;MicrosoftInternetExplorer4&lt;/w:BrowserLevel&gt; &lt;/w:WordDocument&gt; &lt;/xml&gt;&lt;![endif]--&gt;&lt;!--[if gte mso 10]&gt; &lt;mce:style&gt;&lt;!    /* Style Definitions */  table.MsoNormalTable         {mso-style-name:&quot;Tableau Normal&quot;;         mso-tstyle-rowband-size:0;         mso-tstyle-colband-size:0;         mso-style-noshow:yes;         mso-style-parent:&quot;&quot;;         mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;         mso-para-margin:0cm;         mso-para-margin-bottom:.0001pt;         mso-pagination:widow-orphan;         font-size:10.0pt;         font-family:&quot;Times New Roman&quot;;         mso-fareast-font-family:&quot;Times New Roman&quot;;}  --&gt;&lt;!--[endif]--&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: times new roman,times;&quot;&gt;Dans le sillage de l’excellent &lt;i&gt;Gagner la guerre&lt;/i&gt; de Jean-Philippe Jaworski, j’ai continué à lire des romans construits à partir de l’hypothèse de l’efficience de la magie ou de la sorcellerie.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: times new roman,times;&quot;&gt;Ainsi, &lt;i&gt;Jonathan Strange &amp;amp; Mr Norrell&lt;/i&gt; de Susanna Clarke a-t-il constitué une lecture fleuve pour cette fin d’été, et a occasionné quelques rapides réflexions.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: times new roman,times;&quot;&gt;Si l’on reprend les éléments distinctifs avancés par Guy Lardreau dans son &lt;i&gt;Fictions philosophiques et science-fiction&lt;/i&gt;, on peut faire le départ entre science-fiction et (ce qu’on appellerait aujourd'hui) fantasy selon qu’il existe, à l’origine de l’œuvre, un mur séparateur entre monde et connaissance, ou non. La science-fiction la plus audacieuse n’aura jamais l’audace ultime d’affirmer ne plus se baser sur la moindre théorie, donc n’avoir plus le moindre écart par rapport au monde, audace que la fantasy, ou disons les romans incluant l’efficience de la magie dans leur trame, s’offrira joyeusement.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: times new roman,times;&quot;&gt;Dire qu’en science-fiction il y a encore de la théorie, c'est dire que la théorie n’est pas le monde.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: times new roman,times;&quot;&gt;Dire qu’en romans basés sur la magie, il n’y a plus de théorie, c'est dire que la théorie s’est fondue dans le monde, dans sa structure la plus profonde, et que la théorie ultime de tout ce qui est, à savoir ce qu’en philosophie on appelle plus ou moins précisément l’ontologie, n’est rien d’autre que la magie.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: times new roman,times;&quot;&gt;Exemple flagrant&amp;nbsp;: dans &lt;i&gt;Gagner la guerre&lt;/i&gt;, au beau milieu d’un déluge de scènes magnifiques, d’intrigues de palais toutes florentines, le tout illuminé par un style d’une justesse et d’une fluidité confondantes, on voit surgir une explication sur le fonctionnement de la magie qui sollicite la notion de plérôme, fait intervenir des hypothèses d’interaction quasi universelle entre tous les étants, définit la «&amp;nbsp;magie&amp;nbsp;» en termes d’harmonie. Bref&amp;nbsp;: on est d’emblée immergé dans l’Absolu, avec lequel on a couramment commerce (Sassanos et la sorcière tout spécialement), le vocabulaire employé renvoyant à la théologie, et à une théologie positive. Jamais l’Absolu ne s’enfuit, ne se voile, ne s’érode réellement. C'est là ce qui pose bien problème: la fantasy peut-elle dès lors avoir le sens de l’Histoire, si jamais celle-ci, au regard de la théologie d’origine chrétienne dont les principes généraux de la fantasy s’inspirent souvent en les mélangeant à des croyances et à des pratiques païennes, raconte bien plutôt la dispersion, la fuite, le voilement irrémédiables de l’Absolu, son éviction définitive hors de ce monde&amp;nbsp;? Qu’un roi puisse faire retour, comme dans Le Seigneur des Anneaux, que l’origine de tout pouvoir (et donc de tout désir, selon un lien eidétique entre pouvoir et désir que le même Guy Lardreau, avec Christian Jambet, médita brillamment jadis dans &lt;i&gt;L’Ange – Une ontologie de la révolution&lt;/i&gt;) puisse être redonnée, cela ne marque-t-il pas l’absence d’historicité, ou la fin de l’Histoire&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: times new roman,times;&quot;&gt;En tout cas, et en attendant de prolonger plus finement et plus puissamment les ébauches de réponses à ces questions, le lien tissé par la magie entre connaissance et action, théorie et pratique, lien qui signifie aussi la mort de la philosophie, et la mort de la &lt;i&gt;question&lt;/i&gt; comprise comme rapport au monde ayant en soi ses lettres de noblesses. Il demeure du mystère, mais ce mystère n’est pas questionné. Les miroirs ne servent plus tant à nous renvoyer l’énigme insondable de notre propre moi (psyché) qu’à espionner le monde, donc à s’y connecter de manière purement transitive, pratique, immédiate, par un mouvement d’intentionnalité vers le monde qui emporte tout avec lui. Et lorsque le héros, Benvenuto Gesufal, se voit proposer, à un moment crucial de l’intrigue, d’apprendre enfin qui il est, c'est-à-dire ce qui est arrivé à son père autrefois, dans un accès de rage il refuse de le savoir. Il refuse ce savoir de soi pour, une dernière fois, s’abîmer – s’accomplir et se nier tout à la fois, l’un par l’autre – dans l’action et l’exécution de la mission qui lui est finalement confiée par le Podestat Leonide Ducatore. Pas de réflexivité, pas de spécularité, du fait que les miroirs eux-mêmes ne font plus qu’encourager la vision à être immédiate vision du monde, et non vision de soi. La seule scission réelle avec l’ontologie, avec l’absolu, avec l’être si l’on veut, n’est que la «&amp;nbsp;duplicité&amp;nbsp;» entretenue par les politiques, qui sont les derniers êtres à vouloir encore que, en dépit des règles édictées par l’ontologie propre au monde du Vieux Royaume, le monde soit autre qu’il n’est, et ont besoin, pour assumer cette distorsion entre ce qui est et ce qu’ils veulent, de tricher, de doubler le réel lui-même, de prendre tout le monde de vitesse, en un exercice du pouvoir tout machiavélien, que le personnage de Leonide Ducatore incarne à merveille. Quand la théorie disparaît en se fondant en praxis absolue, c'est-à-dire en magie, alors l’écart entre être et non-être est assumé par la politique. C'est cette loi d’essence que nous pouvons dégager de Gagner la guerre, en attendant de pouvoir la méditer plus avant.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://systar.hautetfort.com/images/strangenorrell.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;!--[if gte mso 9]&gt;&lt;xml&gt; &lt;w:WordDocument&gt; &lt;w:View&gt;Normal&lt;/w:View&gt; &lt;w:Zoom&gt;0&lt;/w:Zoom&gt; &lt;w:HyphenationZone&gt;21&lt;/w:HyphenationZone&gt; &lt;w:Compatibility&gt; &lt;w:BreakWrappedTables /&gt; &lt;w:SnapToGridInCell /&gt; &lt;w:ApplyBreakingRules /&gt; &lt;w:WrapTextWithPunct /&gt; &lt;w:UseAsianBreakRules /&gt; &lt;w:UseFELayout /&gt; &lt;/w:Compatibility&gt; &lt;w:BrowserLevel&gt;MicrosoftInternetExplorer4&lt;/w:BrowserLevel&gt; &lt;/w:WordDocument&gt; &lt;/xml&gt;&lt;![endif]--&gt;&lt;!--[if gte mso 10]&gt; &lt;mce:style&gt;&lt;!    /* Style Definitions */  table.MsoNormalTable         {mso-style-name:&quot;Tableau Normal&quot;;         mso-tstyle-rowband-size:0;         mso-tstyle-colband-size:0;         mso-style-noshow:yes;         mso-style-parent:&quot;&quot;;         mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;         mso-para-margin:0cm;         mso-para-margin-bottom:.0001pt;         mso-pagination:widow-orphan;         font-size:10.0pt;         font-family:&quot;Times New Roman&quot;;         mso-fareast-font-family:&quot;Times New Roman&quot;;}  --&gt;&lt;!--[endif]--&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: times new roman,times;&quot;&gt;Dans &lt;i&gt;Jonathan Strange &amp;amp; Mr Norrell&lt;/i&gt;, un tel primat du politique disparaît. Dès lors, il faudra se demander si l’écart entre monde et homme, entre ce qui est et ce que l’homme voudrait voir être est maintenu, et par quoi, lors même que la magie est elle aussi efficiente, et signifie, une fois encore, la fusion ou l’indistinction régressive entre ontologie et être, entre théorie et pratique.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: times new roman,times;&quot;&gt;Mais d’abord, disons un mot sur la valeur littéraire de ce roman, qui fut tout de même récompensé il y a peu par le prix Hugo. Il s’agit d’un livre déroutant, du fait qu’il paraît de part en part astucieux, élégant, empli de flegme, d’esprit, de générosité et de distanciation toute british, et que pourtant on ne peut s’empêcher de lui trouver des longueurs, sans trop pouvoir dire lesquelles. Voilà donc un livre interminable dont on ne saurait dire ce qu’il aurait fallu lui ôter pour qu’il fût parfait. Une curiosité, inégale, donc, à mi-chemin, au niveau des inspirations thématiques, entre le &lt;i&gt;Songe d’une nuit d’été&lt;/i&gt;, les romans de Jane Austen, le roman gothique…&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: times new roman,times;&quot;&gt;Disparition du primat de la politique comme moteur de l’Histoire, donc. Si l’Histoire raconte l’absence (comme absence de fait, ou comme absentement en cours, et interminable) de l’Absolu, et donc un manque, un creux, un écart, une distorsion entre tous les êtres et le plus haut de tous les êtres, comme entre le monde et entre ce que les êtres de l’Histoire peuvent en savoir, il faut bien expliquer cette absence, cet absentement. Ce qui revient à poser une question simple&amp;nbsp;: qui, ou qu’est-ce qui, fait l’Histoire&lt;a href=&quot;#_ftn1&quot; name=&quot;_ftnref1&quot;&gt;&lt;span class=&quot;MsoFootnoteReference&quot;&gt;&lt;!--[if !supportFootnotes]--&gt;&lt;span class=&quot;MsoFootnoteReference&quot;&gt;[1]&lt;/span&gt;&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; ?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: times new roman,times;&quot;&gt;Dans le roman de Susanna Clarke, la réponse est éminemment littéraire, tant il est vrai qu’au fond, la conclusion de Jonathan Strange &amp;amp; Mr Norrell invite à penser que ce qui fait l’Histoire, ce qui provoque des événements irréversibles, c'est le livre. Certes, notre question initiale – quand il y a magie, peut-il encore y avoir histoire&amp;nbsp;? – est maintenue, tant il est vrai que le nerf du roman consiste en l’accomplissement de la prophétie mise en place, selon le doublet annonce/accomplissement, par John Uskglass, le roi-corbeau, pour orchestrer son propre &lt;i&gt;retour&lt;/i&gt;. Une fois encore, le temps irréversible et dévorateur, le temps tragique, n’existe pas, ou, pour le dire autrement&amp;nbsp;: le temps ne passe pas vraiment, puisque les morts ne meurent pas vraiment, mais peuvent être ramenés à la vie, ou être emmenés dans le royaume féerique. La disparition n’est pas consommation dans le temps, elle est seulement passage à un autre monde, à un autre plan de réalité, à un autre régime d’un unique Absolu, à un autre Royaume.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: times new roman,times;&quot;&gt;Toujours est-il que l’ontologie sous-jacente au livre de Susanna Clarke est basée sur le livre. Ce qui fait être les êtres, c'est le livre, et un livre en particulier&amp;nbsp;: celui qui est tatoué à même la peau de Vinculus, le faux magicien mais vrai prophète.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: times new roman,times;&quot;&gt;En commençant le roman, je crus pouvoir isoler deux figures contradictoires de la magie, donc deux ontologies à l’œuvre, ce en quoi j’aurais retrouvé l’hypothèse forte, gnostique, ou mieux encore&amp;nbsp;: manichéenne, des deux mondes. D’un côté, la magie païenne pratiquée par Norrell et Strange, païenne parce qu’agissant en tentant de se couper de sa source, de la divinité dont elle émane, et de destituer le «&amp;nbsp;roi&amp;nbsp;» ou le Père, John Uskglass (voir l’acharnement avec lequel le sinistre Gilbert Norrell tente d’effacer toute mention de l’ancien roi magicien…), ce qui est l’extrême du paganisme, ou du mensonge de la vie exclusivement intramondaine, si l’on adopte la conception henryenne du Christianisme&lt;a href=&quot;#_ftn2&quot; name=&quot;_ftnref2&quot;&gt;&lt;span class=&quot;MsoFootnoteReference&quot;&gt;&lt;!--[if !supportFootnotes]--&gt;&lt;span class=&quot;MsoFootnoteReference&quot;&gt;[2]&lt;/span&gt;&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;. D’un autre côté, la «&amp;nbsp;magie&amp;nbsp;» de la prophétie, qui structure l’histoire par un envoi, une annonce, et un accomplissement de l’annonce, en quoi consiste le «&amp;nbsp;miracle&amp;nbsp;» pur. Cette deuxième magie, celle du prophétisme, est reconnaissance du passé, donc de l’Histoire, donc de l’origine, et du Père (ou du Roi)&amp;nbsp;; elle aurait été incarnée dans le roman par Vinculus, charlatan aux yeux des magiciens païens, mais détenteur de la Vérité de la prophétie aux yeux de la royauté d’Uskglass (royauté qui aurait incarné, métaphoriquement, le Christianisme, et le pôle théologico-politique dont ce dernier s’est longtemps accommodé, sinon allègrement servi). La dualité aurait alors été des plus classiques&amp;nbsp;: paganisme contre Christianisme. Miracle violant les lois de la nature, contre miracle accomplissant l’histoire inscrite dans la nature.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: times new roman,times;&quot;&gt;En réalité, le roman ne propose pas deux magies, ni donc deux mondes, ou encore deux ontologies. Il y a bien un monisme au commencement de tout, qui réside dans la personnalité de John Uskglass. Quelques rapides indices littéraires en témoignent. Les deux personnages du titre occupent les deux premières parties, mais la troisième qui réunifie l’ensemble porte bien le nom du roi-corbeau, et c'est dans un des derniers chapitres, porteur dans son titre du nom des deux magiciens, qu’on apprend réellement qu’ils ne sont que les éléments d’un plan prophétique plus vaste qui les a prévus, envoyés, pour restaurer la magie en Angleterre (il faudrait d’ailleurs commenter ce point très savoureux qui veut que la magie, qui engage tout de même les lois les plus intimes structurant tout ce qui est, est nationale, ou nationalisée, et qu’à la magie anglaise pluriséculaire répond une absence totale de magie française, ce qui provoque les défaites de Napoléon…). La dualité n’est qu’un mode de distribution de l’Absolu dans le temps, et qu’un dispositif mis en place par l’Absolu même pour recouvrer son entière souveraineté. Le négatif qui pourrait surgir dans le temps, comme un raté issu de ce plan d’ensemble, incarné par le gentleman aux cheveux d’argent devenu incontrôlable et cruel, sera finalement vaincu, et le plan exécuté.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: times new roman,times;&quot;&gt;Ce qui est intéressant, c'est que l’Absolu revient par la langue, le langage, un langage tatoué à même la peau (le parchemin) de quelqu'un&amp;nbsp;: c'est par le Livre (ou le Verbe) que l’Être revient à soi, que s’accomplit la Parousie. Le livre est la clé qui permet à l’Absolu d’être à hauteur de lui-même.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: times new roman,times;&quot;&gt;On est au plus proche (affirmation du primat du Livre) et au plus lointain à la fois (affirmation de la pleine présence de l’Absolu, et d’une possibilité de Parousie effective) de la sagesse juive héritée d’un Edmond Jabès, notamment, et de son &lt;i&gt;Livre des questions&lt;/i&gt;, où le Livre signifie, au mieux, l’absence de Dieu du théâtre de l’Histoire, et la dispersion, et l’évanouissement, de l’Absolu.