22 juillet 2007
Subliminal and the Shadow - Tikva (Espoir)
Voilà vraiment une curiosité. En France, le rap c'est pour contester, dire que le pouvoir c'est mal, que les policiers ne sont pas gentils, etc. Ailleurs, ça participe au moral des troupes. Chacun son truc.
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03 novembre 2006
Sylvain Luc, l'Homme-Guitare (par François C.)

Voici un guitariste qui devrait ravir les écoutilles des amateurs de pureté sonore et de trouvaille mélodique. A l’occasion de la sortie de son nouvel album, Joko ( je ne l’ai pas encore acheté, ce qui pourtant ne saurait tarder), Sylvain Luc a donné, fin octobre, deux concerts au Petit Journal Montparnasse. Il se trouve que ce vénérable troquet est si proche de mon logis qu’il en partage presque le même paillasson : Nous n’avions donc guère d’excuse, Buddy Holy et moi, pour ne pas aller voir ce musicien hors pair que nous avions découvert grâce au Trio Sud, formé il y a maintenant six ans avec le contrebassiste Jean-Marc Jafet et le batteur André Ceccarelli.
Le 19 octobre au soir, nous étions donc assis à quelques mètres de la scène du Petit Journal, attendant avec un brin d’impatience l’entrée des musiciens. Le hasard voulut que ce fût au moment où je me décidai à aller commander des boissons – je vous laisse deviner lesquelles – que Sylvain Luc s’installât sur un tabouret, et fît vibrer, dans la salle soudain silencieuse et le long des moëlles épinières, son premier accord.
Les improvisations de Sylvain Luc sont de celles qui s’imposent à l’oreille et qui restent, au bout de quelques écoutes, comme d’ineffaçables mélodies intérieures : véritable miracle d’une création ad hoc dont le fruit s’installe peu à peu parmi les chants familiers et irremplaçables, mystérieuse alchimie de la matière sonore qui prend vie devant des Pygmalions ébahis. Peu de guitaristes ont été capables d’une telle transmutation de la ligne mélodique aléatoire en parole unique : Wes Montgomery sans doute, Biréli Lagrène parfois, Django Reinhardt évidemment… Je laisse le soin au lecteur de ne pas s’offusquer et de compléter à sa guise cette courte liste très synthétique et abitboléenne.
Je ne tardai pas, ce soir-là, à acquérir la certitude que le petit Basque était bel et bien prodigieux : il joue, littéralement, comme il respire. L’instrument n’est plus un obstacle à la libre transposition du son pensé, il l’a amadoué depuis bien longtemps, on ne sait comment : le travail seul n’aurait jamais pu aboutir à une si parfaite assimilation de la greffe. Chacun de ses gestes, d’une précision presque nonchalante, produit le son voulu. Le son, tel qu’il nous parvient, est chargé de cette volonté esthétisante. Par moments, les apprentis guitaristes que nous sommes se regardent les uns les autres, éberlués, et demandent : « Mais comment y fait ça ? Avec l’ongle ? La pulpe du doigt ? Le poignet ? Le bouton de manchette ? » On a beau savoir que ses guitares Godin sont truffées d’autant de micros que les bureaux du Watergate, on ne peut toujours pas s’empêcher d’attribuer ces modulations sonores à une maîtrise quasi magique de l’instrument.
Mais je m’égare dans des considérations guitaristiques, alors que l’intérêt profond et la véritable beauté du jeu de Sylvain Luc ne sont pas là. On peut retenir d’un reportage télévisé, disponible sur Google Vidéo, ces quelques mots qui résument parfaitement l’idée qu’il se fait de sa propre musique : « le plus important, c’est de mettre de l’âme dans ce qu’on joue ». Il y a en effet tant d’âme, dans son phrasé, qu’on ne saurait l’écouter sans la sentir. La virtuosité technique est entièrement mise au service de cette animation du son de la guitare, et ce à tout moment, chaque fois que l’occasion d’effleurer une corde se présente. « Une corde » : j’écris cela par commodité, car il n’y a pas, à la surface de l’instrument, un millimètre carré qu’il ne mette à contribution pour exprimer sa créativité rythmique, harmonique ou mélodique. Je vous laisse en juger par vous-même en écoutant un extrait d’ « Eraldi », une de ses compositions, tirée de l’album Trio Sud (Avec l'aimable autorisation de Francis Dreyfus Music).
