02 novembre 2009
La troisième dépossession

Il n'est jamais bon (utile, intéressant...) de prolonger le commentaire métalittéraire. Ce commentaire concerne la vie du milieu qui produit des livres, il prend en charge les faits et gestes des auteurs, des éditeurs, des critiques, et des lecteurs les plus bruyants. C'est qu'en général, nul besoin d'être grand clerc pour le comprendre et l'anticiper, on en viendra toujours au même type de reproches : le « milieu » est endogamique, consanguin, on n'y rentre que par copinages, cooptations, il n'y a pas de place réelle pour la méritocratie du manuscrit humblement envoyé par la poste, etc. Bref : on en viendra toujours, au final, à critiquer l'idée et la réalité mêmes de « milieu ». En effet, il appartient à tout milieu de se regrouper autour de centres d'intérêt communs (la science-fiction, le polar, la philosophie, la foi, etc.), au moins au début, puis de s'organiser, au point de s'autonomiser, de se constituer une sociabilité qui tend toujours - c'est le principe même de toute organ-isation, constituer un organisme qui puisse vivre seul, cohérent avec lui-même et indépendant - à risquer le fonctionnement en vase clos. C'est toujours les mêmes. De toute façon, machin a été édité par lui parce qu'il est l'ami de Truc. Bidule n'est repris en poche que parce qu'on ne pouvait pas refuser ça à son éditeur grand format. N'en jetez plus.
L'idée ici soutenue dans un premier temps sera donc celle-ci : il ne sert à rien de critiquer quelque chose comme un « milieu ». Pour la raison purement logique exposée ci-dessus - toute culture collective se construit par des « milieux », si sales et fermés puissent-ils parfois paraître -, mais aussi parce qu'on a toujours la liberté, lorsque guette l'asphyxie, soit d'ouvrir les fenêtres, soit d'aller voir ailleurs. C'est ce que je pense du « milieu » SF ou « Imaginaire » français, tel que j'ai pu le découvrir depuis presque trois ans, par des rencontres de chair et d'os, par les échanges blogueurs, les courriers électroniques, et bien sûr les forums.
Ces précautions oratoires, et néanmoins sincères, prises, il reste toutefois à faire écho à un texte intéressant publié par Fabrice Colin, auteur ici loué pour sa plume, sa sensibilité, et son intelligence, sur le site du Cafard Cosmique. Ce texte est intéressant pour lui-même, comme témoignage d'un auteur associé au milieu « SF », et pour le contexte de son écriture, notamment toutes les discussions qui ont pu faire suite à la publication de l'anthologie dirigée et préfacée par Serge Lehman : Retour sur l'Horizon.
Commençons par le texte de Colin.
C'est un texte d'auteur, ce qu'il appelle « lâcher prise », comme geste esthétique, est donc l'explication de sa propre démarche d'auteur, modulée par le fait qu'il est aussi (voyez son blog et ses contributions de critique à Fluctuat) un grand lecteur. Premier aveu de taille, donc : alors que c'est un lecteur rapide, compulsif, et avisé, il ne lit pas de SF pure et dure (comprenez, pour aujourd'hui : Wilson, Egan). La conclusion de l'article est sans appel, en ce sens : « À l'occasion, il faut quitter pour exister, se jeter à l'eau pour comprendre qu'on sait nager. Sans la SF, je ne serais pas là aujourd'hui. Avec la SF, je n'irai jamais très loin ailleurs. » La thèse de Fabrice Colin se développe ainsi : la SF est seulement un laboratoire, et l'occasion d'entrer dans le Jeu. A ce titre, elle perd son statut de fin en soi, en termes littéraires, et n'est plus que la méthode, la disposition d'esprit, qui peut préparer un auteur à se trouver lui-même, la maturité narrative, stylistique, esthétique, venant de livre en livre. La SF n'a plus d'autonomie (ou, à tout le moins, des auteurs comme Colin ne doivent plus lui en donner ou lui en reconnaître une), elle n'est qu'apéritive, préparatoire. Propédeutique à la vraie littérature, celle qui vient. La SF souffre donc du syndrome de Jean-Baptiste : elle annonce quelque chose de plus grand qu'elle-même.
Mais la thèse de Fabrice Colin peut, à mon sens, être expliquée, ou prolongée, et ce, justement, en reprenant cette idée d'un « lâcher prise ». Lâcher prise, se laisser porter, envahir, plutôt que lâcher prise au sens d'abandonner le combat rhétorique entre pro-SF et anti-SF sur les forums. L'expérience littéraire clé qu'à mon sens Colin vise, c'est la submersion, ou l'immersion totale, la déprise de soi, ou encore ce que je nommerai, en hommage à Ursula Le Guin, la « troisième dépossession ».