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: times new roman,times;&quot;&gt;Quand il y a magie, il y a donc une unité primordiale, et la question que je me poserai au fil d’autres lectures de romans du même acabit (à savoir&amp;nbsp;: postulant l’efficience de la magie…) sera nécessairement&amp;nbsp;: toute mise en scène cohérente de la magie, donc de la suppression entre théorie (ou langage) et monde, implique-t-elle nécessairement un monisme, et donc un Absolu qui soit essentiellement présent, quand bien même tout son «&amp;nbsp;drame&amp;nbsp;» (et non sa tragédie) consisterait à revenir, à réaffirmer une présence masquée, jadis cachée, contrariée mais non essentiellement mise en péril&amp;nbsp;? Pour le dire plus vulgairement et avec plus de simplisme&amp;nbsp;: les romans de magie sont-ils forcément réactionnaires&amp;nbsp;? Leur intrigue l’est-elle nécessairement&amp;nbsp;? &lt;i&gt;Le Retour du Roi&lt;/i&gt; de Tolkien fut-il le résumé anticipé de tout ce qui pourrait, ultérieurement, s’écrire à propos de la magie&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: times new roman,times;&quot;&gt;En attendant d’amorcer cette recherche, dont je ne suis pas sûr que la question rectrice soit posée avec toute la précision nécessaire pour l’instant, il reste à réaffirmer ce fait&amp;nbsp;: il y a une littérature qui se pose elle-même comme ontologie pure, en cherchant à supprimer la représentation, la médiation, en niant le fossé, l’écart, entre pensée et monde, entre théorie et être. Ce faisant, dans sa pureté elle n’est même plus une ontologie, tout est affirmé dans une récapitulation finale, dans une grande réconciliation.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: times new roman,times;&quot;&gt;Optimisme implicite, donc&amp;nbsp;: les livres avec des magiciens nous mettent tout de suite au cœur d’une présence, d’un plein, de toutes les possibilités de l’existence. Mais sans doute ne sont-ils authentiquement pertinents, comme l’est &lt;i&gt;Gagner la guerre&lt;/i&gt; bien plus que &lt;i&gt;Jonathan Strange et Mr Norrell&lt;/i&gt;, quand cette régression à un monisme où être = pensée = Absolu = pratique = monde, est retardée, freinée ou niée par l’introduction d’un nouvel écart, d’une nouvelle séparation, comme la politique peut l’être. Sans un tel écart, sans une telle dramatisation, la littérature perd son caractère plausible, et son intérêt&amp;nbsp;: le recours aux «&amp;nbsp;autres mondes&amp;nbsp;» n’est fécond qu’à remettre toujours en scène la dramatique, et le tragique, de &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; monde.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div&gt;&lt;!--[if !supportFootnotes]--&gt;&lt;br clear=&quot;all&quot; /&gt; &lt;hr width=&quot;33%&quot; align=&quot;left&quot; size=&quot;1&quot; /&gt; &lt;!--[endif]--&gt; &lt;div id=&quot;ftn1&quot;&gt; &lt;p class=&quot;MsoFootnoteText&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: x-small;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#_ftnref1&quot; name=&quot;_ftn1&quot;&gt;&lt;span class=&quot;MsoFootnoteReference&quot;&gt;&lt;!--[if !supportFootnotes]--&gt;&lt;span class=&quot;MsoFootnoteReference&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: &amp;quot;Times New Roman&amp;quot;;&quot;&gt;[1]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; Question également posée par le très intime &lt;i&gt;La maison du Cygne&lt;/i&gt; d’Yves et Ada Rémy, lu cet été. Leur réponse&amp;nbsp;: dans la grande lutte immémoriale entre le Cygne et l’Aigle, qui rappelle l’hypothèse gnostique et/ou chère à Lardreau et Jambet des deux mondes, interviennent quelques «&amp;nbsp;Hommes-clés&amp;nbsp;» qui font penser aux «&amp;nbsp;Grands hommes&amp;nbsp;» de Hegel, ceux qui savent sentir le mouvement de l’Esprit qui va achever une époque et en inaugurer une autre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;/div&gt; &lt;div id=&quot;ftn2&quot;&gt; &lt;p class=&quot;MsoFootnoteText&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: x-small;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#_ftnref2&quot; name=&quot;_ftn2&quot;&gt;&lt;span class=&quot;MsoFootnoteReference&quot;&gt;&lt;!--[if !supportFootnotes]--&gt;&lt;span class=&quot;MsoFootnoteReference&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: &amp;quot;Times New Roman&amp;quot;;&quot;&gt;[2]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; Voir sur ce point &lt;i&gt;C'est moi la vérité&lt;/i&gt;, de Michel Henry.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt;
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<title>Les Onze, de Pierre Michon</title>
<link>http://systar.hautetfort.com/archive/2009/07/12/les-onze-de-pierre-michon.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Systar)</author>
<category>Littératures</category>
<pubDate>Sun, 12 Jul 2009 20:51:00 +0200</pubDate>
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&lt;div&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;«&amp;nbsp; &lt;b&gt;- Tu sais peindre les dieux et les héros, citoyen peintre&amp;nbsp;? C'est une assemblée de héros que nous te demandons. Peins-les comme des dieux ou des monstres, ou même comme des hommes, si le cœur t’en dit.&amp;nbsp;&lt;/b&gt;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Les Onze&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;, Pierre Michon, Verdier, 2009, p. 90.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;/div&gt; &lt;div&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;object data=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/x937td_pierre-michon-sur-les-onze_creation&amp;amp;related=1&quot; type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot; height=&quot;381&quot; width=&quot;480&quot;&gt;&lt;param name=&quot;allowFullScreen&quot; value=&quot;true&quot; /&gt; &lt;param name=&quot;allowScriptAccess&quot; value=&quot;always&quot; /&gt; &lt;param name=&quot;src&quot; value=&quot;http://www.dailymotion.com/swf/x937td_pierre-michon-sur-les-onze_creation&amp;amp;related=1&quot; /&gt; &lt;param name=&quot;allowfullscreen&quot; value=&quot;true&quot; /&gt;&lt;/object&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt; &lt;div&gt;&lt;b&gt;&lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/video/x937td_pierre-michon-sur-les-onze_creation&quot;&gt;Pierre Michon sur &quot;Les onze&quot;&lt;/a&gt;&lt;/b&gt;&lt;br /&gt; &lt;i&gt;envoyé par &lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/JYFJYF&quot;&gt;JYFJYF&lt;/a&gt;. - &lt;a href=&quot;http://www.dailymotion.com/fr/channel/creation&quot;&gt;Regardez plus de courts métrages.&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/div&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Pierre Michon évoqué sur Systar&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; text-indent: -18pt; margin: 0cm 0cm 0pt 36pt; mso-list: l0 level1 lfo1; tab-stops: list 36.0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; mso-fareast-font-family: 'Times New Roman';&quot;&gt;&lt;span style=&quot;mso-list: Ignore;&quot;&gt;-&lt;span style=&quot;font: 7pt &amp;quot;Times New Roman&amp;quot;;&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;span dir=&quot;ltr&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://systar.hautetfort.com/archive/2007/04/07/abbes-de-pierre-michon-1-vers-une-ecriture-du-symbole.html&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #800080;&quot;&gt;Abbés &lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;(partie 1)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; text-indent: -18pt; margin: 0cm 0cm 0pt 36pt; mso-list: l0 level1 lfo1; tab-stops: list 36.0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt; mso-fareast-font-family: 'Times New Roman';&quot;&gt;&lt;span style=&quot;mso-list: Ignore;&quot;&gt;-&lt;span style=&quot;font: 7pt &amp;quot;Times New Roman&amp;quot;;&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;span dir=&quot;ltr&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;a href=&quot;http://systar.hautetfort.com/archive/2007/04/08/abbes-de-pierre-michon-2-la-foi-a-l-epreuve-du-devenir.html&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #800080;&quot;&gt;Abbés &lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;(partie 2)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; text-indent: -18pt; margin: 0cm 0cm 0pt 36pt; mso-list: l0 level1 lfo1; tab-stops: list 36.0pt;&quot;&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;img src=&quot;http://lafemelledurequin.free.fr/intervenants/michon/presentation_michon/8.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Il n’est pas inopportun de commencer l’été sur une note triomphale, sur une joie pleine, totale, sur une exultation devant l’absolu descendu directement dans les mots de Pierre Michon.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Des auteurs que j’ai pu rencontrer lors de séances de dédicaces jusqu’à présent, il est sans doute celui qui, par sa présence même, par le corps et par la façon d’être, incarne peut-être le plus la littérature. Tout exprime quelque chose de littéraire en lui, depuis ce corps qui semble ascétique, cette culture venue de l’ancien temps et de l’ancienne école, et cet humour qui lui permet de tétaniser n’importe quel interlocuteur prétendant un peu trop tirer son œuvre dans le sens d’un intellectualisme hors de propos. Quand le patron est là, inutile d’être plus michoniste que Michon.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;C'est qu’il est inutile de vouloir le doubler, les phrases naturellement lâchées et dignes pourtant d’être consignées quelque part sortiront toujours bien assez tôt dans l’entretien public… Ainsi&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;b&gt;Les dieux veulent que l’énergie humaine soit portée à son paroxysme, que ce soit dans le bien ou dans le mal. Ils sont eux-mêmes dépense d’énergie.&lt;/b&gt;&amp;nbsp;» ou encore cette définition de Dieu&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;b&gt;Dieu, c'est le langage quand il épouse le rythme du monde, c'est le langage à son point de surchauffe&lt;/b&gt;&amp;nbsp;», d’où Michon concluait naturellement, lors de cet entretien public mené à Ombres blanches à Toulouse récemment,&lt;span style=&quot;mso-spacerun: yes;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; qu’ «&amp;nbsp;&lt;b&gt;écrire un texte où il ne serait pas question de Dieu ne m’intéresse pas&lt;/b&gt;&amp;nbsp;», ce qui impliquait d’ailleurs qu’à la question de savoir si la littérature, et Dieu lui-même, n’étaient pas vains, Michon pouvait répondre que Dieu, au contraire, s’il se dépense en pure dépense d’énergie, ne se dépense pas en vain pour autant, n’est pas pur gaspillage.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Devant sans doute plus d’une centaine de personnes venues l’écouter, le patron parlait, ne se gênait pas pour signifier qu’il n’avait parfois pas de réponses à des questions trop pointues, ou pour expliquer que la «&amp;nbsp;&lt;b&gt;poche de la chance&lt;/b&gt;&amp;nbsp;» qui émaille son dernier opus, &lt;i&gt;Les Onze&lt;/i&gt;, ne signifie rien de plus que «&amp;nbsp;le coup de bol&amp;nbsp;», et que «&amp;nbsp;&lt;b&gt;c'est une bourse avec toutes les acceptions du mot.&lt;/b&gt;&amp;nbsp;». On est également surpris, en l’écoutant, de trouver que le moment est extrêmement chaleureux, que l’un des plus grands prosateurs français actuels a la simplicité de rire quand il parle de l’absolu, de démystifier une grande partie de l’admiration qu’on lui porte. Il est aussi un grand lecteur, et le plaisir est toujours grand, et révélateur, d’entendre un auteur lire quelques pages de sa propre prose. On se surprend toujours alors à se rejouer le petit mythe de l’accès du lecteur au moment créateur&amp;nbsp;: ainsi donc, voilà comment il entendait sa phrase quand il a estimé qu’elle était parfaite et prête à être publiée… C'est donc ainsi qu’il entend sa propre langue, et qu’il faut à son tour la subvocaliser, pour entrer pleinement dans la musique de cet auteur…&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;On s’en doute&amp;nbsp;: de tels espoirs sont sans doute peu fondés, et Michon, qui a joué au théâtre jadis, met en œuvre le talent et les artifices vocaux du comédien pour recréer, plutôt que restituer, la musique propre à son texte. Il n’en demeure pas moins que du Michon lu par Michon, c'est beau.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;img src=&quot;http://systar.hautetfort.com/images/les-onze.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Ces &lt;i&gt;Onze&lt;/i&gt;, justement. Venons-y. Ils ont quelque chose de triomphal, quelque chose d’une assurance totale dans l’écriture, dans la voie explorée et dans les résultats obtenus au terme de cette exploration. Comme dans les précédents ouvrages, la phrase est parfaite, les choix sont infaillibles, et il y a tout à la fois de l’exultation et un sentiment d’écrasement à lire ces 125 pages, depuis l’ouverture baudelairienne détournée jusqu’à la clôture placée sous le signe d’un Michelet transformé pour les besoins de la fiction. La première phrase donne le ton&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;b&gt;Il était de taille médiocre, effacé, mais il retenait l’attention par son silence fiévreux, son enjouement sombre, ses manières tour à tour arrogantes et obliques – torves, on l’a dit.&lt;/b&gt;&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;D’emblée le jeu de l’ouvrage consistera à parler depuis l’impersonnalité d’un «&amp;nbsp;on&amp;nbsp;» qui nous rappelle ce que nous sommes sensés savoir à propos d’un tableau parfaitement imaginaire qui aurait représenté les onze membres du Comité de Salut public, et depuis la personnalité d’un narrateur ou d’un «&amp;nbsp;guide&amp;nbsp;» qui explique à «&amp;nbsp;Monsieur&amp;nbsp;» ce qu’il faudrait savoir pour tout comprendre d’un tel tableau si on le voyait au Louvre, où Michon le place avec un culot parfait et jubilatoire comme si l’œuvre présumée avait été le joyau du musée qui supplante toutes les autres œuvres dans le cœur des touristes, et avait provoqué l’effroi de Michelet. Tout est toujours jeu, chez Michon, à propos du site depuis lequel l’œuvre parle. On se rappelle de l’inoubliable incipit des &lt;i&gt;Vies minuscules&amp;nbsp;&lt;/i&gt;: «&amp;nbsp;Avançons dans la genèse de mes prétentions.&amp;nbsp;», qui laissait déjà perplexe le lecteur novice en énonciations michoniennes&amp;nbsp;; dans &lt;i&gt;Les Onze&lt;/i&gt; ce sont l’invitation à voir, et l’appel à la mémoire des nations, «&amp;nbsp;Voyez, Monsieur&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;on le sait&amp;nbsp;», notations récurrentes scandant souvent l’ouverture et la clôture des textes successifs de l’ouvrage, qui démultiplient la source de la parole narrative. Qui est cet étrange «&amp;nbsp;Monsieur&amp;nbsp;», que l’on devine contemporain sans arriver à en saisir les traits exacts&amp;nbsp;? L’ancien nom du frère du roi, en période révolutionnaire, devient le nom d’un observateur énigmatique invité à contempler un tableau et un passé censés lui être totalement restitués.