La personnalité musicale de Sylvain Luc, aisément repérable, était enrichie ce soir-là par l’apport de musiciens « invités », au nombre desquels on comptait l’harmoniciste Olivier Ker Ourio, le violoncelliste Eric Longsworth, le percussionniste Keyvan Chemirani, et le célèbre Michel Portal à la clarinette. Jacky Terrasson, absent, fut remplacé au pied levé par un excellent pianiste dont je n’ai pas saisi le nom. Tous ces musiciens, qui se succédèrent sur scène aux côtés du guitariste, soutenus la plupart du temps par un bon duo basse-batterie (également anonyme ici), nous ont régalé par la variété de leur répertoire, la qualité de leurs improvisations et leur belle entente mutuelle, qui conférait au concert des airs d’apéro musical, ce qui n’était pas pour nous déplaire.
C’est donc avec enthousiasme que je vous invite à découvrir – ou à redécouvrir – ce guitariste hors du commun. Quelques liens :
http://video.google.fr/videoplay?docid=295920081682589863... : une présentation sous forme de reportage, intitulée « Le petit géant », composé de petites interviews et d’extraits de concerts. http://video.google.fr/videoplay?docid=-51941078344635177... : Live à Marciac, en 2000, avec Biréli Lagrène : la vidéo est d’assez bonne qualité.http://video.google.fr/videoplay?docid=823555790523454933... : Autre live, « Sweet Marciac », avec Biréli Lagrène, Christian Escoudé et Philippe Catherine. La qualité de l’image et du son est moins bonne.
http://www.dreyfusrecords.com/discs_ns.php?a=28&l=1 : Le site officiel de Sylvain Luc, avec une biographie et une discographie complètes.
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28 mai 2006
In the mood for Jazz

Puisque je l’avais promis, et que Mr B. insiste pour que je poste un article sur le concert de Biréli Lagrène, le voici. Cette longue hésitation n’est pas seulement due à la sempiternelle « période d’examens » ; elle trouve sa capricieuse source dans mes incertitudes quant à l’angle par lequel je vais attaquer le sujet.
C’est que je n’ai pas envie de vous parler de « jazz manouche ». Le concert de lundi dernier, dont l’ami Systar a déjà dressé un fidèle compte-rendu, m’a conforté dans une conviction qui m’habite à nouveau depuis quelques mois : la musique de Django, comme celle de Biréli, comme celle de l’ensemble Zaïti, comem celle de beaucoup d’autres, est irréductible à l’esprit manouche, gipsy, sinti, gitan, tout ce qu’on voudra : cette musique, c’est du jazz. Et le jazz est pour moi, du fait de la pratique de l’improvisation qui le définit, la quintessence même de la musique. Attention, j’ai bien dit « pour moi » : que Dédé, ni personne d’ailleurs, n’aille croire que j’ai l’intention d’aller piétiner ses plates-bandes.
Biréli, comme je l’ai déjà suggéré dans mon précédent post sur le sujet, suit une voie similaire à celle que Django a ouverte. Chez les manouches, django signifie « je réveille » : belle intuition de la part des parents (on ne peut pas toujours en dire autant). Cet homme a en effet réveillé la musique populaire européenne, si tant est qu’elle se soit déjà endormie, en la mêlant au jazz d’outre-atlantique, créant ainsi un jazz ouvert à toutes les influences.
Mais j’en vois déjà qui s’impatientent : quid du concert de Biréli, alors ? J’y viens, j’y viens.