Expliquons un peu les choses, nous allons voir que les idées s'enchaînent naturellement en la matière.
Dans Les Dépossédés, Ursula Le Guin expose les deux formes de dépossession économico-politique de soi que l'individu doit subir à notre époque : celle de l'individualisme égoïste anti-égalitariste forcené (bref : l'individu coupé du milieu et de la genèse qui l'ont formé), et celle du collectivisme dirigiste furieusement égalitaire (le milieu purgé de toute individualité résiduelle). Dépris d'eux-mêmes, privés d'eux-mêmes, de leur couple et de leurs enfants, les personnages du roman de Le Guin en viennent à rechercher, selon les mots explicitement proférés dans le roman, la « chance » et la « grâce », bref, ce qui les sauverait d'une telle dépossession.
Or le geste esthétique de Le Guin, et il est le même que celui de Thomas Pynchon par exemple, consiste à proposer au lecteur l'horizon d'une autre forme de dépossession, d'abandon serein à autre que soi, sans se perdre soi. Les mystiques chrétiens ont nommé cela Gelassenheit : abandon serein et exultant à la vie même, à un milieu qui nous excède, qui nous submerge. Cette expérience est une dépossession, en ce qu'on y est emporté, c'est une dépossession non plus économico-politique, mais esthétique. Elle consiste à reconnaître, en le vivant, en l'expérimentant au plus profond de soi, que l'on n'existe comme individu que lié à un milieu primordial, immense, océanique, qu'on n'existe que porté et poussé dans le dos par les grandes vagues de la vie. La mise en scène de la disparition de l'homme, dans L'arc-en-ciel de la gravité, les luttes effrénées de Jack Flash contre toute forme de pouvoir dans Velum et Encre de Hal Duncan, tout cela commence par la reconnaissance d'un fond primordial d'être immense (le Velum, justement, mais aussi Londres, l'Afrique noire, et tant d'autres lieux dans le livre de Pynchon), présupposent ce fond premier d'être, et de vitalité[1]. Nous venons de plus loin que nous-mêmes, et l'avoir oublié est ce qui rend nécessaire la dépossession esthétique, la reconnaissance que nous ne saurions à nous seuls, nous suffire à nous-mêmes. Geste d'humilité, d'humiliation, et geste que Fabrice Colin avait su accomplir en parlant, avec La Route de McCarthy, de mise en scène d'un « immémorial ». Ce faisant, Colin se rapproche à mon sens de la théorie de l'individu développée par Michel Henry dans ses essais et son roman L'amour les yeux fermés : l'individu n'existe que provenant d'un fond qui le précède, et articulé à ce fond, dont il se coupe illusoirement[2]. Colin n'en reprendra sans doute pas l'argumentaire chrétien, mais il retrouve, à mon sens, cette expérience, et c'est là ce qui est significatif.
A présent, commentons le contexte du papier de Fabrice Colin. Ce papier constitue une forme de réponse, ou de réaction de circonstance, à la série de points de vue qui ont été exposés sur la science-fiction d'aujourd'hui, sa nature, sa spécificité, et les possibilités de sa diffusion à un public plus large qu'il ne l'est actuellement[3], sur le forum d'ActuSF, suite à la parution de l'anthologie dirigée par Serge Lehman. Nous avons été un certain nombre, parmi lesquels, donc, Colin, mais aussi Daylon, moi-même, et d'autres à qui je laisse le soin d'exposer eux-mêmes leur accord avec ce que je vais avancer ici même, à nous interroger sur ce qu'on peut bien caractériser comme une crispation identitaire d'une certaine SF française, auteurs et lecteurs inclus. Cette crispation a pris plusieurs formes.
D'abord, comme toutes les mises en avant excessives d'identités pourtant largement plus reconstruites artificiellement qu'héritées de longue date, elle a pris la forme de reproches adressés à la prétendue incompétence des autres, à savoir, ici : de la presse littéraire et du lectorat SF. Eh oui, on n'a jamais assez lu, on est toujours trop ignorant de la SF pour prétendre l'aimer, a fortiori pour pouvoir la défendre adéquatement auprès de ceux qui n'en lisent pas encore[4].