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Certaines scènes du livre sont typiquement michoniennes. La boue limousine dont on remplit des hottes pour libérer une voie d’eau renvoie aux travaux titanesques des moines d’&lt;i&gt;Abbés&lt;/i&gt;, à cette lutte contre la terre qui fut longtemps le signe de l’appropriation chrétienne du monde et de sa spiritualisation. Michon semble tenir à cette scène, qui raconte un évidement, un creusement interne à la matière, une sorte de petite «&amp;nbsp;kénôse&amp;nbsp;», qui permet la dépaganisation de lieux obscurs, et leur humanisation. Cette spiritualisation et cette humanisation sont si fortes que, à nouveau comme dans &lt;i&gt;Abbés&lt;/i&gt;, c'est aussi dans ce contexte d’arrachement permanent à l’inertie de la matière terrienne, à l’humus glébeux, que jaillit l’événement pur du désir primal, de la rencontre de la grâce, de la beauté érotique&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;b&gt;Vous y êtes&amp;nbsp;? Vous êtes bien dans la carpe mûre jusqu’au cou&amp;nbsp;? Charriez. Ramassez la terre morte avec les poissons morts dedans. Mangez-en un si le cœur vous en dit, il est à vous, aux mouettes et aux corneilles. Mangez-le. Maintenant, relevez la tête. Voyez là-haut à deux pas la robe d’or, et au-dessus de la robe un regard posé sur vous. Et sous la robe d’or, avec plus de fulgurance, voyez le corps nu de la belle dame. Vous sentez dans vos braies l’émotion immédiate, la divine, l’intense, la seule&amp;nbsp;? Imaginez ceci encore&amp;nbsp;: quoique limousin vous avez vingt ans et la beauté d’un dieu, et dans les bras la vigueur qui vous a permis de respirer jour après jour dans des nuées de moustiques la carpe mûre et n’en pas mourir, comme sont morts la moitié de vos congénères, tombés d’une échelle, étouffés dans la boue, secoués par les fièvres, pas plus que vous n’êtes mort petit, à trois ans dans le puits, à huit ans sous la charrette, à quinze d’un couteau, comme sont morts vos dix frères et sœurs. Sentez votre vigueur, votre beauté, votre chance d’une certaine façon. Car ceci se passe&amp;nbsp;: la belle dame privée d’hommes longtemps vous regarde avec, dans le regard, l’aveur qu’elle a dans ses jupes l’émotion que vous avez dans vos braies. Mais soudain elle regarde ailleurs et ne vous regardera plus, parce que la loi est de fer et que le Père universel veille, et parce que Dieu est un chien. Et si Dieu est un chien, vous avez peut-être licence d’être vous-même un chien à son image, de grimper le talus, de jeter à terre, de trousser et forcer, et de saillir sans façon à la mode des chiens. Et l’enfant qui vous observe (mais cela, vous n’avez pas le temps de le noter), l’enfant qui a tout vu en somme, souhaite passionnément que vous grimpiez ce talus et disposiez de sa mère sous ses yeux. Et c'est ce qu’il craint le plus au monde.&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Vous y êtes&amp;nbsp;? Vous sentez bien le trop de désir et le si peu de justice&amp;nbsp;? Vous portez à même la peau le double masque de l’amour&amp;nbsp;? Vous êtes Sade et Jean-Jacques Rousseau&amp;nbsp;? C'est bien, nous pouvons revenir au tableau. Nous pouvons de nouveau nous tourner vers &lt;i&gt;Les Onze&lt;/i&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Onze Limousins, n’est-ce pas&amp;nbsp;? Onze Limousins drus. Onze barons drus, levés et regardant entrer votre mère jeune et nue dans la salle basse d’un château du marquis de Sade. Onze blondinets coupant des têtes, c'est-à-dire tranchant dans les jupes de leur mère.&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Toute la manière et le nœud problématique de l’œuvre de Michon – élucider le rapport à la mère et à la femme quand le père, réel ou symbolique, n’est pas là – semblent ici condensés. Freud s’y régalerait. Le désir brutal naissant lorsque la tête se relève, la dimension spéculaire introduite par la présence de l’enfant cherchant si sa mère pourrait être désirée par une sorte de père,&amp;nbsp;même quasi animal, le jeu des regards, et de l’absence de regards aussi, enfin l’énigme d’une vie qui a survécu alors que, peut-être, elle ne l’aurait pas dû,&amp;nbsp;et que tout semble avoir été fait pour qu’elle s’achève précocément, tout ceci fait de cette scène l’événement germinatif d’où va naître tout le livre de Michon. Il y aura, dans le fil du texte, bien d’autres considérations sur l’artiste créateur, mais le monde commence, dans &lt;i&gt;Les Onze&lt;/i&gt;, en ces pages qui sont à la moitié du livre et achèvent la première partie.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Le style y est caractéristique&amp;nbsp;: l’adjectif est précis,&amp;nbsp;plus abondant que dans ce qu’un bon goût un peu desséchant trouverait raisonnable, les formules sont parfois doublées, ou réitérées, parfois pour créer à dessein des effets de légère maladresse «&amp;nbsp;terrienne&amp;nbsp;», parfois dans un but d’exotisme ou même d’amusement assumé. Michon a tout fait en même temps&amp;nbsp;: chercher l’apothéose, la réussite esthétique absolue, les grandes orgues de l’épique, et en même temps la petite musique rieuse de l’humour par laquelle, à peine levé le voile sur l’absolu, ou sur une scène originaire, notre facétieux auteur s’empresse de rabattre celui-ci pour repartir de plus belle sur la description de son tableau.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Les Onze&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; &lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;comportent donc une part non négligeable d’autobiographie, mais comme tous les autres textes de Michon, la démarche s’inscrit volontairement dans une réflexion sur la mutation formelle de la prose, et sans doute du roman. Croyant que la forme romanesque a encore une histoire devant elle, Michon a engagé, ou encouragé, depuis longtemps, une mutation de cette forme. Suppression des dialogues, déplacement du support de la fiction, raccourcissement drastique de la longueur même d’un roman moyen, fragmentation de la narration&amp;nbsp;: on connaissait ces procédés, peu à peu mis en place par Michon. Ici, c'est la description esthétique et historique,&amp;nbsp;picturale et génétique, d’un tableau imaginaire, qui est la matricede ce que l’on peut pourtant encore appeler roman, en raison de sa cohérence, de sa tension propre et de son orientation vers la finalité d’un apex qui serait l’expérience même de la visualisation (par hypotypose) du tableau de François-Elie Corentin par le lecteur. Le coup de force est là&amp;nbsp;: le roman n’aboutit à aucun dénouement particulier, mais à une contemplation fictive, par le lecteur, d’un objet inexistant. La narration ne se consume pas dans son acheminement vers une issue, heureuse ou malheureuse, mais au contraire tout ce que la lecture nous aura appris nous est finalement redonné simultanément, et intégralement, à la fin du livre, dans l’expérience même de ces «&amp;nbsp;puissances&amp;nbsp;» qui, comme Michon nous l’explique, prennent sous la plume de Michelet le nom tout simple d’ «&amp;nbsp;Histoire&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;On pourrait commenter lentement, patiemment, les différentes scènes du livre, notamment celle de la commande du tableau, passée en secret, dans la sacristie de l’église Saint-Nicolas-des-Champs. On y décèlerait toutes sortes de choses que le texte de Michon livre déjà de manière très explicite&amp;nbsp;: le motif trinitaire, l’énigme de l’artiste capable de &lt;i&gt;toucher l’absolu sur commande&lt;/i&gt; (puisque ce tableau est censé, plus de deux siècles après sa réalisation, être le plus important du Louvre), la référence à Picasso, aux maîtres italiens, à David. Nous laisserons cette tâche, plombée par un grand risque de paraphrase de ce que Michon a déjà fort bien dit lui-même, à de plus habiles que nous.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Et nous reviendrons, une dernière fois, à ce jeu,&amp;nbsp;qui confine à la virtuosité, du créateur&amp;nbsp;: Michon joue, c'est un joueur invétéré. Il joue avec Dieu, utilisant sur toutes les gammes de nuances possibles le &lt;i&gt;Dio cane&lt;/i&gt; italien, ce «&amp;nbsp;Dieu est un chien&amp;nbsp;», qui est tour à tour l’expression d’une lassitude, d’un sentiment d’injustice, ou au contraire d’exultation face à une merveille de la Création. Il joue avec son propre passé d’homme, sa propre énigme. Et c'est dans ce jeu incessant que sans doute la matière se trouve dépassée, vaincue, et que le rapport au monde s’affranchit du travail. Il y a magie et non effort, jeu et non travail, et la dépense divine d’énergie est d’autant plus intense, et utile, qu’elle va directement à l’essentiel, et qu’elle y va en riant, avec la décontraction d’un enfant&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;b&gt;«&amp;nbsp;Ils ne font rien, car ils travaillent&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: on ne saurait croire plus passionnément que l’on est unique et que le monde est magique, magiquement le jouet d’une seule volonté, n’est-ce pas&amp;nbsp;? On ne saurait croire davantage qu’agir et jouir sont une seule et même chose. On ne saurait être davantage artiste, si vous voulez, comme disent les bonnes gens qui lisent avec attention ce &lt;i&gt;mot d’enfant&lt;/i&gt; dans la petite notice de l’antichambre, au Louvre. On ne saurait mieux illustrer aussi que l’homme individuel est un monstre, comme disaient dans leurs différentes façons Sade et Robespierre. François-Elie fut avec une grande simplicité ce monstre&amp;nbsp;: sa croyance monstrueuse lui donnait plaisir d’être au monde et vigueur en ce monde&amp;nbsp;; avec cette croyance et pour la soutenir, la nourrir, pour qu’elle continue d’être (et du même coup pour que lui-même, Corentin, soit&lt;a name=&quot;_ftnref1&quot; href=&quot;http://www.hautetfort.com/admin/posts/#_ftn1&quot; style=&quot;mso-footnote-id: ftn1;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;MsoFootnoteReference&quot;&gt;&lt;span style=&quot;mso-special-character: footnote;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;MsoFootnoteReference&quot;&gt;&lt;b style=&quot;mso-bidi-font-weight: normal;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: &amp;quot;Times New Roman&amp;quot;; font-size: 11pt; mso-fareast-font-family: SimSun; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-language: ZH-CN; mso-bidi-language: AR-SA;&quot;&gt;[1]&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;), il a fait l’œuvre qu’on sait. Cette croyance devint du doute en chemin, mais elle persista&amp;nbsp;: c'est&lt;span style=&quot;mso-spacerun: yes;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; elle qui l’a fait tenir debout toute sa vie, qui l’a conjointement entravé et poussé aux reins dans ses moindres actes, et que pour finir il a pulvérisée dans &lt;i&gt;Les Onze&lt;/i&gt;, - à moins qu’une fois de plus il ait rusé avec elle, l’ait amadouée en la reniant, ou reniée pour la restaurer, et l’ait secrètement rétablie, méconnaissable.&lt;/b&gt;&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;D’un jeu né d’une croyance enfantine que le travail n’est pas le plus réel qu’il nous soit donné de vivre en ce monde, Michon, jouant sur tout l’éventail des niveaux de langue, du pompeux «&amp;nbsp;&lt;b&gt;difficultueusement&lt;/b&gt;&amp;nbsp;» au très décontracté «&amp;nbsp;&lt;b&gt;glandouille&lt;/b&gt;&amp;nbsp;», qui émaillent son texte ici et là, avance à sauts et à gambades souriantes&amp;nbsp;: tout comme il faut sans cesse ôter de la boue du canal, il faut sans cesse décoincer la langue, y désamorcer toute tentation de grandiloquence, qui ferait basculer l’épique, le plus souvent visé dans &lt;i&gt;Les Onze&lt;/i&gt;, dans la boursouflure et la pompe, y pratiquer par les variations inattendues, les répétitions impromptues, les jeux de sonorités, la parodie de jargon et de redoublements conceptuels philosophiques&lt;/span&gt;&lt;a name=&quot;_ftnref2&quot; href=&quot;http://www.hautetfort.com/admin/posts/#_ftn2&quot; style=&quot;mso-footnote-id: ftn2;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;MsoFootnoteReference&quot;&gt;&lt;span style=&quot;mso-special-character: footnote;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;MsoFootnoteReference&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: &amp;quot;Times New Roman&amp;quot;; font-size: 11pt; mso-fareast-font-family: SimSun; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-language: ZH-CN; mso-bidi-language: AR-SA;&quot;&gt;[2]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;, un allègement salutaire, lui restituer la dimension même d’événement musical pur, d’improvisation rieuse et libératrice. Ainsi la dépense d’énergie des dieux ne se fait pas en vain. Elle emmène vers la grâce.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;C'est ce qui nous a conduit à voir, donc, dans cet ouvrage, l’expression d’une maîtrise totale de son art par notre auteur, et à nourrir l’impression que tout, dans ce texte, trouvait son plein épanouissement et sa récapitulation finale, sa ressaisie ultime, en apothéose&amp;nbsp;: l’énigme creusée de l’enfance à l’ombre d’un matriarcat généreux et de l’absence du père, l’amour de l’Histoire et de l’Occident, du mystère spirituel qui en a structuré de part en part le devenir et qui prend pour nom «&amp;nbsp;christianisme&amp;nbsp;», l’approfondissement des possibilités de la grande langue française, de la langue la plus généreuse, la plus nombreuse, la plus jouissive qui soit, toutes ces lignes dynamiques trouvent ici un point d’accomplissement. Quand le &lt;i&gt;maestro&lt;/i&gt;, à l’image de son peintre, est ainsi au sommet de son art, c'est avec le plus grand plaisir que, grand sourire de midi aux lèvres, nous nous prenons à applaudir au terme de notre lecture.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;div style=&quot;text-align: justify; mso-element: footnote-list;&quot;&gt;&lt;br clear=&quot;all&quot; /&gt; &lt;hr width=&quot;33%&quot; size=&quot;1&quot; align=&quot;left&quot; /&gt; &lt;div id=&quot;ftn1&quot; style=&quot;mso-element: footnote;&quot;&gt; &lt;p class=&quot;MsoFootnoteText&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;a name=&quot;_ftn1&quot; href=&quot;http://www.hautetfort.com/admin/posts/#_ftnref1&quot; style=&quot;mso-footnote-id: ftn1;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;MsoFootnoteReference&quot;&gt;&lt;span style=&quot;mso-special-character: footnote;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;MsoFootnoteReference&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: &amp;quot;Times New Roman&amp;quot;; mso-fareast-font-family: SimSun; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-language: ZH-CN; mso-bidi-language: AR-SA;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;[1]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;C'est vraiment le vœu, ou la prière, ou encore l’ambition, qui traverse l’œuvre de Michon&amp;nbsp;: que par la grâce de la littérature, des êtres surgissent, «&amp;nbsp;soient&amp;nbsp;», comme la dernière page des &lt;i&gt;Vies minuscules&lt;/i&gt;, en manière d’invocation, semblait l’appeler ardemment. Ce surgissement hors du néant, ou cette résurrection, cette victoire sur la mort, sont typiquement ce qu’il est arrivé à Michon d’appeler, dans des entretiens télévisuels, «&amp;nbsp;la métaphysique&amp;nbsp;», qu’il faut relier avec ce que l’auteur, entre deux cuillerées de soupe,&lt;span style=&quot;mso-spacerun: yes;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; nomme également «&amp;nbsp;l’effet de réel&amp;nbsp;» ici&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&quot;http://www.ouvertlanuit.net/lab/zazie.htm&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;http://www.ouvertlanuit.net/lab/zazie.htm&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;/div&gt; &lt;div id=&quot;ftn2&quot; style=&quot;mso-element: footnote;&quot;&gt; &lt;p class=&quot;MsoFootnoteText&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;a name=&quot;_ftn2&quot; href=&quot;http://www.hautetfort.com/admin/posts/#_ftnref2&quot; style=&quot;mso-footnote-id: ftn2;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;MsoFootnoteReference&quot;&gt;&lt;span style=&quot;mso-special-character: footnote;&quot;&gt;&lt;span class=&quot;MsoFootnoteReference&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: &amp;quot;Times New Roman&amp;quot;; mso-fareast-font-family: SimSun; mso-ansi-language: FR; mso-fareast-language: ZH-CN; mso-bidi-language: AR-SA;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;[2]&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt; &lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Interrogé, à Ombres blanches, sur la formulation par laquelle notre peintre est mis en garde contre le fait de «&amp;nbsp;représenter des Représentants&amp;nbsp;», Michon s’est fendu d’une petite sortie mémorable sur la philosophie&amp;nbsp;: il a expliqué qu’il s’était amusé à mettre cela pour faire philosophique, mais que cela n’avait pas grande profondeur philosophique de spéculer sur la représentation de la Représentation, et d’ailleurs, confiait-il, si les journalistes se laissaient prendre à ce piège en y croyant déceler quelque clé capitale de lecture, les véritables philosophes de métier ne se laissaient pas si facilement attraper par des hameçons aussi gros.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoFootnoteText&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Et Michon d’expliquer ensuite que la lecture des philosophes pour elle-même finissait par l’ennuyer, étant trop abstraite, trop éloignée du singulier. A sa décharge, il est vrai que la façon même dont la philosophie parle du singulier ou du propre – elle essaie de ne parler que de cela, au fond, essayant masochistement de le raccorder à l’universel après l’en avoir séparé par l’utilisation même du «&amp;nbsp;concept&amp;nbsp;», qui n’est ni un nom, ni une pure idéalité abstraite, ni une chose – n’est pas singulière, mais générale ou abstraite.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoFootnoteText&quot; style=&quot;text-justify: inter-ideograph; text-align: justify; margin: 0cm 0cm 0pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: small;&quot;&gt;Dieu merci, l’inverse n’est pas vrai, et il ne se trouvera sans doute guère de philosophe sérieux aujourd'hui pour trouver le moyen de s’ennuyer à la lecture de Michon…&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;/div&gt; &lt;/div&gt; 