C’est presque par hasard que nous avons obtenu des places pour ce concert du Gipsy Project à Noisy-le-Sec. Il a fallu qu’une tante logarithmique, éminente violoniste résidant à Noisy, me pose au détour d’un débarrassage de table la question fatidique : « Tu connais Biréli Lagrène ? » Vous imaginez ma réaction. De fil en aiguille, j’appris par l’oncle logarithmique, adjoint à la mairie, que le Gipsy Project passait la semaine suivante, et qu’il pourrait nous avoir des places. Après, je ne me souviens plus de rien, c’est le trou noir.
Je repris connaissance le mercredi suivant, avenue Jean Jaurès, devant la salle de concert. Le concert lui-même tardait à venir, et le public s’entassait à n’en plus finir dans le petit théâtre, face aux imperturbables guitares sur leurs trépieds et à la contrebasse échouée sur la scène comme une baleine brune. Mais Biréli finit par arriver, précédé de Hono Winterstein (50 ans de pompe manouche, toujours le même coup de patte), de Diego Imbert (gadjocontrebassiste) et de Franck Wolf (gadjosaxophoniste). Biréli ne paie toujours pas de mine, avec ses cheveux gominés, ses santiags jaune pipi et ses airs de gentil crapaud. En revanche, il joue toujours aussi bien – même Loga a été conquise, ce qui n’est pas peu dire.
Et justement, nous n’avons pas eu droit à un concert de jazz manouche (d’où ma fastidieuse entrée en matière), mais à un concert de jazz, et quel jazz ! D’Un certain je ne sais quoi (Diego Imbert) à Isn’t she lovely (Stevie Wonder), en passant par l’incontournable Nuages (Django) ou encore Hungaria (Django toujours), Biréli nous a montré, comme il le fait quelques dizaines de fois chaque année, son inépuisable savoir-jouer et sa capacité à jouer des morceaux de tous horizons à la sauce jazz, exactement comme le faisait Django. On l’a même vu (comme à chaque concert paraît-il, mais enfin bon) pousser la chansonnette comme Sinatra sur Fly me to the moon. Le plus fascinant dans ce concert, outre le reflet du cordier de la guitare Archtop de Biréli qui nous arrivait droit dans la figure, c’était sans aucun doute l’aisance avec laquelle le Gipsy Project évolue, sur scène, dans cet univers de perpétuelle création, de re-création sans fin, bref, d’improvisation, comme si la musique était une pâte (une substantifique moëlle ? Sincèrement désolé pour cette image gastronomique fort disgracieuse) qu’il s’agirait de pétrir sans cesse pour en tirer à chaque fois quelque chose de nouveau. Et ce quelque chose de nouveau, sa nouveauté même est perçue par le public avec une exaltation sans doute assez proche de celle qu’éprouve le musicien lui-même. Alors oui, on peut dire que la musique telle que la pratique Biréli Lagrène est un langage, et dans ce domaine, le fabuleux Alsacien maîtrise suffisamment de dialectes pour donner à la parole de sa guitare une richesse inégalée.Le plus beau, c’est que je suis à peu près certain de ne pas me faire comprendre. Ce n’est pourtant pas compliqué, il suffit d’aller voir Biréli en concert, ou encore d’assister à une soirée comme celle du lundi 15 mai, à la Taverne de Cluny.
Sur ce, je vous souhaite à tous une excellente fête des génitrices.
George.
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02 avril 2006
Manouchauvin's Project : Swing Home
Voilà...Pour poursuivre dans nos "tribulations manouches", un morceau cher à notre coeur, composé d'extraits de tout et de n'importe quoi, avec un thème neuf pour l'occasion, et une grille sans cesse revisitée par George, le tout enregistré bien sûr dans les conditions du Live, ce qui inclue les pains, les commentaires foireux, et le son tout pourri d'époque!
23:25 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
26 mars 2006
Le "swing" du samedi soir
Voilà un court aperçu du "récital" donné par les bras droits du Systar, lors d'une douce nuit Angevine, aux abords de la rue Edgar Degas, devant quelques trois personnes dont l'ingénieur du son (MoBRET)...Enregistrés avec les moyens du bord, un vieil mp3-dictaphone d'avant guerre déniché dans une poubelle, les deux compères s'efforcent de retrouver l'ambiance survoltée des clubs de la capitale, lors des passages de Django Reinhardt et son QHCF...