Ensuite, cette crispation a été d'ordre esthétique. Qu'on prétende toujours faire mieux que d'autres l'exact départ entre ce qui est de la SF et ce qui n'en est pas, voilà un jeu vieux comme l'histoire de la SF elle-même, et de bonne guerre. Par contre, se croire autorisé à pointer la vacuité, l'esthétisme gratuit de tel ou tel texte de l'anthologie Retour sur l'horizon lors même qu'on a reconnu d'abord que ce n'était pas de la SF, et ensuite qu'on a pourtant lu ces textes avec une grille de lecture adaptée uniquement à la SF, cela relève sans doute de la mauvaise foi. « Ce qui reste du réel »/ « Effondrement partiel d'un univers en deux jours » (Colin/Werner), « Penchés sur le berceau des géants » (Daylon), « Pirate » (Mahéva Stephan-Bugni), « Je vous prends tous un par un » (David Calvo), « Hilbert Hôtel » (Xavier Mauméjean), autant de nouvelles qui ne sont pas de la SF, ou à tout le moins une certaine SF historiquement et esthétiquement circonscrite, mais auxquelles on a semblé réclamer une émotion SF, un message SF (de préférence sociopolitique ET orienté, il faudra y revenir), pour conclure à leur vacuité, ou à la frustration que provoquerait leur lecture. Le vice logique est patent.
Enfin, la troisième forme de crispation que l'on pourrait relever est la réception même qui a été faite à la préface de Serge Lehman. Cette préface ne prenait personne en traître : il y a longtemps que le curieux, soucieux d'approfondir la réflexion sur la SF, pouvait lire, ou prendre connaissance, des textes de théorie de Lehman : La physique des métaphores, La légende du processeur d'histoires, Par-delà le vortex... Lehman, dans cette préface, ressaisit un parcours qui a déjà une décennie d'âge, et expose une thèse forte : après la crise philosophique engendrée par les philosophies du soupçon (principalement, selon Lehman, Freud et Nietzsche, mais Marx n'est pas très loin non plus), la branche non vérifiable empiriquement de la philosophie, à savoir la métaphysique, s'est continuée, en s'exportant, par la science-fiction, de manière souterraine, inavouée, préférant l'image et le monde imaginaire au concept et au système intellectuel clos[5]. Et Lehman de conclure sur ce qu'il tente depuis quelque temps d'approcher sous la catégorie de l' « événement », comme réunion du sujet et de l'objet, dépassement de leur opposition.
Cela signifie plusieurs choses. La ligne théorique, ou le site intellectuel depuis lequel Lehman tente de penser la SF, n'est pas la SF elle-même, ni la science. C'est la philosophie elle-même. Premier péché.
Deuxième péché : avec cette histoire saugrenue d'événement, Lehman s'interdit tout simplement tout militantisme[6], lequel suppose des convictions, donc une façon d'opposer idéal et réel, pensée et monde, conscience et chose, sujet et objet, que la catégorie d'événement rend impossible. F.A.U.S.T. est loin, et dans « Appel d'air », l'anthologie anti-Sarko de la SF française des années 2000, Lehman n'avait pu se résoudre à donner son propre avis en politique, préférant botter en touche et tacler amicalement Damasio. Si l'on voulait reprendre l'idée de dépossession exposée plus haut, on verrait qu'elle concerne également Lehman : l'individu, conscient que l'individuation totale ne saurait aboutir, peut s'abandonner à l'expérience d'une fusion « parachronique » entre lui-même et le monde, entre son présent de vivant et la mort qui n'en finit pas de venir.
Le premier péché mérite d'être explicité. Il est perçu comme péché uniquement dans la mesure où le critère, ou la norme, de toute réflexion réussie sur la SF, et surtout sur le monde quand on est auteur de SF, semble être la clarté scientifique. Cette clarté que l'on trouve dans les énoncés des physiciens (encore qu'il ne faille pas gratter trop loin dans la physique quantique, on y trouverait nombre de choses fort peu acceptables pour le positiviste de base). Or, on le sait, la philosophie ne propose pas des énoncés « scientifiques[7] ». Ils sont invérifiables par la science, ne peuvent pas être soumis aux mêmes vérifications ou tests qu'une théorie scientifique, puisque parfois ils servent de substructure conceptuelle, de vivier d'idées, pour formuler celle-ci, et que, parfois aussi, ils s'affranchissent totalement de tout rapport d'innutrition ou de corrélation à la science, prétendant permettre d'aborder efficacement et adéquatement ce que la science ne peut pas décrire ni expliquer.