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<title>Citoyens clandestins &amp; Le Serpent aux mille coupures, de DOA</title>
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<author>noreply@hautetfort.com (Systar)</author>
<category>Polars</category>
<pubDate>Thu, 02 Jul 2009 15:10:20 +0200</pubDate>
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&lt;p&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;img src=&quot;http://systar.hautetfort.com/images/citoyens.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Le dernier opus de DOA, &lt;i&gt;Le Serpent aux mille coupures&lt;/i&gt;, est un texte nerveux, rapide, qui se lit comme la déclinaison périphérique et française de ce que Don Winslow a magistralement décrit dans l’imposante &lt;i&gt;Griffe du Chien&lt;/i&gt;. Au début des années 2000, les narcotrafiquants d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud, face à la saturation du marché américain de la drogue, tentent de conquérir un marché nouveau, extrêmement lucratif&amp;nbsp;: l’Europe. C'est ainsi que quelques gangsters débarquent dans le Sud-Ouest de la France, dans la campagne viticole traversée par le racisme ordinaire, à Toulouse, et croisent le chemin d’un mystérieux motard visiblement rompu dans l’art d’exécuter les importuns.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Pour ne pas déflorer ce bon roman, dont la chute, bien qu’on la devine par moments dans le cours du texte, est parfaitement jubilatoire, n’en disons pas plus, et invitons le lecteur avide de lectures fluides et enlevées à&lt;/span&gt; &lt;a href=&quot;http://www.deezer.com/track/944387&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;se pencher sur ce &lt;i&gt;Serpent&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;DOA est, avec Antoine Chainas, ma belle découverte de ce printemps 2009. Son &lt;i&gt;Citoyens clandestins&lt;/i&gt;, primé par le Grand Prix de littérature policière 2007, est un bijou de construction, de nervosité et, une fois encore, de fluidité. La narration sous formes de courts développements de quelques pages, qui portent en même temps trois ou quatre fils majeurs de l’intrigue – le personnage de Lynx, celui de Karim/Fennec, celui d’Amel Belhimeur… - voués évidemment à s’entrecroiser, à se séparer à nouveau pour finalement converger vers une scène finale magistrale, manifeste une maîtrise romanesque, littéraire et scénaristique remarquable.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;L’intrigue&amp;nbsp;: dans les Balkans, une intervention de soldats français visant à récupérer une arme chimique tourne bizarrement, et la France se retrouve dans la panade&amp;nbsp;: l’arme chimique passe aux mains de terroristes islamistes, juste après le 11 septembre 2001. Dès lors, pour la récupérer, diverses officines chargées de la défense silencieuse des intérêts français se retrouvent lancées à la poursuite de cette arme chimique&amp;nbsp;: services secrets, police, et une mystérieuse organisation privée à laquelle, visiblement, l’Etat sous-traite les opérations les plus sales&amp;nbsp;: la SOCTOGEP. Le meilleur agent de cette société, Lynx, se révèle un bien curieux personnage, formé au parachutisme, au tir de précision, à l’enlèvement, à la torture et à l’exécution discrète de cibles prédéterminées, et qui opère toujours en écoutant de la musique (ce qui constitue une bande-son excellente pour le livre, notamment lors de la scène inaugurale, où Lynx sniper exécute des gangsters&lt;/span&gt; &lt;a href=&quot;http://www.deezer.com/track/921908&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;en écoutant &lt;i&gt;Aucun Express&lt;/i&gt; de Bashung&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;…). Une sorte d’arme absolue humaine qui, on s’en doute, risque à tout moment de devenir incontrôlable, et qui ne semble guère motivé par la fibre patriotique… Un agent des services secrets français, Karim, tente de s’infiltrer dans le milieu djihadiste parisien pour découvrir si et quand les terroristes pensent utiliser l’arme chimique. Une jeune journaliste ambitieuse, Amel Rouvières-Belhimeur, enquête, appuyée par un prestigieux reporter, sur les agissements de tout ce petit monde, et va bientôt trouver, en rencontrant Jean-Loup Servier, un trentenaire mystérieux qui partage son temps entre Paris et Londres, un soutien et une consolation inespérés lorsqu’elle va se trouver dépassée et déçue à la fois par son travail et par sa vie de couple.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Des scènes d’actions ultra-violentes, très visuelles, stupéfiantes de dynamisme, alternent avec des moments «&amp;nbsp;suspendus&amp;nbsp;» où les personnages semblent chercher un apaisement qui ne vient jamais, une minéralité tranquille qu’ils ne trouvent que dans des rencontres épisodiques, fugaces. Je pense à cette scène magnifique où Amel et Jean-Loup boivent du vin blanc à l’aube, non loin des Champs-Elysées, et où Jean-Loup ne trouve l’apaisement qu’en allant découvrir au Virgin Megastore des Champs le dernier album des Doves, dont il écoute&lt;/span&gt; &lt;a href=&quot;http://www.deezer.com/track/3103139&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;la très belle &lt;i&gt;Sea Song&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Tout le choix des musiques du livre manifeste une recherche de grâce, d’une énergie enfin libérée des pesanteurs du monde, que ce soit dans la violence et la torture d’un prisonnier&lt;/span&gt; &lt;a href=&quot;http://www.deezer.com/track/3135028&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;rythmées par &lt;i&gt;l’Out of control&lt;/i&gt; des Chemical Brothers&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;, dans le &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.deezer.com/track/3121718&quot;&gt;Wild is the wind &lt;span style=&quot;font-style: normal;&quot;&gt;de Bowie&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, dont la tonalité résume à elle seule l’existence de Lynx, si ce n’est pas plutôt&lt;/span&gt; &lt;a href=&quot;http://www.deezer.com/track/2193761&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;la &lt;i&gt;Dance of the bad angels&lt;/i&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/a&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Mais nous avons là un livre français, bien français, si jamais nous restreignons le ressort scénaristique de la quête de rédemption à l’art proprement américain. L’apaisement voulu n’est pas un rachat, une demande de pardon, il y a le sentiment du «&amp;nbsp;trop tard&amp;nbsp;» que rien ne viendra reprendre ni transfigurer. Lynx est une sorte de monstre solitaire définitivement incontrôlable parce qu’il n’attend absolument plus rien du monde, mais aussi parce qu’il n’acceptera pas de se sentir lâché, trahi. Tout le roman, si mes souvenirs de lecture sont bons, est émaillé par une sensation dominante&amp;nbsp;: celle de «&amp;nbsp;perdre pied&amp;nbsp;», de sentir que l’existence ne fait fond sur aucun fond premier, que tout ce qui semblait solide se dérobe et perd en consistance, que les alliés n’en sont jamais vraiment, qui entraîne la perte «&amp;nbsp;de tout espoir&amp;nbsp;», perte définitive.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;En cela, ces &lt;i&gt;Citoyens clandestins&lt;/i&gt;, cette expérience de la clandestinité que DOA a mise en scène et déclinée sur plusieurs personnages aux profils très divers, est l’expérience d’une déception&amp;nbsp;: le monde s’enfuit et nous laisse seuls, dans l’abandon, et l’abandon essentiel devient la seule émotion durable qui traverse la vie. L’oxymore du titre du livre relate cet abandon primordial, qui infecte toutes les perceptions du monde des personnages.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Si Le Serpent aux mille coupures filait le thème, déjà largement exploité par Winslow, du «combat perdu d’avance&amp;nbsp;», Citoyens Clandestins, lui, se focalisait sur la solitude, sur le fait de «&amp;nbsp;perdre pied&amp;nbsp;», jusque dans la scène finale du roman, elle aussi époustouflante, dont l’élément aquatique et le motif de la disparition définitive dans un infini aquatique rappellera aux uns les meilleurs passages du &lt;i&gt;Grand Bleu&lt;/i&gt;, aux autres la disparition du prêtre Domenach dans une chute d’eau potentiellement infinie, sous New York, dans les &lt;i&gt;Visages immobiles&lt;/i&gt; de Raymond Abellio.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Lynx est un personnage fabuleux, parce qu’il incarne, tout comme Karim et Amel, la solitude. Pour reprendre en la détournant, la phrase des &lt;i&gt;Ennéades&lt;/i&gt; de Plotin, Lynx est cet être qui «&amp;nbsp;fuit seul vers le Seul&amp;nbsp;», qui s’achemine vers une pure négativité une, sans contenu, sans identité, et s’y achemine à la force de son désespoir. En cela, DOA nous a donné un grand roman, peut-être, sur la négativité pure qui ne se laisse pas consoler, apaiser, transformer par une nouvelle positivité. Le roman creuse, torture, fouille, sonde, mais il ne fait que cela, il ne prépare aucune vie nouvelle à venir.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Est-ce ce point-là du travail de DOA, qui semble rejoindre le personnage de Nazutti du &lt;i&gt;Versus&lt;/i&gt; d’Antoine Chainas, qui a encouragé Baptiste Liger de &lt;i&gt;Lire&lt;/i&gt; à proposer l’étiquette de polar nihiliste pour caractériser l’œuvre de ces deux écrivains et d’autres&amp;nbsp;? Ce n’est pas impossible. Cela ne poserait pas de problème, si le nihilisme voulait vraiment dire la mise en scène réglée, calculée et esthétiquement parfaite, d’une négativité que rien ne vient contrebalancer et renverser en positivité ultime. Mais le nihilisme comme courant de pensée ne signifie pas cela. Il est, historiquement, l’envers du christianisme, il est ce qu’ont affronté les grands écrivains chrétiens souvent catalogués comme réactionnaires (ce qui renforce a fortiori la perplexité du lecteur qui se voit proposer, pour les livres qu’il a aimés, l’étiquette de «&amp;nbsp;polar nihiliste de droite&amp;nbsp;»…). Il s’assimile surtout, à mon sens, à un grand désir d’indifférenciation, de désindividuation générale, d’égalisation ultime des êtres. Rien à voir, donc, avec la démarche esthétique de Chainas ou de DOA, qui proposent des personnages parfaitement individués, traversés par une singularité qui les rend inoubliables au lecteur, et dont la rage d’exister manifeste bien que même le néant et la mort ne leur conviennent pas. On pourrait discuter sur les mots, et l’intuition de lecteur de B. Liger est très intéressante, mais je pense que la dénomination qu’il proposait était un poil trop imprécise.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;La vérité quasi eidétique qui se pourrait déduire de la lecture de Citoyens Clandestins, qui fut pour nous illuminée par la présence du personnage de Lynx, par cette individualité émouvante dans sa lutte contre le monde, mais aussi dans sa lutte contre ce qui nie le monde, pourrait peut-être se dire ainsi&amp;nbsp;: &lt;i&gt;&lt;a href=&quot;http://www.deezer.com/track/2465440&quot;&gt;être seul, c'est être le seul&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. La solitude forge la singularité, l’unicité d’un être. C'est dans l’expérience de l’abandon, de la scission entre l’existence personnelle et le monde désormais impersonnel et hostile, c'est à ce point crucial et critique que s’épanouit la grâce d’un être réel, toujours inespéré, et définitivement inoubliable.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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<guid isPermaLink="true">http://systar.hautetfort.com/archive/2009/06/12/une-premiere-annee-de-philosophie-dans-le-mammouth.html</guid>
<title>Une première année de philosophie dans le Mammouth</title>
<link>http://systar.hautetfort.com/archive/2009/06/12/une-premiere-annee-de-philosophie-dans-le-mammouth.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Systar)</author>
<category>Esthétismes</category>
<pubDate>Fri, 12 Jun 2009 19:09:00 +0200</pubDate>