Buddy
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09 mars 2006
Une brève histoire du jazz...version manouche.
Il suffit de bien regarder dans les rayons (ou les bacs en langage jeune) jazz pour remarquer l'engouement actuel pour le jazz...manouche. Les rétrospectives et compilations "Django Reinhardt" fleurissent, de nouveaux talents apparaissent, des albums sortent tous les mois...entre tradition et renouveau, le style si cher à Django s'épanouie, pour le plus grand bonheur des maisons de disques. Pensez donc! Un style jazzy, plutôt entraînant, qui, pour une fois, suscite de l'intérêt de tous, jeunes y compris, et qui fait VENDRE, cela fait bien longtemps (au moins 70 ans) que l'industrie du disque de jazz n'avait connu pareil essor.Au début des années 30, un ensemble original comprenant trois guitares, un contrebassiste et un violon, fait son apparition sur la scène jazz en France. Le succès ne se fait pas attendre et cette musique joyeuse et conviviale fait fureur dans les clubs de la capitale. En effet le public afflue à ces concerts de musique jazz aux accents jazzy américains mais qui reste bien française, notamment par ses thèmes et reprises bien connues de la chanson française d'époque (Trénet, Prévert-Kosma...). Le phénomène Django est né.
Né en 1910 à Liberchies en Belgique (ville organisant désormais un festival de jazz chaque année), Django se lance vite dans l'apprentissage de la musique, un apprentissage essentiellement oral et autodidacte, comme pour la plupart de ses frères manouches. D'abord passionné de violon et de banjo guitare avec lequel il anime les bals populaires de Paris dès l'âge de 12 ans, il se met vite à la guitare, et travaille sans relâche les morceaux traditionnels gitans et autres valses de l'époque. La virtuosité et l'imagination de ce jeune musicien sont déjà perceptibles, ce qui lui permet d'enregistrer son premier opus en 1928. Sa renommée ne cesse de croître, et entraîne une proposition d'enregistrement à Londres dans l'orchestre d'un jazzman réputé (Jack Hilton). Malheureusement le destin en décide autrement, et quelques jours plus tard il est grièvement brûlé dans l'incendie accidentel de sa roulotte. Django sortira de l'hôpital en 1930, avec l'annulaire et l'auriculaire de la main gauche paralysés. Doué d'une volonté peu commune, Django s'invente alors une nouvelle technique guitaristique, et retrouve après des mois d'effort une virtuosité d'autant plus exceptionnelle qu'elle repose sur la vivacité de ses trois doigts restant.
En 1931, Django rencontre Stéphane Grappelli, un violoniste surdoué de 23 ans, lors d’un concert au Claridge. Les deux compères se prêtent quotidiennement au jeu de l’improvisation, bientôt rejoints par Joseph, le petit frère du génial manouche. De cette alchimie va naître une nouvelle forme de Jazz, basée sur les morceaux traditionnels manouches, la chanson française de l'époque mais également le Jazz américain de Duke Ellington, Count Basie...Django et Stéphane forment par la suite (1934) le Quintet Du Hot Club de France, qui comprend également Joseph Reinhardt le frère, Louis Vola à la contrebasse, ainsi qu'un autre guitariste rythmique, Eugène Vées. Le quintet connaît un succès grandissant dans les clubs français, puis se produit à travers toute l'Europe jusqu'au début de la WWII. Django forme alors un autre groupe, plus novateur, comprenant un clarinettiste et un batteur, alors que Stéphane Grappelli s’exile à Londres. Leurs retrouvailles n’en seront que plus délectable, notamment en 1947, lors d’une session d’enregistrement qui verra naître une splendide version de « What Is This Thing Called Love ». Au milieu des années 40, Django part en tournée aux Etat-Unis, pour élargir encore son langage musical et profiter des influences jazzy outre-atlantique. Quelque peu capricieux (Django refusait régulièrement les rappels, et ne se présentait pas toujours à ses propres concerts), souvent lunatique, Django connaît une déception, face à un public adepte du jazz d’Ellington et du Be-bop de Parker et Gillespie. Il participe néanmoins à des séances d’enregistrement, notamment avec l’américain Freddy Taylor, dont la voix chantante et gouailleuse se laisse entendre sur « Georgia On My Mind », « Nagasaki », « After You’ve Gone », ou encore l’excellent « I’se A Muggin », tout ces chefs-d’œuvre se retrouvant sur l’album Django With His American Friends . Après avoir côtoyé les plus grands noms du jazz Américains, il rentre en France, et se produit de moins en moins, jusqu'à s'installer à Samois-sur-Seine, petit village de bord de Seine, près de Fontainebleau. Il se passionne alors pour la peinture, la pêche, et semble s'éloigner définitivement du monde musical. Il décède, trop jeune, le 16 mai 1953, d'une congestion cérébrale, et laisse derrière lui l'empreinte d'un guitariste exceptionnel, légende vivante de la musique Jazz...