Mais au lieu de reconnaître ces faits, nettement avérés dans l'histoire de la pensée, on préfère dénigrer les mots compliqués de la philosophie, son jargon (qui en réalité n'est, le plus souvent, que les mots techniques, précisément définis, qui permettent de penser quelque chose en évitant, dans le fil du raisonnement, les amphibologies, et d'éviter les flottements sémantiques du langage naturel, qui, contrairement à l'idée reçue, est tout sauf clair et univoque, ce que l'on sait depuis Aristote au moins), la démesure et la vacuité des questions qu'elle pose. Qu'elle pose conceptuellement la question de Dieu ou de l'âme, on lui reprochera de n'avoir pas assez renoncé à son héritage théologique (et c'est d'ailleurs ce qui est reproché à Lehman et à sa préface, puisqu'on réduit successivement et de façon erronée la métaphysique à la théologie rationnelle, et la théologie rationnelle à la théologie révélée des religions du Livre, pour pouvoir, au prix de falsifications conscientes de la thèse de Lehman, lui reprocher d'être un peu trop branché mythologie et halluciné par l'ésotérisme) ; qu'elle pose la question de la mort, on lui rétorquera que les séparations d'atomes n'ont pas à être redoutées ; qu'elle pose la question du sens, on dénoncera toutes les hypostases qui font croire aux métaphysiciens rêveurs que la matière puisse avoir la moindre valeur, que le meilleur de l'homme n'est pas uniquement ses fonctions nutritives et reproductives.
Bref, on maquillera une paisible occultation de plus de 2500 ans de pensée - occultation consciente ou non, selon le degré d'ignorance et de duplicité des uns et des autres face à la philosophie - derrière une resucée pénible et sèche du rasoir d'Ockham, et l'ambition wittgensteinienne de ne faire de la philosophie désormais qu'un instrument de clarification du langage et de déflation des faux problèmes drainés depuis trop longtemps par la philosophie ancienne pré-linguistic turn. Mais le rasoir d'Ockham, qui recommandait de ne pas multiplier plus que nécessaire les entités, était moins ennuyeux que la méfiance goguenarde envers la philosophie qui semble affecter la science-fiction française. A un point tel qu'on pourrait à peine lui opposer la pensée de Serge Lehman : avancer l'hypothèse d'un processeur d'histoires lui-même trans-historique, ce n'est pas surajouter aux faits un être suprême relevant d'une vision théologisée de l'histoire et de la littérature. C'est rendre compte efficacement d'un effet de ce qui s'identifie comme une structure, un dispositif constant à travers les âges... Et il faut ajouter que poser la question de la divinité comme Lehman l'a parfois fait témoigne surtout d'une souplesse d'esprit, d'une disponibilité à toutes les facettes de l'existence humaine, qui est nécessaire. Penser l'humain en considérant que le religieux n'est qu'un symptôme, donc l'inessentiel et l'erroné qu'il y a en l'homme, c'est tout à la fois réducteur et, surtout, indémontrable.
Ainsi pourrait-on rétorquer qu'appauvrir les questions n'est pas les clarifier, mais les nier. Que faire primer le militantisme politique (de préférence à gauche, mais à droite ce ne serait pas brillant non plus) sur l'interrogation de fond sur l'existence, la mort, le sens, relève de la même occultation que celle opérée jadis par l'obscurantisme religieux envers la science et l'immanence même du monde. Or l'occultation d'une partie du réel, ou de l'être, ne signifiant en rien qu'on réussira à penser adéquatement le reste, donnons au minimum, à des perspectives théoriques comme celle de Serge Lehman, foisonnante, proliférante, alliant très consciemment concepts et images, entendement et imagination (pour reprendre l'opposition citée par Lardreau), le bénéfice du doute. La pensée est un monde leibnizien : plus elle recèle de diversité, meilleure elle est, prise dans sa globalité. C'est ainsi qu'on ne saurait se satisfaire de la pensée du voile Maya qui n'est rien d'autre que la prise en charge d'une vacuité indépassable, censée justifier un réductionnisme physicaliste qui rappelle furieusement le bien moins exotique positivisme logique du Cercle de Vienne. Et qu'on ne peut qu'apprécier, après avoir vu vide de toute présence le trône de Dieu dans Vélum, de voir ressurgir par moment, dans Encre, la possibilité d'une libération de l'Absolu enserré dans l'encre avec laquelle on a écrit sur le Velum, et donc la renaissance de Dieu.