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&lt;p&gt;&lt;object height=&quot;344&quot; width=&quot;425&quot; data=&quot;http://www.youtube.com/v/7o5lY2TE2nk&amp;amp;hl=fr&amp;amp;fs=1&amp;amp;&quot; type=&quot;application/x-shockwave-flash&quot;&gt;&lt;param name=&quot;allowFullScreen&quot; value=&quot;true&quot; /&gt; &lt;param name=&quot;allowscriptaccess&quot; value=&quot;always&quot; /&gt; &lt;param name=&quot;src&quot; value=&quot;http://www.youtube.com/v/7o5lY2TE2nk&amp;amp;hl=fr&amp;amp;fs=1&amp;amp;&quot; /&gt; &lt;param name=&quot;allowfullscreen&quot; value=&quot;true&quot; /&gt;&lt;/object&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;!--[if gte mso 9]&gt;&lt;xml&gt; &lt;w:WordDocument&gt; &lt;w:View&gt;Normal&lt;/w:View&gt; &lt;w:Zoom&gt;0&lt;/w:Zoom&gt; &lt;w:HyphenationZone&gt;21&lt;/w:HyphenationZone&gt; &lt;w:Compatibility&gt; &lt;w:BreakWrappedTables /&gt; &lt;w:SnapToGridInCell /&gt; &lt;w:ApplyBreakingRules /&gt; &lt;w:WrapTextWithPunct /&gt; &lt;w:UseAsianBreakRules /&gt; &lt;w:UseFELayout /&gt; &lt;/w:Compatibility&gt; &lt;w:BrowserLevel&gt;MicrosoftInternetExplorer4&lt;/w:BrowserLevel&gt; &lt;/w:WordDocument&gt; &lt;/xml&gt;&lt;![endif]--&gt; &lt;!--[if gte mso 10]&gt; &lt;mce:style&gt;&lt;!    /* Style Definitions */  table.MsoNormalTable         {mso-style-name:&quot;Tableau Normal&quot;;         mso-tstyle-rowband-size:0;         mso-tstyle-colband-size:0;         mso-style-noshow:yes;         mso-style-parent:&quot;&quot;;         mso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;         mso-para-margin:0cm;         mso-para-margin-bottom:.0001pt;         mso-pagination:widow-orphan;         font-size:10.0pt;         font-family:&quot;Times New Roman&quot;;}  --&gt; &lt;!--[endif]--&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;i&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Une première année d’immersion dans le monde de l’enseignement s’achève. C'est l’occasion de rassembler les diverses impressions qui ont émaillé ces quelque neuf mois – au fond, une année scolaire a la durée d’une gestation…&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Le système éducatif fonctionne étrangement. Il faut tout d’abord reparler de cette chose étrange par laquelle on fait passer les jeunes professeurs stagiaires&amp;nbsp;: l’IUFM. Si, à Toulouse, en philosophie, je n’ai certainement pas à me plaindre de la qualité de la formation dispensée, en revanche l’ensemble de ce système, dont j’ai pu prendre la mesure lors de la fameuse «&amp;nbsp;semaine commune&amp;nbsp;» qui regroupe et mélange de jeunes stagiaires de toutes les disciplines, est éminemment critiquable. Ce qui s’y rencontre massivement, sous la forme d’une usine à gaz qui abrite un nombre incalculable de gens qui n’aiment plus les élèves, et sont de toute façon devenus incapables de faire face à des classes – pour peu qu’ils l’aient jamais été… - , c'est un système de pensée globalement hallucinatoire, basé sur quelques fantasmes aussi bêtes que tenaces. On essaie de se débarrasser par tous les moyens de toutes les distinctions. Celle entre le professeur et l’élève, celle entre l’école et les lieux de vie. Et celles qui existent entre les élèves eux-mêmes. Une immense complaisance envers les comportements anormaux vient ainsi idéalement compléter une haine inavouée mais très réelle de la réussite et du bon élève (il n’est qu’à voir le nouveau nom attribué aux ZEP&amp;nbsp;: on parle désormais de collèges «&amp;nbsp;ambition réussite&amp;nbsp;», sans doute pour mieux espérer qu’on n’en restera jamais qu’à des ambitions). La chasse aux discriminations, abusivement menée jusqu’à se demander si les énoncés de mathématiques des épreuves de recrutement pour les grandes écoles d’ingénieurs ne sont pas sexuellement discriminatoires, masque fort mal une détestation tenace pour la différence, ou encore pour ce qu’on appelle la «&amp;nbsp;séparation&amp;nbsp;» au sens fort. L’horizon idéalisé de ce système de pensée est une vie impersonnelle et collective, où l’écart absolu d’un enfant à l’autre se trouve réduit et ramené à une identité de condition socio-économique, culturelle, et donc, à terme (ce qui est sans doute le plus grave&amp;nbsp;: intellectuelle). La grande désindividuation, le désembourgeoisement des enfants favorisés, la remise à niveau de toutes les aspérités qu’on nomme d’habitude «&amp;nbsp;singularités&amp;nbsp;», voilà ce qui est visé et incessamment promis.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;On dit souvent que les enfants en échec sont ceux qui sont «&amp;nbsp;sortis&amp;nbsp;» du système. En réalité, le système s’accommode très bien de ces élèves-là, il a même besoin d’un grand nombre d’enfants en difficulté pour continuer de justifier certains de ses organes, et certains postes de chercheurs en sciences de l’éducation dont les biais intellectuels et méthodologiques n’ont d’égaux que leur fondamentale inutilité. Les seuls élèves qu’il n’arrive pas à inclure dans son idéologie et dans son organisation concrète, ce sont les bons élèves. L’élitisme n’a pas bonne presse. Ce même rejet de l’ambition de créer et de recréer incessamment des élites intellectuelles se retrouve d’ailleurs parfois chez les professeurs. C'est dès lors chaque année un petit miracle continuellement recommencé que, malgré le rejet massif de l’élitisme et de la méritocratie, qui sont pourtant les seuls idéaux politiques acceptables en termes d’éducation, des dizaines de milliers d’élèves continuent de vouloir intégrer des classes préparatoires aux grandes écoles. Tout a pourtant été fait pour qu’ils n’en aient pas envie&amp;nbsp;: écrasement de la notation autour de la moyenne (ce qui est la vraie tendance dominante dans la notation, et non pas, comme l’affirme Antibi, la tendance à s’assurer de l’existence d’une «&amp;nbsp;constante macabre&amp;nbsp;»), désinformation une nouvelle fois fantasmatique sur l’ambiance de ces classes… Sans parler bien sûr de l’argument imparable&amp;nbsp;: ces classes étant une spécificité française (tout comme, quelques années plus tard, l’agrégation, concours bourgeois et francocentré d’une ringardise avérée, comme chacun sait), il faut les éviter, puisque la plus-value intellectuelle qu’on en retire se monnaie mal dans le monde internationalisé du travail.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Revenons sur le désir secret qui traverse beaucoup d’ «&amp;nbsp;acteurs du système&amp;nbsp;», comme on disait dans les IUFM. Ce désir de voir tous les enfants traités à la même enseigne, dans un travestissement odieux de l’universalisme républicain. J’ai été sidéré d’en trouver une déclinaison réellement haineuse dans la perception que nombre de gens ont de l’enseignement privé (et évidemment, de son fer de lance&amp;nbsp;: le privé &lt;i&gt;catholique&lt;/i&gt; sous contrat avec l’Etat). C'est pour les riches, ça viole la laïcité, c'est pour les gens qui veulent pas que leurs enfants fréquentent la réalité et les couches populaires, etc. Nous on croit au service public, on aime pas les bahuts qui sélectionnent par le fric. De toute façon ces bahuts surnotent les mômes pour que les parents continuent à faire un gros chèque, etc. Le camion-poubelles de conneries du même genre déborde dangereusement. Cela devenait presque mon petit happening masochiste personnel de glisser alors dans la conversation que j’étais un pur produit intellectuel et idéologique du privé, et que je pensais très sérieusement à me débrouiller pour aller y enseigner prochainement… Précisons tout de même, à titre purement informatif, par simple amour de la vérité, que&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-align: justify; text-indent: -18pt;&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;-&lt;/span&gt; &lt;span dir=&quot;ltr&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;on peut mettre ses enfants dans le privé même si on est financièrement défavorisé&amp;nbsp;; parfois même on ne paye rien.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-align: justify; text-indent: -18pt;&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;-&lt;/span&gt; &lt;span dir=&quot;ltr&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Le contenu des cours dispensé dans le privé sous contrat est strictement le même que dans le public.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-align: justify; text-indent: -18pt;&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;-&lt;/span&gt; &lt;span dir=&quot;ltr&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Ce ne sont pas des usines à endoctrinement religieux&amp;nbsp;: on y trouve des athées, et des gens de différentes confessions.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-align: justify; text-indent: -18pt;&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;-&lt;/span&gt; &lt;span dir=&quot;ltr&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;On y travaille souvent plus au calme, dans la sécurité, une discipline minimale y est maintenue, et ces choses-là sont des droits élémentaires des élèves comme des professeurs, sur lesquels il est aberrant qu’il y ait matière à discussion, sinon à dispute.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-align: justify; text-indent: -18pt;&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;-&lt;/span&gt; &lt;span dir=&quot;ltr&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Si les lycées privés placent des élèves dans les grandes prépas parisiennes, c'est bien qu’ils ne surnotent pas et que les élèves qui y sont, sont bien formés.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Une fois encore, la séparation, la distinction, l’altérité, l’inconnu, sinon l’inconnaissable, agacent, énervent, sont craints, fantasmés, et donc pris pour cible par la machine à fabriquer de la médiocrité.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;D’ailleurs, disons-le d’emblée&amp;nbsp;: ce sont les mêmes qui applaudissent à toute affirmation identitaire bruyante, surtout quand elle paraîtra un peu «&amp;nbsp;exotique&amp;nbsp;», laissant par exemple, dans les lycées &lt;i&gt;publics&lt;/i&gt;, des élèves manquer des cours pour cause de Ramadan ou d’Aïd, et qui reprocheront aux catholiques de constituer des lycées où la foi pourra être accompagnée, et les gens se réunir au nom d’une commune conception de l’existence et de l’éducation.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Bref, je regrette de découvrir d’une manière aussi éclatante un unique grand désir de blancheur terminale, d’anonymat, de retour à une forme de vie homogène, collective, où chacun est tous les autres parce qu’il n’est lui-même personne. Désir qui n’est désir de rien, qui est désir du rien, désir de n’être rien, et qui n’est donc déjà plus un désir.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Cela devient dès lors presque un jeu de chercher, dans ce grand magma, les quelques personnes qui s’en démarquent. Nous nous cachons, la plupart du temps nous n’intervenons pas dans les discussions, mais nous parvenons à nous reconnaître les uns les autres. Ce n’est d’ailleurs pas qu’une question de convictions politiques (même s’il est drôle et passionnant de chercher à retrouver, dans une salle des profs, les fameux 20% qui ont &lt;i&gt;quand même&lt;/i&gt; voté Sarkozy…), mais une question de volonté&amp;nbsp;: celle de maintenir le cap, les exigences, la discipline, et le désir d’amener les élèves &lt;i&gt;à bon port, c'est-à-dire plus loin qu’eux-mêmes seraient allés sans nous&lt;/i&gt; (d’où l’on déduira aisément tout le mépris que je peux porter aux pédagolâtres, mauvais lecteurs du &lt;i&gt;Ménon&lt;/i&gt; de Platon, qui croient que l’enfant peut tout redécouvrir et tout reconstruire par lui-même…). Voilà autant de dispositions, souvent rencontrées cette année chez mes collègues, qui laissent, malgré tout, percer un optimisme assuré. On fait tout pour rendre les gens cons, mais étonnamment, ils résistent.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Venons-en à présent à la dimension symbolique de notre belle profession. La grande surprise de cette année aura été de voir à quel point une agrégation, ou un statut de professeur plus simplement, délivrent, dans la société civile, une aura positive, et plus encore le statut de professeur de philosophie. Cette aura a des causes parfois douteuses&amp;nbsp;: nous sommes ceux qui comprennent l’incompréhensible, qui enseignent le difficile, qui parlent un français qui n’a pas l’air français. Nous sommes les êtres de la difficulté, de l’incompréhension élevée au rang d’énigme, sinon d’émouvant mystère.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Faites le test&amp;nbsp;: avouez que vous êtes prof de philosophie, sur-le-champ on se sent obligé de vous dire&amp;nbsp;: (rayez les mentions inutiles)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-align: justify; text-indent: -18pt;&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;-&lt;/span&gt; &lt;span dir=&quot;ltr&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;ah moi j’aimais pas ça, j’y comprenais rien, je jouais aux cartes dans le fond de la classe.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-align: justify; text-indent: -18pt;&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;-&lt;/span&gt; &lt;span dir=&quot;ltr&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Ah, moi, mon prof de philosophie, en terminale, il était bizarre. D’ailleurs on n’avait fait que 3 notions du programme.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-align: justify; text-indent: -18pt;&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;-&lt;/span&gt; &lt;span dir=&quot;ltr&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Ah, et ils comprennent&amp;nbsp;? Qu’est-ce que vous pensez de Michel Onfray&amp;nbsp;? moi je trouve ça vraiment bien, et puis c'est clair, on comprend tout ce qu’il dit.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-align: justify; text-indent: -18pt;&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;-&lt;/span&gt; &lt;span dir=&quot;ltr&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Si vous n’y arrivez pas avec vos élèves, c'est parce que vous ne les aimez pas assez comme ils sont, faut vous adapter à leur mode de fonctionnement. En philosophie, vous coupez tout le temps les cheveux en quatre, faut pas s’étonner que les gens ne comprennent rien.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-align: justify; text-indent: -18pt;&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;-&lt;/span&gt; &lt;span dir=&quot;ltr&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Au bac j’ai eu 8, j’ai jamais compris comment ni pourquoi.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-align: justify; text-indent: -18pt;&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;-&lt;/span&gt; &lt;span dir=&quot;ltr&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;De toute façon, les profs de philosophie notent entre 6 et 12, mais on sait jamais à quoi ça correspond.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-align: justify; text-indent: -18pt;&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;-&lt;/span&gt; &lt;span dir=&quot;ltr&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Au bac, mon sujet c'était…&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-align: justify; text-indent: -18pt;&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;-&lt;/span&gt; &lt;span dir=&quot;ltr&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;La philosophie, faudrait en faire dès le primaire, vous croyez pas&amp;nbsp;? (ou la version opposée&amp;nbsp;: de toute façon, ils sont trop jeunes pour comprendre et pour s’intéresser, ils ont pas assez vécu).&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;margin-left: 36pt; text-align: justify; text-indent: -18pt;&quot;&gt;&lt;!--[if !supportLists]--&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;-&lt;/span&gt; &lt;span dir=&quot;ltr&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Moi, je serais à votre place, je…&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;!--[endif]--&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;N’en jetez plus, de grâce.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Pitié.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Si vous me dites que dans la vie vous êtes banquier, je ne me mets pas illico à commenter l’état actuel du système financier, ni à vous dire comment vous devriez gérer les portefeuilles de vos clients.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Si vous êtes plombier, je ne vous raconte pas de suite la fuite d’eau que j’ai eu il y a trois ans dans mon studio.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Alors, soyez gentils, aidez-nous, nous autres profs de philosophie, à ne pas détester parler de notre profession&amp;nbsp;: ne nous dites pas sans cesse ce que nous devons faire, ou à quel point vous détestez ce que nous aimons. Croyez bien que toute la nouvelle génération de jeunes professeurs qui arrivent dans le métier, et beaucoup de profs chevronnés, se posent toutes les questions qu’il faut pour que l’enseignement de la philosophie soit harmonieux, efficace, et permette aux lycéens d’affiner leur compréhension du réel… Nous avons démontré une expertise, suivi des formations, et surtout nous essayons de cultiver le sens du &lt;i&gt;kairos&lt;/i&gt;, de ce moment opportun qui est un art de s’adapter aux circonstances pour parvenir à un résultat satisfaisant, nous préparons énormément nos cours, les réécrivant plusieurs fois si nécessaire jusqu’à parvenir à un niveau de clarté adéquat… Bref&amp;nbsp;: cessez de nous dire, même inconsciemment, même involontairement, que nous ne travaillons pas assez pour les élèves, ou que nous travaillons mal, perchés dans notre tour d’ivoire ou blottis dans des systèmes de pensée abscons qui ne s’embarrassent plus du sacro-saint quotidien de nos chères têtes brunes et blondes à mèches éborgnantes et à mascarat surdosé.