Ayant enregistré près de 1000 titres, Django Reinhardt aura laissé un témoignage d'une exceptionnelle richesse au patrimoine culturel français...chaque années de nombreux festivals lui rendent hommage à travers le monde, en France bien sûr à Samois-sur-Seine, mais également aux Etats-Unis, au Japon...le swing manouche connaît une survivance incroyable pour un style vieux de plus de 70 ans, et ses représentants sont nombreux, dans la communauté manouche ou non. On pourra citer notamment Biréli Lagrène, né en 1966 en Alsace, et qui s'impose dès l'âge de 8 ans comme le nouveau phénomène du jazz manouche. Car ce style s'apprend très tôt dans la culture manouche, et il n'est pas rare de croiser lors de festivals des petits virtuoses d'à peine 10 ans, et qui maîtrisent déjà le répertoire de leur idole, Django Reinhardt. Peut-être plus qu'un guitariste, Biréli est un musicien exceptionnel, dans le sens où il "vit" cette musique, la sent, la respecte et la domine à la fois, et se l'approprie d'une manière unique, tout à fait personnelle, loin des clichés qui enferment le jazz manouche dans le piège de l'interprétation reinhardienne. N'oublions pas que Biréli, qui montait déjà sur scène à l'âge de 8 ans, est parti aux Etats-Unis à l'âge de 15 ans, pour un voyage initiatique qui l'a confronté aux plus grands musiciens de Jazz Fusion, mais également à Jaco Pastorius, le maître de la basse dite « fretless », Larry Coryell et John MacLauhglin, ce qui l'a presque totalement coupé du monde de la musique manouche, mais lui a permis d'élargir considérablement ses influences et son langage musical. Avec les albums « Gipsy Project » et « Gipsy Project & Friends », sortis en 2001 et 2002, Biréli revient donc au jazz manouche, son premier amour, mais en lui apportant sa touche personnelle...On retrouve un jeu empreint d'une virtuosité, d'une vivacité technique et d'une créativité incroyables, qui transportent Biréli tout en haut de la planète jazz, et en font, on peut l'admettre, le fer de lance du jazz manouche actuel.
Romane, plus agé, n'est pas issu de la communauté manouche, mais reste un musicien très influent dans le swing manouche actuel. Avant-gardiste, il n'hésite pas à mélanger l'orgue hammond où le piano (French Guitar, Iris Music, 2005) à la rythmique envoûtante des frères Yayo et Fanto Reinhardt, et s'éloigne ainsi du traditionalisme pour ajouter une touche plus moderne, une nouvelle couleur au swing…A écouter absolument, ses albums avec Stochelo Rosenberg, « Elégance », « Double Jeu », et le tout récent « Gipsy Guitar Masters », témoins d’une alliance particulièrement réussie entre deux musiciens pourtant totalement différents dans leur approche du style.