Le diptyque de Hal Duncan, le Livre de toutes les heures, constitue d'ailleurs un moment pivotal, en France, dans le milieu de l'Imaginaire. Publiée par le meilleur éditeur français actuel d'Imaginaire, Gilles Dumay, cette œuvre est révélatrice à de nombreux égards, et notamment si l'on choisit de la lire en regard de l'autre grand chef d'œuvre publié par Dumay en Lunes d'Encre : Spin, de Robert Charles Wilson. Comparons.
Dans Spin, au fond, qui a été largement accueilli comme un bijou par tous les amateurs avertis de SF, et à juste titre, on se situe encore dans le dispositif intellectuel que Lardreau avait su formaliser dans Fictions philosophiques et science-fiction. La théorie rend compte du monde, mais le barre également, puisqu'elle ne peut qu'employer les mots, qui font mur face au réel, et nous empêchent d'y accéder, tout en conjurant, par leur permanence, la syncope des choses (à peine apparue, une chose disparaît, et ne peut être maintenue dans la permanence et dans la pensée que par le discours, lequel devient alors l'objet propre de la philosophie). Théorie et réel sont séparés, et il y aura toujours entre eux un écart irréductible, parce que principiel. L'absolu est donc inaccessible. Cela signifie que seuls des scientifiques, dans Spin, seront en mesure de comprendre la nature des Hypothétiques : vaste entité de bactéries inorganiques organisant l'univers en vue de permettre leur propre survie et peut-être celle d'un genre humain appelé à terme à disparaître ou à devenir des bactéries. Réduction physicaliste de l'absolu, ou de ce qui aurait pu prendre le visage du divin, à des atomes de matière organisés en vaste entité collective.
On le voit, la problématique du livre est celle d'une SF passée, et encore vivace : l'opposition irréductible entre individu et collectif. Les Hotchkiss d'Heliot, les Noctivores de Beauverger[8], l'opposition du Cygne et de l'Aigle d'Yves et Ada Rémy... et tant d'autres exemples, nous montrent que la SF a souvent fait primer cette interrogation, qui est de nature principalement politique, et pose au fond la question des théoriciens du contrat politique : comment ordonner le multiple à l'Un, comment articuler les multiplicités individuelles à un projet politique unitaire ?
Wilson est génial en ce qu'il ne cède pas au scientisme, et expose, tout au long des errances religieuses hallucinées de certains de ses personnages, la voie d'un salut par le sentiment religieux, autre réponse possible à la question des devenirs de l'individu et du collectif. Dans le religieux, il y a de l'erreur, Wilson le montre bien, mais il y a aussi du beau, qui ne peut être effacé ou oublié à bon compte.
Mais il manque quelque chose. Le rapport à l'absolu, on l'a dit, est rendu impossible par l'écart entre théorie et réel, ou entre carte et territoire. Mais surtout : dans Spin, le mal n'existe pas. Les Hypothétiques sont neutres, ils ne sont ni bons ni mauvais, et la négativité se laisse surmonter en faisant finalement route vers Port Magellan à la fin du récit.
Or souvenons-nous de la mission véritable que Lardreau avait assignée à la science-fiction, en considérant que la philosophie était devenue incapable de s'acquitter d'une telle mission : affronter le mal, le penser, lui faire une place dans la pensée humaine, après le siècle des génocides. La science-fiction est fille américaine de la mauvaise conscience du génocide indien, relevait Lardreau, en ajoutant que seule l'œuvre d'un Thomas Disch, par exemple, lui semblait à même de prendre la mesure de la Shoah.
On peut discuter de la pertinence des thèses de Lardreau. Il n'en demeure pas moins que des livres de science-fiction comme Spin demeurent incapables, par principe, de prendre tout simplement la mesure de l'époque, en ce qu'ils ne font pas une place réelle, c'est-à-dire satisfaisante sur le plan littéraire ou esthétique, au mal, qui est la réalité de notre monde et de notre époque. Il y a trop d'optimisme en eux, comme un résidu encore insuffisamment expurgé d'optimisme progressiste hérité du positivisme et d'une certaine conception extrêmement datée de la science qui voyait en elle le moteur d'un progrès de l'être humain tout entier.