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Quant au reproche, souvent adressé, de ne pas assez aimer les élèves, il faut lui répondre sereinement que, Dieu merci, on ne doit pas avoir besoin d’aimer quelqu'un pour bien faire son travail avec lui et vouloir sa réussite&amp;nbsp;; ensuite, que nous avons bien une forme d’amour pour les élèves, un amour désintéressé, un amour qui n’est pas désir ni amitié, mais une bienveillance essentielle, silencieuse mais toujours nécessaire quand nous rentrons dans une salle de classe. Nous les aimons d’ailleurs par-delà le désamour qu’eux peuvent nourrir à notre égard (j’en ai fait la pénible et très grotesque expérience en cette fin d’année). Et c'est parce que nous voulons leur bien que nous ne supportons pas de les voir, dans leur propre désintérêt, parler sans cesse en cours, sécher, ne pas faire leur travail sérieusement.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;J’en viens alors à quelques remarques, plus ou moins inquiètes, sur l’enseignement de la philosophie en terminale. Je termine cette année avec le sentiment que nous ne servons, le plus souvent, que de tête d’enregistrement d’un niveau intellectuel déjà constitué, et peu à même d’évoluer positivement au cours du temps grâce à la philosophie. Ce constat est purement statistique, puisque j’ai aussi eu la joie très réelle de voir certain(e)s élèves progresser de manière substantielle, affiner leur réflexion, muscler la construction de leurs arguments, et comprendre en fin d’année des choses plus difficiles que ce qu’ils et elles peinaient à comprendre en septembre.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Mais, dans l’ensemble, faire face à une classe m’a semblé consister à remonter en permanence une pente qui les pousse à ne pas vouloir découvrir de nouveauté, à ne s’intéresser à rien (le bonheur, la liberté, le désir, la politique, toutes ces notions qui ont fait vibrer tant de gens, nous font encore vibrer, ne suscitent en beaucoup d’élèves aucun appétit intellectuel, aucune soif de comprendre, aucun changement). Au fil de l’année, j’ai décelé dans les comportements et les regards ce qu’on ne peut appeler autrement que «&amp;nbsp;mépris&amp;nbsp;». De moins en moins de questions demandant de réexpliquer un point difficile, de plus en plus de tendances au bavardage incessant, clairement affiché et assumé.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;D’où l’aveu suivant&amp;nbsp;: les élèves sont souvent (sauf agréables et notables exceptions) de jeunes adultes très mal élevés. Il faudra se demander pourquoi, pour l’instant je n’en sais rien. Il est courant de croiser ses élèves dans les couloirs sans qu’un bonjour soit échangé. Courant aussi d’entendre leur bonjour et leur au revoir conventionnels encadrer un bavardage incessant pendant le cours (ce qui montre que nous, professeurs, n’existons comme individus dignes d’être salués que dans l’exercice de nos peu glorieuses fonctions, je pense). Acceptez d’accompagner un voyage de classe de trois jours, essayez d’être le plus accessible possible – quand bien même vous n’y êtes absolument pas tenu statutairement, et prenez sur un temps de vie privée qui pourrait être bien mieux employé – et vous aurez l’immense plaisir, au retour, de voir plus d’un élève sur deux quitter la gare sans dire un mot au professeur, ce en quoi ils ne font d’ailleurs qu’imiter leurs parents, qui ne descendent pas de leur voiture pour venir ne serait-ce que saluer les accompagnateurs.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;On s’installe globalement dans une stratégie de la loose moyenne. On vise 10 toute l’année, avant, immanquablement, de finir à 8 au lieu de finir à 12. On cesse de prendre les cours. On ne respecte aucun conseil de méthode, on n’essaie même pas. On reproche à ceux qui voudraient suivre et ne le peuvent pas, de s’en plaindre en trop haut lieu et de ne pas respecter la loi du silence (digne d’une mentalité de clan mafieux) qui a cours au sein de la classe, et la sacro-sainte règle du lavage de linge sale en famille. On cherche la fusion collective avec l’esprit médiocre du groupe, les vécus n’ont de valeur que collectifs (pour cela, un blocage de lycée dénué de toute réflexion critique et de toute hauteur de vue par rapport aux mots d’ordre véhiculés par les syndicats lycéens et repris par pur psittacisme, est tout à fait efficace), et les individualités sont priées de se taire et de se conformer à la si belle harmonie du tout. Tout cela n’est évidemment pas dramatique, et n’empêchera aucun élève ayant satisfait à ce comportement moyen d’obtenir un bac que l’on sait d’ores et déjà bradé, saboté, travesti, et qui deviendra vraisemblablement dans les années à venir une série de QCM.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;On n’est pourtant pas là dans le catastrophique, et c'est bien le problème. On est dans l’ordinaire, sinon dans le haut du panier, et pourtant, même ce haut du panier ne veut pas d’une vie plus brillante, d’une existence plus intense, d’une qualité de pensée plus affinée. Ce monde que nous tentons de leur offrir, la plupart du temps ils le refusent. Quand je vivais de petits moments de découragement passager, les premiers de ma carrière, je finissais par me demander si, avec certains élèves, j’avais ne serait-ce qu’un fragment de monde commun. J’avais l’impression que la réalité les intéressait tellement peu, comme objet de réflexion, de doute, et même de jouissance (mais d’une jouissance inédite, inouïe, distincte des jouissances qu’ils semblent rechercher, eux…) que nous ne devions pas avoir rapport, eux et moi, à la même réalité.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;La remise en question se fera. J’essaierai de voir ce que j’aurais pu faire pour aller chercher les élèves que je n’ai pas réussi à emmener, malgré eux, malgré le système de consommation dans lequel ils aiment s’installer, à bon port. Tout en gardant bien en tête que, si un certain nombre d’élèves ont aussi apprécié le cours, et en ont heureusement bénéficié, je n’ai pas été non plus totalement dans l’erreur. Le temps jouera pour moi.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;En attendant, je ne cesse de m’amuser des cris d’orfraie poussés par les professionnels de l’indignation, qui ont crié au béotien quand Sarkozy a signifié qu’il n’était peut-être pas utile, à un concours de recrutement de la Poste, d’interroger les candidats sur &lt;i&gt;La Princesse de Clèves&lt;/i&gt;. Evidemment&amp;nbsp;: on veut uniquement fabriquer des machines à produire et à consommer, on foule aux pieds la grande culture humaniste, à laquelle tout le monde devrait avoir accès, etc.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Mais bien sûr.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Et donc, si je suis la logique qui est ici défendue, je vais plaider pour une épreuve de mécanicien garagiste à l’agrèg de philosophie. (Ou pour une épreuve de menuiserie en licence de maths, par exemple). Parce que ces concours de recrutement de philosophie où l’on estime qu’un prof de philosophie doit se cantonner à la connaissance de la philosophie, et pas s’ouvrir à celle des joints de culasse ou des courroies de transmission, c'est tout simplement scandaleux.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Pour quitter le sarcasme, je trouve surtout que cette logique d’enfermement des individus dans une unique fonction de &lt;i&gt;consommation du réel&lt;/i&gt; (double génitif), aux deux versants symétriques&amp;nbsp;: produire de la richesse au travail pour mieux pouvoir consommer la richesse produite par les autres quand on ne travaille pas, cette logique, ce n’est pas Sarkozy, ni la droite, ni «&amp;nbsp;le système&amp;nbsp;», qui l’impose. Ce sont les gens qui se l’imposent. Ce sont les lycéens qui ne rentrent pas dans les librairies (et qu’on ne me brandisse pas les milieux socio-culturellement défavorisés comme épouvantail, on sait très bien que les gosses de profs et de bourgeois sont tout aussi cons que les autres, parfois), ou des bibliothèques. Ce sont eux qui n’empruntent quasiment rien dans leurs CDI. Ce sont eux qui choisissent de ne pas s’intéresser aux langues anciennes, à l’histoire,à la poésie, et à la philosophie. Ce sont bien eux qui font librement et consciemment le choix de ne pas saisir les mains qu’on leur tend. Parce qu’aucun système ne se fabrique ni ne se pérennise sans que les individus y aient un tant soit peu consenti, parce qu’au fond il ne sert à rien de critiquer TF1 ou M6 et qu’on demeure bien toujours libre d’éteindre la télé, ou d’y regarder autre chose.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: arial,helvetica,sans-serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Au fond, j’ai revérifié, en acte, pendant cette année, que je croyais bien, au plus profond de moi-même, aux deux choses qui distinguent la philosophie de tous les autres discours prétendant décrire et expliquer le monde. J’ai maintenu l’ambition de proposer un discours universel, ou potentiellement universalisable. J’ai maintenu la volonté de croire à la liberté individuelle. Que cette universalité et cette affirmation de la liberté menacent sans cesse de se trouver ébranlées par les relativismes, l’inertie, l’amour du confort qu’est l’absence de pensée, ne suffit décidément pas à les révoquer comme caduques, fallacieuses, ou dangereuses, ni à me faire redouter de retrouver, dès septembre, un nouveau public avec qui recommencer l’aventure.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; 
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<title>Le Déchronologue, de Stéphane Beauverger - Versus, d'Antoine Chainas</title>
<link>http://systar.hautetfort.com/archive/2009/06/03/le-dechronologue-de-stephane-beauverger-versus-d-antoine-cha.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Systar)</author>
<category>Polars</category>
<pubDate>Wed, 03 Jun 2009 17:32:03 +0200</pubDate>
<description>
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://systar.hautetfort.com/images/dechronologue.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: andale mono,times;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;Il faudra(it) reparler du roman de Stéphane Beauverger, &lt;i&gt;Le Déchronologue&lt;/i&gt;, paru il y a peu à La Volte. Je ne m'amuserai pas à rivaliser de virtuosité interprétative avec Olivier ni François à ce sujet, mais simplement, je me contenterai d'en rappeler l'importance&amp;nbsp;: ce roman est tout entier porté par une narration généreuse, par l'unité d'une voix, celle du personnage étrange, lettré, raffiné, violent et furieusement alcoolique, qu'est le capitaine Henri Villon. A l'évidence, Stéphane Beauverger a étoffé ses possibilités d'écrivain sur le plan du style. Cela ne passe pas par quelque esbroufe permanente qui prétendrait tenir lieu de beauté de la langue, mais par la parfaite cohérence d'un point de vue, d'un souffle tout uniment tenu pendant 400 pages, et une fluidité qui ne se trouve jamais prise en défaut. Les fines gueules regretteront presque les aspérités, la dureté premières qui caractérisaient la trilogie dite du «&amp;nbsp;Chromozone&amp;nbsp;», mais à chaque projet son style, à chaque histoire les moyens bien spécifiques de susciter l'enthousiasme du lecteur.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: andale mono,times;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;La pure narration, et l'effacement tendanciel de tout discours, de tout commentaire, voire même de toute &lt;i&gt;private &amp;nbsp;joke&lt;/i&gt;, voilà ce qui caractérise ce nouveau Beauverger. L'humilité du personnage n'est plus à louer, encore faut-il saluer à quel point elle transparaît heureusement dans ce roman.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: andale mono,times;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;N'étant pas totalement désengagé de la patiente genèse de ce roman, je me garderai bien d'en faire trop à son sujet, invitant surtout les lecteurs désireux de lire de belles aventures (piraterie, paradoxes temporels, amour désespéré, empires amérindiens, fanatisme civilisationnel, guerre de religions&amp;nbsp;: n'en jetez plus&amp;nbsp;!) à faire main basse sur ce bel objet, illustré par l'œil infaillible de Corinne Billon.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: andale mono,times;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://systar.hautetfort.com/images/versus.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: andale mono,times;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;Mon coup de cœur de printemps est allé au très fort roman d'Antoine Chainas, &lt;i&gt;Versus&lt;/i&gt;. Il y avait longtemps que je n'avais pas lu de polar. Tout juste m'étais-je contenté - mais si j'ai bien compris, il faut distinguer les deux genres, par leur différence de tension narrative, de type de dénouement, d'ambition esthétique, en somme&amp;nbsp;! - de lire le roman noir de Thierry Marignac, &lt;i&gt;Renegade Boxing Club&lt;/i&gt;, paru cet hiver (roman dont j'ai pensé le plus grand bien). Le nom de Chainas, je l'avais retenu du fait qu'il lui avait été vaguement reproché de faire du Dantec, d'en reprendre les techniques narratives, la découpe, etc. Peu importe la véracité d'une telle assertion (plutôt nulle que totale, à mon avis de simple lecteur), l'essentiel était dans ce rapprochement&amp;nbsp;: tout le monde n'a pas forcément le talent nécessaire pour ne serait-ce que sembler plagier le Dantec des &lt;i&gt;Racines du Mal&lt;/i&gt;...&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: andale mono,times;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;Rarement un livre m'a autant secoué, et obligé à atteindre une telle vitesse de lecture (l'anglophile averti parlera de &lt;i&gt;page turner&lt;/i&gt;)&amp;nbsp;: l'excès y est la règle. L'histoire est assez simple, elle raconte les tribulations d'un flic de 46 ans, Paul Nazutti, qui vit, pense, frappe comme un animal ceux qu'il traque&amp;nbsp;: les pédophiles. Adoptant des méthodes ultra-violentes, n'hésitant pas à s'auto-mutiler pour faire porter le chapeau à ceux qu'il arrête après les avoir passés à tabac, notre flic est,&amp;nbsp;comme le décrit volontiers l'auteur, un animal. Lorsque un flic idéaliste, Andreotti, lui est adjoint pour reconstituer un binôme de travail, Nazutti doit enquêter sur une série de meurtres d'une étonnante logique&amp;nbsp;: un tueur de pédophiles semble vouloir rendre lui-même la justice... On découvre bien vite que Nazutti participe à d'étranges cérémonies nocturnes au cours desquelles la violence atteint des degrés vertigineux, et qu'Andreotti va peu à peu découvrir et tenter de comprendre.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: andale mono,times;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;Tout au long du roman, Chainas met en scène la montée de la bestialité, sa logique d'étouffement du doute, l'obsession sans cesse contrariée de rédemption, dont nous comprenons qu'elle est l'obsession centrale du &lt;i&gt;polar&lt;/i&gt; lui-même. La plume de Chainas est d'une totale justesse, tout au long du roman (pourtant roboratif&amp;nbsp;: 640 pages en format de poche), quand elle entend épouser la logique obsessionnelle de haine qui est celle de son personnage. Dans les longs monologues intérieurs de Nazutti, construits par petites touches sèches et visant juste, où xénophobie, frustration sociale, détestation poujadiste d'élites fantasmées, racisme ordinaire, posture d'ange déchu, de mari cogneur ne sachant pas aimer, s'entremêlent pour dresser un portrait de la barbarie qu'engendre mécaniquement l'époque. Nazutti est un personnage-chef d'œuvre&amp;nbsp;: il porte le roman en hurlant contre l'époque. Ce faisant, nous retrouvons un type de personnage bien précis, déjà rencontré... dans un roman totalement différent&amp;nbsp;: le &lt;i&gt;Festins secrets&lt;/i&gt; de Pierre Jourde. Un jeune agrégé de lettres, pour son année de stage, rencontre dans le collège où il se trouve affecté, un professeur d'histoire-géo étrange, Zablanski, qui gratifie le néophyte de l'Educ'nat' d'interminables monologues sur la pourriture du système, de l'époque, du réel lui-même. Des mois après la lecture du livre de Jourde, je me rappelle encore cette diatribe invraisemblable de Zablanski, adressée à l'encontre de ces «&amp;nbsp;jeunes&amp;nbsp;» qui écoutent du rap à fond dans leur BMW décapotable, vivront comme des occidentaux en perte de valeurs (argent facile, séduction facile, détestation de l'effort), dealeront, mais pour mieux reprocher à leurs sœurs, sous prétexte de les «&amp;nbsp;protéger&amp;nbsp;», de ne pas porter le voile, traiteront toutes les autres filles comme des salopes tout en idéalisant la pureté de leur propre mère, trouvant dans les &lt;i&gt;beat&lt;/i&gt; binaires du rap le rythme régressif du battement de cœur maternel entendu lorsqu'ils n'étaient encore que des fœtus...