Tchavolo Schmitt, remarqué récemment dans le film Swing de Tony Gatlif (2002), très crédible en Miraldo, gitan bourru au cœur d’or, représente quant à lui la "quintessence" du style, adepte d'un jeu musclé, et qui n'hésite pas à remettre au goût du jour les valses d'antan. Originaire d’Alsace, Tchavolo a aussi joué en Allemagne et en Hollande, notamment avec Fapy Lafertin, avant de revenir en France, et d’y enregistrer un premier disque à son nom (« Alors ?…Voilà ! », Iris Music), largement motivé par Romane. Ce premier album est un succès, et le propulse sur le devant de la scène, Tchavolo enchaînant les tournées, notamment au Japon, où son style viril est particulièrement apprécié. Il a récemment sorti un nouvel opus, « Loutcha », dédié à sa famille, et qui comporte de magnifiques valses de sa composition.
Angelo Debarre, manouche originaire de Paris, possède une technique époustouflante et une attaque très sèche, qu'il met au service d'un jeu fulgurant, accompagné depuis quelques années par l'excellent accordéoniste Ludovic Beier, avec lequel il a enregistré notamment les albums « Come Into My Swing » et « Entre Amis ». Il se produit également beaucoup aux USA, dans le cadre de festivals dédiés aux génial gitan.
Originaire de la communauté sinti Hollandaise, Stochelo Rosenberg reste le premier joueur de swing manouche à avoir vendu le plus de disque, en dehors de Django. Il parcourt l'Europe avec son trio dans les années 90, adepte d'un jeu fluide et léché, tout en fulgurance. Malgré quelques erreurs de parcours, dont le kitchissime « Impressions » (1992), Stochelo s’affirme peu à peu comme un des maîtres du style, se produisant régulièrement au festival de Samois-sur-Seine, notamment lors du cinquantenaire de la mort de Django, pour un concert exceptionnel dont a été tiré le disque « Live A Samois, Tribute to Django Reinhardt ». Il joue depuis peu avec son cousin Sani et son petit frère Mozes, le nouveau trio ayant enregistré l'album "Ready'n Able" en mars 2005, album original, qui comprend de magnifiques reprises, pourtant osées, comme « I Wish » de Steevie Wonder, et des compositions de qualité, Stochelo démontrant une nouvelle fois avec « Joseph Tiger » son sens inné de la création.
Dorado Schmitt, manouche d'origine alsacienne et qui a formé son fils Samson, est un musicien très apprécié en France et en Europe, et est notamment à l'origine de bossas sublimes (Bossa Dorado).
D'autres musiciens comme Raphaël Fays, Jimmy Rosenberg, Boulou et Elios Ferré, fils de Matelot Ferret et neveux de Baro Ferret, David Reinhardt (le petit-fils), Rodolph Raffali, d’une sensibilité et d’une musicalité extraordinaires, et qui a récemment sorti un magnifique album de reprises de Brassens, Ninine Garcia, qui perpétue la tradition au côté de son père Mondine à la chope des puces, le suédois Andréas Oberg, Yorgui Loeffler de l’école alsacienne, le hollandais Fapy Lafertin, dont on affirme qu’il est le secret le mieux gardé du jazz manouche, où même Thomas Dutronc complètent cette liste des représentants du jazz manouche, qui ne saurait être exhaustive, étant donné le nombre croissant d'artistes voués au culte de Django...
Buddy Holy
PS : deux liens forts intéressants :
-La biographie de Django par Yves Salgues :
http://www.jazzmagazine.com/Vies/portraits/djangoreinhard...
-Une biographie plus courte, mais qui mérite qu’on s’y attarde, par Francis Marmande :
http://www.djangomontreal.com/doc/QuandDjango.htm
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16 février 2006
Jazz manouche 1 : de Django Reinhardt à Biréli Lagrène (par George Abitbol)
Vous me direz, le jazz manouche, rien à voir avec la systar-choucroute. Détrompez-vous : le swing est au Systar ce que la saucisse est à Strasbourg.