Inversement, dans l'œuvre de Hal Duncan, nous savons immédiatement tout de l'absolu : le réel est un voile, et le dieu mort ou absent s'est finalement laissé enclore dans l'encre avec laquelle on a écrit sur cette peau parcheminée qu'est le réel. Et Dieu pourrait ressurgir de ces tatouages qui ont construit des mondes. Et le Mal, paradoxalement, y reçoit, malgré l'intense jubilation ressentie à lire Velum et Encre, la juste place qui est la sienne : cœur de chaos qui mine le Velum, possibilité du meurtre de l'innocent (Thomas Messenger), et agitation frénétique d'un agent du chaos absolu, Jack Flash, pour tenter de contourner le pouvoir, vaincre le mal sans céder aux vertiges de l'optimisme (qui n'est que l'envie de réinstaurer une autre forme de pouvoir, donc de rester soumis) : tout y est. Le chaos du vingtième siècle est décrit en quelques pages au milieu d'Encre, exactement, sans doute, de la manière que Lardreau avait entrevue et appelée de ses vœux. Mais il se trouve qu'on n'est plus en SF. On est dans une littérature du débordement, de la submersion, de l'excès, de la dépossession absolue, où il faut se laisser emporter pour adhérer au projet fou de Duncan. Et la SF n'est plus qu'un moyen de parvenir à une expérience littéraire du Mal et de la joie pure, plus vaste ; certaines scènes d'Encre ont recours à l'attirail SF typique : ornithoptères de miliciens traquant des rebelles dans une ville du futur, space opera avec empire galactique, mais ce n'est justement qu'un recours, et non une fin en soi.
Ainsi Dumay, à mon sens, a-t-il pu mettre en scène dans sa collection une jonction intéressante, entre un genre qui est en route depuis longtemps, la SF, et produit encore des chefs d'œuvre, mais dans lesquels il ne faut plus forcément espérer voir progresser la pensée, c'est-à-dire voir apparaître de nouvelles questions, et l'avènement d'œuvres hors normes, qui intègrent toutes les imageries déjà en place pour mieux les dépasser, repensent la nature de l'individu, défini et mis en scène non comme opposé au collectif mais comme provenant de plus loin et allant plus loin que lui-même, et suscitent chez le lecteur cette fameuse troisième dépossession que nous avons voulu approcher.
Hasard du calendrier, il se trouve que cette jonction de deux phénomènes historiques - prolongation indéfinie d'une forme esthétique, et naissance d'œuvres hybrides à la fois héritières et salutairement infidèles à leurs prédécesseurs -, se retrouve également dans l'anthologie composée avec soin et virtuosité par Serge Lehman. On en jugera l'importance, par-delà la qualité intrinsèque des nouvelles présentes, à ce que deviendront tous les auteurs qui y figuraient, et à la capacité qu'ils auront, ou non, de nous obliger, les lisant, à céder à la troisième dépossession.
[1] J'accole sans discuter précisément de leur association « être » et « vitalité » : mon papier présente donc un présupposé vitaliste, ou disons, accepte spontanément une ontologie de la vie, qui devrait être argumenté davantage. Disons, pour faire vite, que je le pose parce qu'il reflète assez exactement mon expérience de lecteur, et que c'est de cette expérience que je pars ici.
[2] N'oublions pas non plus que nous sommes la génération « Grand Bleu », qui a été, sans doute à tort, vu comme le film de l'individualisme égoïste contemporain. Lorsque Jean-Marc Barr et Jean Reno estiment qu' « on est quand même mieux au fond » (Daylon dirait dans sa nouvelle qu'on est quand même mieux « en haut », avec les géants), on peut certes lire l'égoïsme absolu de deux inadaptés sociaux qui méprisent les gens qui les aiment (Rosanna Arquette), mais on peut aussi préférer y voir cette soif de l'individu de retourner se fondre avec le vrai monde infini dont il se sait provenir, et de s'y laisser submerger à tout jamais. Voyez encore, sur ce point, la magnifique scène d'apnée de Kusanagi dans Ghost in the shell. Le Grand Bleu n'aura été que la version un peu pataude, luc-bessonisée, de cette vérité fondamentale de l'individu.
[3] Rappelons, pour les distraits qui auraient le mérite de se moquer totalement des ordres de grandeur de ventes, qu'un roman français de science-fiction ou d'imaginaire de qualité qui vend au minimum 1500 à 2000 exemplaires est considéré comme une vente honorable, sinon bonne, en ce qu'elle n'aura pas trop coûté à son éditeur. Présenter des chiffres supérieurs relèvera alors d'un « succès »...
[4] On hésite alors à avouer à ces doctes des superdestroyers et du langage klingon à quel point notre propre pratique de professeur de lycée nous mène à constater à quel point l'imagerie SF semble devenue ringarde aux yeux des jeunes de maintenant, qui certes ne lisent guère, mais héritent tout de même parfois d'une méfiance salvatrice envers une imagerie qui a fait son temps...