&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: andale mono,times;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;i&gt;Mutatis mutandis&lt;/i&gt;, Nazutti et Zablanski se rejoignent.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: andale mono,times;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;Pas nécessairement dans le fait que l'un et l'autre auraient frontalement raison. Le réel est suffisamment agaçant pour ne pas pouvoir, justement, être résumé dans des discours uniquement critiques, sinon imprécateurs. Mais on entend émerger avec ce genre de personnages romanesques, semble-t-il, la puissance sourde d'un refus&amp;nbsp;: le refus d'applaudir à l'anormal, le refus d'applaudir à la violence, le refus d'aimer des gens qui, viscéralement, nous haïssent, le refus de se laisser dire que c'est un tort, une faute morale, un aveuglement intellectuel, une régression vers l'intolérance, de ne pas supporter le réel tel qu'il va, et tel qu'il nous blesse.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://systar.hautetfort.com/images/versus2.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: andale mono,times;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;Le polar semble avoir cette puissance naturelle de refuser le réel, en tout cas de refuser l'acquiescement niais, désarmé et irresponsable à ce réel qui vient et qui ne nous laisserait aucune place, aucun espoir de vie digne d'être vécue, aucune grandeur à venir, aucune joie authentique. Et pour signifier ce refus, à tout le moins pour le mettre en scène, Chainas s'est doté d'une voix, d'une perception du monde, d'un corps également, ceux de Nazutti.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: andale mono,times;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;Nazutti est un personnage qui procède par accélérations croissantes&amp;nbsp;: jusque dans le style, dans ces nappes de répétitions qui font la patte littéraire de Chainas désormais, on sent le défi que l'écrivain s'est posé à lui-même&amp;nbsp;: toujours plus vite, toujours plus intense, toujours plus proche de la haine pure. Nous avons ainsi lu le livre en nous demandant, à chaque clôture de chapitre, comment le livre pourrait continuer selon la même logique d'accentuation de la haine. Le pari est pourtant rempli, et bien rempli.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: andale mono,times;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;Un dernier mot, enfin, sur l'intérêt du travail de Chainas. Nous y lisons, à présent que nous avons achevé la lecture d'&lt;i&gt;Anaisthesia&lt;/i&gt;, son nouveau roman - moins ambitieux, moins «&amp;nbsp;réussi&amp;nbsp;» aussi, mais «&amp;nbsp;logique&amp;nbsp;» si on le replace dans une démarche d'ensemble - , une réflexion bien engagée sur le corps, ses possibilités réelles, ce que cela signifie d'être un corps, d'avoir un corps, d'être un être de sécrétions, de perception, d'être capable de sortir de son propre corps, d'avoir des pulsions inavouables, d'avoir des organes, de laisser son corps être détruit (par les coups, par les blessures, par les virus aussi...). Tout part du corps, tout y revient. Comme pour mieux marcher à la mort, semble suggérer parfois l'auteur. L'approche clinique, précise, des dégâts causés par un combat à mains nues, par l'impact d'une balle (et cette attention portée, de manière saugrenue, sinon drôle, sur le fait que les pistolets menacent souvent, s'ils ne sont pas de bonne qualité, d'exploser à la figure de leurs détenteurs...), le réalisme méticuleux des descriptions - ou en tout cas l'effet de réel provoqué par l'accumulation de détails vrais et moins vrais...&amp;nbsp;! -, tout cela ne cesse de nous ramener à l'unique obsession du livre&amp;nbsp;: qu'est-ce qu'un corps meurtri&amp;nbsp;? qu'est-ce qu'une chair violentée, attaquée, martyrisée&amp;nbsp;?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: andale mono,times;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-family: andale mono,times;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;Dans la prochaine mise à jour du Systar, si je suis courageux, je vous parlerai de &lt;i&gt;Citoyens clandestins&lt;/i&gt;, de DOA, polar construit comme une cathédrale, mené tambour battant par une plume infaillible, habité par un personnage totalement fascinant&amp;nbsp;: Lynx...&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; 
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<title>Les tours de Samarante, de Norbert Merjagnan - 1 - L'esprit et le messianique</title>
<link>http://systar.hautetfort.com/archive/2009/03/17/les-tours-de-samarante-de-norbert-merjagnan-1.html</link>
<author>noreply@hautetfort.com (Systar)</author>
<category>Science-fiction</category>
<pubDate>Tue, 17 Mar 2009 17:13:19 +0100</pubDate>
<description>
&lt;p&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp;&amp;nbsp; &lt;img src=&quot;http://systar.hautetfort.com/images/samarante.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Le premier roman de Norbert Merjagnan, &lt;i style=&quot;mso-bidi-font-style: normal;&quot;&gt;Les tours de Samarante&lt;/i&gt;, est un bijou, disons-le d’emblée. Après avoir été, un temps, rebuté par le glossaire de fin de livre – encore un de ces faux créateurs qui pense remplacer des idées absentes par des néologismes creux… - lorsque je l’avais feuilleté en librairie, je me suis laissé tenter, et il le fallait. Nous tenons là un vrai metteur en scène, un narrateur généreux et inspiré dont la prose rappellera la trilogie des &lt;i style=&quot;mso-bidi-font-style: normal;&quot;&gt;Guerriers du silence&lt;/i&gt; de Bordage, ou celle des &lt;i style=&quot;mso-bidi-font-style: normal;&quot;&gt;Noctivores&lt;/i&gt; de Beauverger. Il y a des rapprochements moins flatteurs, on en conviendra. Mais c’est un fait&amp;nbsp;: Merjagnan manifeste la même violence, la même facilité à donner dans l’hypotypose marquante, la même générosité dans les péripéties, et la même faculté, enfin, à inventer des mystiques et des motifs messianiques, que les conteurs à l’instant cités. C’est une science-fiction généreuse qui est alors donnée à lire, intégralement soucieuse de produire un monde cohérent, foisonnant, et transitive, c’est-à-dire non autoréférentielle. On y parle finalement moins de la condition humaine – objet d’étude qu’à juste titre on réservera aux classes de philosophie de terminale, lieux par excellence de l’apprentissage d’une pensée de &lt;i style=&quot;mso-bidi-font-style: normal;&quot;&gt;l’acceptable&lt;/i&gt; (et seulement de celui-ci) – que d’une inhumaine condition, de tout ce qui emporte l’homme au-delà de lui-même&amp;nbsp;: l’idée (qui pourrait bien être la seule matière &lt;i&gt;réelle&lt;/i&gt;, on le verra), l’intelligence collective, la dépersonnalisation/désindividuation, la violence pure, le sacrifice de l’enfant, la quête de l’origine matricielle, de la mère, la reconnaissance du rôle métropolitique de toute ville, véritable mère des enfants qu’elle abrite… Merjagnan est un nouveau grand auteur de science-fiction (ou d’imaginaire, si l’on veut utiliser un vocable plus large, tenant compte de la part plus réellement magique que scientifique de certaines péripéties de son livre), parce que son livre est un livre de science-fiction au sens fort&amp;nbsp;: son livre pense. D’une façon parfois inchoative, encore mystérieuse, floue, peut-être trop intuitive et pas assez consciente par moments, certes, mais peu importe&amp;nbsp;: on comprend certaines choses, et ce qui n’a pas encore été pensé le sera sans doute dans la suite que l’auteur devrait donner prochainement de ce roman, dont la fin ouverte appelle quelques explications et la mise en scène d’une effroyable guerre dans la ville magnifique de Samarante.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Un mot de l’intrigue&amp;nbsp;: de la grande ville aux six tours gigantesques, Samarante, un grand guerrier, Oshagan, a jadis été banni. Equipé d’armes climatiques millénaires, il revient y accomplir sa vengeance. Pendant ce temps, une jeune femme fabriquée de toutes pièces pour être hyper-sensible aux caractères des humains et pressentir les comportements se retrouve aux prises avec la mystérieuse organisation policière de Samarante&amp;nbsp;; un jeune garçon des bas-fonds de Samarante, Triple A, ne rêve que de défier le pouvoir et d’escalader les tours de la ville, ce qu’il ne tarde pas à payer de son corps charnel et de son individualité… Le récit orchestre la convergence de ces trois destins exceptionnels…&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;La plume de Merjagnan présente d’impressionnantes capacités à varier le rythme, les effets de suggestion visuels et sonores&amp;nbsp;; posons peut-être un léger bémol sur certains rares passages trop secs, trop paratactiques, et semblant trop immédiats dans leur écriture, qui jurent avec la tonalité globale du récit. Notre goût personnel nous pousse néanmoins à nous réjouir de l’apparition récente d’une telle écriture, par conséquent, qui ne craint pas d’en faire trop, et peut donner à la phrase française de science-fiction contemporaine l’occasion de se renouveler non par l’option du minimalisme, mais bien par celle de l’enrichissement sonore, du rythme ample et assumé.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Après ces quelques jugements de valeur portés sur la qualité esthétique du roman de Merjagnan, je voudrais maintenant relever, sans les redistribuer dans l’ordre contraignant d’une démonstration systématique, quelques éléments présents dans le livre, montrant précisément comment ce livre, par sa densité – après tout, nous avons un monde, et pléthore de péripéties, en moins de 300 pages, ce qui relève tout de même du tour de force – et son inspiration, &lt;i style=&quot;mso-bidi-font-style: normal;&quot;&gt;pense&lt;/i&gt;. Ou comment l’expérience de la lecture n’est rien d’autre ni de moins que l’expérience de ce moment de joie où l’idée nous vient «&amp;nbsp;à l’idée&amp;nbsp;», justement…&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;b style=&quot;mso-bidi-font-weight: normal;&quot;&gt;Les Tours n’ont rien à voir avec le reste de la ville. Leurs créateurs n’ont rien à voir avec le reste des hommes. Elles ne sont pas faites de pierre ou de métal comme le sont tous les autres bâtiments qui les entourent. Il lui vient à l’esprit qu’elles sont faites de l’idée de la pierre, de l’idée du métal et que rien, jamais, ne pourra atteindre la perfection de cette matière.&lt;/b&gt;&amp;nbsp;» (pp.32-33)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Hyper-platonisme, ici, où l’idée ne se distribue même plus en une multitude de réalités sensibles dont elle demeure le principe unitaire et le dénominateur commun. L’idée devient la matière elle-même, elle n’est rien d’autre. Les tours de Samarante sont le lieu où est tentée une fusion totale de l’idée et du matériau brut, sans qu’on en passe par l’information aristotélicienne (coopération d’une matière et d’une forme), ou par la distribution de la forme intelligible en réalités sensibles. Cela débouchera sur l’idée d’une matière pensante, dans le fil du roman. Il ne sera alors pas étonnant que l’on rencontre des descriptions où Samarante est redécrite comme chair, apparition d’une matière vivante qui n’est pas image, mais déjà la totalité de ce qu’elle a à montrer.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;On notera également l’élégance de la solution apportée au problème de l’union du sensible et de l’intelligible&amp;nbsp;: non pas postulat d’un monde intermédiaire, imaginal, qui hypostasie le problème sans forcément le résoudre, mais compréhension du réel comme chair, matière animée, matière vitale, et donc pensante, et auto-suffisante.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;b style=&quot;mso-bidi-font-weight: normal;&quot;&gt;Ce sont eux qu’il est venu chercher. Les hommes qui ont bâti les Tours. Ils sont morts, peut-être. Depuis le début. Bien avant tout ce qu’il connaît. Il ne cherche pas à savoir d’où vient ce qu’il pense.&lt;/b&gt;&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;(p. 33)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Le passage est caractéristique de la décision massive prise par l’auteur de minimiser le rôle de la conscience dans la pensée et dans l’action des personnages. La conscience n’est pas constituante, ce n’est jamais elle qui mène la danse dans le rapport des êtres au monde qu’ils habitent&amp;nbsp;: on retrouve là le grand leitmotiv deleuzien, la déclaration de guerre permanente faite aux philosophies de la constitution, et l’injonction de prétendre moins peindre nos corps sur le monde que laisser le monde se peindre sur nos corps. A partir de ce décentrement, qui possède depuis bien longtemps ses lettres de noblesse en philosophie, Merjagnan met en place un récit dans le récit&amp;nbsp;: outre le récit du rapport des personnages au monde de Samarante, et aux autres personnages, chacun est impliqué dans le récit des rapports qu’il noue à ses propres affects, telle cette colère personnifiée, et magnifiée, qui aidera Oshagan à accomplir ce qu’il croit être sa vengeance.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Désubjectivation – affranchissement par rapport à un pôle de référence égocentré et individualisé, donc solitaire par définition -&lt;span style=&quot;mso-spacerun: yes;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt; ou désindividuation, et oscillation entre individualité et refuge trouvé dans l’anonymat d’une collectivité pour laquelle la distinction entre sujet et objet tombe, sont les motifs permanents qui traversent le roman (intégration de Triple A aux machines surveillant la ville, Grande Penseuse, machine théta, etc. sont autant de variations autour de ce thème unitaire).&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;A nouveau, grâce à quelques gestes esthétiques simples et beaux voulus par Merjagnan – mettre en scène la colère, la «&amp;nbsp;furor&amp;nbsp;» latine finalement - , son roman &lt;i style=&quot;mso-bidi-font-style: normal;&quot;&gt;pense&lt;/i&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;b style=&quot;mso-bidi-font-weight: normal;&quot;&gt;Dab envoie sur le réseau un signal de présence. Aucun câble, aucun branchement n’est nécessaire. La trame épouse les structures physiques. Les murs, les plafonds, les planchers, les immeubles agissent en matériau conducteur, comme presque tout le reste, le mobilier, les vêtements, les gens à travers leur corps. Le réseau ne se trouve pas dans la ville, il est la ville. Tout est relié, connecté par défaut. En théorie, il reste possible, à tout moment, de couper le contact. La réalité, c’est que cela coûte cher et nécessite un véritable audit de paranoïa. S’isoler signifie aménager des caissons non conductibles, porter des bottes isolantes, se garder de toucher n’importe quel élément de son environnement direct, se refuser à utiliser le plus basique des objets du quotidien. Tout cela pour rien dans la mesure où le réseau est si dense, embouteillé par des bataillons de lampes de chevet, de machines à café et de thermostats, que le bruit de fond qui le hante offre une protection efficace contre les systèmes de surveillance. La trame est indispensable à une ville. Sans elle, la cité ne serait plus qu’un troupeau de pierres indifférenciées et stupides.