[5] Qu'on apprécie alors, d'autant plus, la petite pique initiale de Fabrice Colin sur la méthode Coué de ceux qui n'en finissent jamais de proclamer la mort de tout en général, et de la pensée conceptuelle et systématique en particulier. Pour notre part, nous leur recommandons, à titre de remède contre la connerie autosatisfaite, l'humiliation intellectuelle à la fois bénigne et salvatrice qui consiste à rentrer dans la librairie Vrin, place de la Sorbonne. Voire, pour les moins laïcards, à pousser jusqu'à la Procure, en face de Saint-Sulpice. On y verra que le cadavre bouge encore vigoureusement.
[6] C'est ce qui explique que Lehman est sans doute le seul auteur et penseur de SF français qui pouvait continuer, en décrivant le paysage SF actuel, à faire une place, même minime, même légèrement ironique (« ad majorem Dei Gloriam »), à l'œuvre chrétienne anticipatrice, inspirée par Dick, de Maurice G. Dantec. Tout simplement parce qu'il a continué, par-delà de possibles (et même fort probables, mais peu importe) désaccords politiques et idéologiques, à le lire.
[7] Même si les grands philosophes ont souvent espéré, prenant la plume, inventer la science dernière qui permettrait d'en finir avec le non-savoir constitutif qui rend nécessaire la philosophie... De la dialectique platonicienne à la phénoménologie, la philosophie, en se rêvant science première et dernière, a transformé l'idée même de science, rendant possible, à partir de Descartes, cette science mathématisée, rationalisée, qui est celle que nous connaissons ou croyons connaître aujourd'hui. Quand la science-fiction se dit fille rêveuse de la science, elle reconnaît surtout, si elle est de bonne foi, être la petite-fille de la philosophie.
[8] La trilogie du Chromozone de Beauverger avait recueilli un succès principalement d'estime. C'était de la SF classique, au fond, reprenant l'opposition individu/collectif, et résolvant par le collectif le problème du rapport au père. Le Déchronologue, qui n'est pas un roman de SF, et qui ne porte pas principalement sur cette opposition, vient de recevoir le GPI. L'Imaginaire serait-il en train de renouveler ses problématiques, ses interrogations... ?
17:44 Publié dans Science-fiction | Lien permanent | Commentaires (21) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, science-fiction, critique littéraire, serge lehman, philosophie, métaphysique, daylon, hal duncan, robert charles wilson
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Commentaires
Intéressant. De quoi me donner envie de ressortir le Tranzu. Me revoilou.
Ecrit par : Transhumain | 03 novembre 2009
Chouette!
Mais s'il faut sortir l'artillerie lourde pour te faire ressusciter à chaque fois, ça va vite être épuisant...!
Ecrit par : Bruno | 03 novembre 2009
Salut Bruno,
Bel article. Il y a bien évidemment à boire et à manger pour tout le monde en SF.
Je ne vais pas contre-argumenter, juste donner quelques impressions de lecteur
-Retour sur l'Horizon (qui a lancé tout cela, soyons honnête) :
Exceptés 3-4 nouvelles, les 10 premières lignes de chaque récit proposé ont suffit à me montrer que ce qui allait suivre n'était pas fait pour moi.
-Ce malaise, en tant que lecteur, dure maintenant depuis quelque temps.
-Interprétation personnelle : toute cette agitation est un symptôme.
Étiologie : la plupart de ces auteurs n'ont tout simplement rien à raconter.
Le reste c'est "du pipi de chat".
Je doute que Beauverger se soit demandé en écrivant son Déchronologue : est-ce que je suis scientifique, métaphysique, transfictionnel etc...
-Comme écrit ailleurs :
Je me demande pourquoi certains écrivent.
Où est le plaisir dans tout ça.
David
Ecrit par : David | 03 novembre 2009
Oui David, peut-être que tu as été plus sensible que moi au caractère toujours un peu "artificiel" (mais en littérature, SF ou non, peut-on vraiment reprocher aux textes de l'être?) de textes qui répondaient à un appel à textes, et n'étaient donc pas forcément dictés, appelés, par une nécessité de raconter telle histoire, de dire telle chose.
Tu es peut-être plus sensible que moi à cela, à la "sincérité" des textes. On peut en faire un critère de lecture, ou non.