&lt;/b&gt;&amp;nbsp;» (pp. 65-66)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;C’est le lien qui fonde la différence, l’union qui distingue, le pré-individuel qui individue. La solitude est stérile, mortelle&amp;nbsp;; la solitude n’existe pas.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Le réel est signifiant quand il est trame, quand il est relié, quand il est le lien même.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Ontologie radicalement opposée à l’idée de monade, ou même de «&amp;nbsp;substance&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Si l’on repense à la matière dont les tours sont faites, Samarante n’est pas une ville matérielle, ni substantielle, elle est un immense réseau de nature idéelle. Samarante a une structure &lt;i style=&quot;mso-bidi-font-style: normal;&quot;&gt;romanesque&lt;/i&gt; par excellence&amp;nbsp;: elle est un réseau immatériel d’idées qui tiennent lieu de matière. Ce qui la tient dans l’existence est son &lt;i style=&quot;mso-bidi-font-style: normal;&quot;&gt;intrigue&lt;/i&gt; même, l’intrication de tous ses composants dans le tout organique – la trame, le réseau -, qu’elle est.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Inutile, pour autant, de tirer le roman de Merjagnan vers des problématiques trop orientées sur le Livre, la création auto-indicative, lorsque ces thèmes ne sont que discrètement effleurés. Mais on est, là, dans cette hésitation qui est celle des bons romans&amp;nbsp;: se montrer soi-même, et perdre le monde, ou au contraire éclater purement vers ce que l’on a à dire, et exister alors moins comme œuvre littéraire que comme pure hypotypose, récit extatique qui cache sa nature et sa fonction tout en accomplissant parfaitement celles-ci. «&amp;nbsp;&lt;i style=&quot;mso-bidi-font-style: normal;&quot;&gt;Ut pictura poesis&lt;/i&gt;&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: n’oubliez pas d’insister sur le &lt;i style=&quot;mso-bidi-font-style: normal;&quot;&gt;ut&lt;/i&gt;, c’est lui qui fait tout trembler.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;b style=&quot;mso-bidi-font-weight: normal;&quot;&gt;Quelques dizaines de mètres au-dessus de l’univers doré et reclus de l’Inc, Triple A vole sur la paroi transparente de l’esplanade. Une joie enfantine déboule sous sa poitrine et se mêle à l’adrénaline de la peur. Il voudrait rire. Le souffle lui manque. Son cerveau court avec lui à toute berzingue. La vitesse provoque des étincelles, des idées soudaines qui illuminent sa compréhension des choses avant de disparaître aussi brusquement.&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;b style=&quot;mso-bidi-font-weight: normal;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;La Tour&lt;/span&gt;&lt;/b&gt; &lt;b style=&quot;mso-bidi-font-weight: normal;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;est déjà loin derrière lui. Il voulait grimper tout en haut, contempler les crêtes des montagnes qui, à ce qu’on dit, entourent la ville. Ne plus voir que du ciel. Il était venu chercher une liberté qui lui était impossible dans les bas-fonds de&lt;/span&gt;&lt;/b&gt; &lt;b style=&quot;mso-bidi-font-weight: normal;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;la Faille.&lt;/span&gt;&lt;/b&gt; &lt;b style=&quot;mso-bidi-font-weight: normal;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Il&lt;/span&gt;&lt;/b&gt; &lt;b style=&quot;mso-bidi-font-weight: normal;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;se trompait. Elle ne l’attendait pas sur les hauteurs de&lt;/span&gt;&lt;/b&gt; &lt;b style=&quot;mso-bidi-font-weight: normal;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;la Tour.&lt;/span&gt;&lt;/b&gt; &lt;b style=&quot;mso-bidi-font-weight: normal;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Il&lt;/span&gt;&lt;/b&gt; &lt;b style=&quot;mso-bidi-font-weight: normal;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;n’a jamais été aussi libre que maintenant, dans l’état d’incertitude qu’a provoqué son geste insensé. Il serre un peu plus fort son arme vide dans la main. La liberté est apparue avec le déclic. Avec le tir. C’est là qu’il l’a rencontrée, fragile, insaisissable, plus belle que tout ce qu’il avait espéré. Comme un avant-goût d’infini. Pas l’infini des dieux ni du ciel, mais celui qui n’attendait qu’un signe pour éveiller son âme. Et voler avec lui par-dessus le monde. Dans sa course, dans ce petit moment égaré, à l’écart, il sent que se niche l’un des plus grands secrets des hommes&amp;nbsp;: pouvoir se perdre et se trouver, à la même seconde, dans l’impulsion d’un simple geste décalé.&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&lt;b style=&quot;mso-bidi-font-weight: normal;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Triple A ne pense pas. Il se jette à corps perdu, comme une particule aléatoire percutant les isentropies physiques de la ville.&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&amp;nbsp;» (pp. 74-75)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Le moment où le jeune Triple A braque son arme sur l’une des tours et tire nous semble un moment typiquement messianique, au sens où nous entendons cet adjectif.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Merjagnan nous montre une révolte totale. Aveugle, inconsciente, totalement incalculée – Triple A ne s’interroge à aucun moment sur les possibilités de réussite de son acte, ni sur les conséquences qu’il aura, l’important est seulement d’impacter au présent - , c'est l’acte pur de révolte, de libération d’une énergie négative de résistance sauvage (résistance sans objet &lt;i&gt;déterminé&lt;/i&gt;, donc résistance &lt;i&gt;sans objet&lt;/i&gt; tout court). Il y a néanmoins, dans la pure négativité irrationnelle de cet acte, un espoir qui peut se déployer sans être dirigé intentionnellement sur un objet particulier. C'est l’espoir d’une rupture totale dans le temps. C'est l’espoir que le temps puisse lui-même changer de nature. Et c'est cela, le cœur même du messianique. Quand la liberté pure tente de surgir, de devenir visible, de se phénoménaliser, de se manifester.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Le problème est sans doute que, comme Kant et le christianisme le savaient déjà fort bien, la liberté n’est peut-être rien de phénoménal, ni de phénoménalisable. Elle n’apparaît jamais pure dans le monde, puisqu’elle est peut-être toujours seulement située dans le pré-mondain, ou l’archi-mondain, dans le transcendantal si l’on préfère. D’elle, nous ne serons jamais sûr, dans le cours de notre vie vécue, d’avoir vu la trace ou la manifestation entière, voire glorieuse. Nous ne pouvons que penser qu’elle est ce qui structure anonymement, silencieusement, notre expérience, ce qui en dessine les contours, le visage, le contenu.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Ainsi la liberté n’apparaît pas. Le messianique, qui en est l’une des déclinaisons, non plus, par conséquent. Ce qui apparaît, c'est la tentative de rupture dans l’ordre de la phénoménalité, ou ce non-mondain qui perce malgré tout dans le mondain, mais ne cesse, à l’instar du Christ rappelant que son royaume n’est pas de ce monde, de rappeler qu’il n’est pas du monde, mais rend possible le ou les mondes.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;L’extrait ici examiné propose alors une inflexion intéressante par rapport à ce que l’on pouvait atteindre d’un événement typiquement messianique. Notre intuition centrale à propos du messianique consiste à reconnaître que le messianique tend souvent, dans son échec même à apparaître dans le monde, à dégénérer en chaos phénoménal (en quoi l’idée messianique de Rédemption a dégénéré en révolutions politiques menées sous la bannière du marxisme-léninisme, par exemple). Le messianique perce toujours au risque de se trouver auréolé d’une couronne (ou d’une traîne) de pur chaos incontrôlable, ce que toute l’œuvre d’un Volodine, ce que tout l’univers du post-exotisme, donc, permettent d’appréhender par le biais de la littérature.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Merjagnan invite à envisager un autre aspect du messianique, de ce point de vue. Comment Triple A va-t-il payer son acte&amp;nbsp;? Non pas en provoquant ou en subissant un chaos immaîtrisé, mais au contraire en étant intégré totalement au réseau, en étant soumis au réseau, dont nous avons vu qu’il constitue la texture même de la réalité dans le roman de Merjagnan. Le messianique, loin d’ébranler l’ancienne phénoménalité, l’ancienne façon d’exister, d’apparaître dans le monde, loin donc de remettre en cause la vérité du monde, et loin également de payer son échec d’un dérèglement chaotique des phénomènes, se trouve récupéré, réassimilé dans la vérité même du monde. La tentative de percée au-delà du monde est rabattue dans la pure immanence du réseau.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;b&gt;Le temps de la peine, l’esprit du gamin sera transféré dans un circuit de technigence. La sélection du terminal demeure variable. Il pourra appartenir à un complexe analytique, l’un de ces réseaux que les Ordres utilisent pour réguler l’essence du chaos. Ou finir en un appareil autonome, un docte ou un drone.&lt;/b&gt;&amp;nbsp;» (p. 77)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Réguler l’essence du chaos&amp;nbsp;: notons le monstre conceptuel que Merjagnan n’a aucun scrupule à nous proposer&amp;nbsp;: une essence du chaos. Autant parler de la stabilité du devenir pur, de l’être qui devient. Paradoxe deleuzien que nous ne porterions guère dans notre cœur, s’il n’était ici mis au service d’une méditation de qualité, qui nous affirme ici, pour reprendre la terminologie adoptée depuis trois ans maintenant sur ce blog, que l’étoile se laisse enclore par le système, ou, vérité non chrétienne par excellence, que la lumière qui n’est pas du monde se laisse absorber par la ténèbre mondaine et vient enrichir celle-ci dans son triomphe et sa visée omni-englobante.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;b&gt;La colère n’est pas une amie. Une intime, oui.&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Car elle vient à lui nue. Sans parole. A peine le touche-t-elle qu’elle le pénètre. Le sang bout, les veines enflent. Elle tourne à vif la peau des entrailles. Oshagan encaisse. La douleur se diffuse et creuse la chair. Elle presse le supplice contre les os, un tour, puis un tour, puis un tour. Jusqu’à ce qu’on premier cri crève.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;La colère est l’ancêtre des émotions. La soupe magmatique qui couve sous les plaques chevauchées des sentiments. Ce n’est pas une sauvage. Sauvage reviendrait à dire qu’elle peut s’amadouer, cependant que la chaleur de son feu ne tolère pas d’autre vision que celle d’une totale incandescence. La colère monte de l’abîme. Du gouffre chtonien où dégoutte une terre en sang. Ventre, boyasse, antre, elle fermente et bouillonne, saute d’humeurs en cendres, elle brûle. Quand la croûte, enfin, se déchire, quand vient l’instant, la colère ne sort pas. Elle érupte.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;La lave aux lèvres, Oshagan se retire des hommes.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Il s’interne.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Il s’isole en cellule d’abcès. Des boursouflures de chairs capitonnées, lacées au fil du temps, se referment sur lui. La mémoire où il s’emmure suinte comme une plaie.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Les doigts fumants, le guerrier empoigne le fer rouge de la colère qu’il enfonce jusqu’au bras dans le pus, creusant et brûlant un passé qui ne guérit pas.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;» (p. 84)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Transcendance d’un sentiment qui s’impose au psychisme sans en provenir&amp;nbsp;: la colère ici personnifiée est toute platonicienne, comme l’était la matière des tours. Où l’on s’aperçoit par conséquent qu’ériger les affects au rang de moteur de toute pensée et de toute action ne mène pas forcément à des découvertes d’une radicale nouveauté philosophique, mais à une revisitation patiente de vérités profondément humaines, qui n’ont pas à s’excuser de n’être pas originales, ni de n’avoir pas été découvertes au vingtième siècle.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;C'est la chair qui traduit immédiatement la colère, ce en quoi la chair est presque aussi importante que le sentiment, puisqu’elle en est l’expression instantanée, frontale, fidèle. La chair fournit ici le matériau/réceptacle (Platon n’aurait-il pas ici parlé de khôra&amp;nbsp;?), précédant le départ du sensible et de l’intelligible, où les étants vont trouver le moyen de se déterminer et donc de commencer à exister&amp;nbsp;? La chair est l’étoffe même où toutes les existences viennent dessiner le vêtement qu’elles seront. Ici, elle est le substrat, la cire portée à incandescence qu’un sceau imposée d’en haut, ou des profondeurs (mais c'est encore une verticalité qui est à l’œuvre, et c'est cela qui importe ici), viendra individuer, singulariser.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;b&gt;Samarante est une ville ceinte de montagnes creusées par les ravines et les coulées d’anciens volcans. Les soleils s’attardent rarement, le soir venu, dans la plaine encaissée où la cité fut bâtie.&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Derrière les murailles, on entend parfois le son des guitares grimper d’un défilé de pierres. Un groupe d’étudiants titube dans une nuit révolutionnaire. Les rues s’emplissent d’un brouhaha antique, résonnant de l’écho de fêtes révolues. Des ombres dansent au passé. La ville paraît alors plus grande. Les immeubles se dédoublent derrière l’apparition de bâtisses fantômes tirées, dans les lueurs des feux de joie, d’époques ensevelies.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Samarante est bâtie dans l’épaisseur du temps. Elle est, pour tout le peuple des Cités, «&amp;nbsp;la ville des Âges&amp;nbsp;». Sa jeunesse est restée, mais en mémoire, figée comme les laves sculptant les monts dressés autour, de toute part.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Tandis qu’il la retrouve après dix ans d’exil, Oshagan se rend compte, avec une acuité nouvelle, une virulence qui lui donne la chair de poule, que la cité est pareille à lui.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&lt;b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;Revenante.&lt;/span&gt;&lt;/b&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&amp;nbsp;» (pp. 90-91)&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Dans l’expérience du retour du guerrier se dessine la ville, personnage principal du roman, et objet de la méditation la plus profonde et la plus aboutie de Merjagnan.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Samarante, si l’on suit la géophysique proposée, est le creux d’un berceau, elle est un berceau. De ce fait, si l’on traduit la métaphore, elle est l’origine de l’expérience humaine. La ville est la matrice de l’humanité. Sa vérité, à nouveau, n’est pas vérité du monde, puisqu’elle est l’origine de toute expérience possible du monde pour un homme. Il restera à voir comment l’auteur parvient à nous montrer que la ville relève du transcendantal.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; &lt;p style=&quot;text-justify: inter-ideograph; margin: 0cm 0cm 0pt; text-align: justify;&quot; class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 11pt;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman;&quot;&gt;Instant de grâce dans la description de la ville, où Samarante est découverte comme Alticcio, ou comme la Metropolis que Serge Lehman approchait dans «&amp;nbsp;Superscience&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt; 
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