Pour Beauverger, je ne sais pas trop. Il n'est pas qu'un "raconteur d'histoires", Olivier s'est suffisamment employé (et moi aussi, ici, sur le Chromozone), à le montrer.
Tu noteras que je ne parle pas non plus d'essoufflement, ou d'exténuation, de la SF comme forme esthétique, littéraire, avec ses codes, son imagerie, sa façon typique d'élargir le cadre de la rationalité et de la science. Cette forme qui, précisément, est ta came, parce qu'elle pense l'avenir, intègre les données scientifiques disponibles, et est rarement désespérée ou pessimiste, au fond.
Je parle d'une jonction, ou d'une simultanéité, avec quelque chose qui existe déjà, qui est hybride, et qui est ce dans quoi j'ai eu le plus d'éblouissements récemment.
Ecrit par : Bruno | 03 novembre 2009
David, je ne crois pas que Fabrice Colin et les autres auteurs de l'antho se demandent, eux non plus, s'ils sont métaphysiques ou transfictionnels ou scientifiques, quand ils écrivent leurs romans et nouvelles (en revanche, on peut s'interroger sur les auteurs qui revendiquent leur statut d'auteurs de SF). C'est même, il me semble, le sens du petit article de Fabrice sur le CC. Seulement, est-il interdit, y compris pour un auteur, de regarder son oeuvre avec distance, et de tenter de la cartographier ?
Ecrit par : Transhumain | 04 novembre 2009
Beau texte, une fois encore, cher Bruno, qui à coup sûr ne sera pas toujours lu avec toute la sincérité requise, mais qu'importe ? Voilà, c'est dit. Il faut décidément que je me procure Retour sur l'horizon !
Ecrit par : François | 04 novembre 2009
Bruno,
c'est toujours un plaisir de te lire, et ce d'autant plus que ton style est toujours aussi soigné et agréable. Malheureusement, je suis en désaccord avec beaucoup de choses, et une authentique réponse, qui prendrait d'ailleurs en compte la réflexion que je me fais depuis la lecture de cette anthologie, dépasserait de loin le cadre d'un simple post - à considérer que je veuille bien m'en donner la peine.
Ce qui me choque, dans la préface de Lehman, ce n'est pas la thèse, discutable et avouée comme telle par l'auteur, d'un questionnement métaphysique dont la science-fiction serait le théâtre. C'est plutôt les oppositions par lesquelles il justifie sa thèse. Et à ce titre, Lehman enchaine les paralogismes et se montre d'une cuistrerie assez phénoménale. Il reproche aux autres leurs oeillères sans voir qu'il en a une artillerie sur le visage.
Ainsi, la science-fiction serait, en gros, la continuation de la métaphysique par d'autres moyens. Cette thèse est séduisante et m'a d'ailleurs séduit un bon moment, mais il me semble, hélas, que c'est plus parce qu'elle nous flatte, dans notre amour pour la philosophie, que parce qu'elle est véritablement fondée. Après tout, je suis venu à la SF et je continue de l'aimer précisément pour son aspect réflexif. Il ne faut pas oublier cependant, d'une part, qu'il s'agit de littérature, donc avant tout de récit, et que s'il peut y avoir une interrogation sur l'homme, sur les fins dernières, Dieu, etc., il s'agit en premier et dernier ressort d'une mise en scène de cette interrogation (pour la jouer heidegerrien). L'écrivain de SF peut bien confronter ses personnages à des problèmes qui sont traités par la métaphysique, cela ne veut en aucun cas dire que son traitement est métaphysique. Il peut très bien s'interroger sur Dieu, et inventer une entité divine ou quasi-divine, extraterrestre ou informatique par exemple, il n'en reste pas moins qu'on reste sur le mode du "et si", d'une hypothèse ou d'une pure invention posée arbitrairement. Ensuite, il est tout à fait loisible de traiter le rapport de l'homme à la transcendance, à l'altérité, d'une façon on ne peut plus authentique. Mais on reste dans le domaine de l'expérience, du sensible : faire sentir un rapport, créer un monde, une image. Autrement dit, on ne sort jamais de la littérature (ce qui est loin d'être un reproche, bien au contraire). L'auteur a une liberté que le philosophe n'a pas: il affirme, il fait jouer ce qui est hypothétique ou purement imaginaire, alors justement qu'on assigne au métaphysicien de parler de l'être, de faire de l'ontologie. Il recherche: sa vérité n'est pas un prémisse. Il faut bien entendu considérer la position husserlienne, par laquelle la fiction, en déroulant le possible de l'être, permet de le connaître. C'est d'ailleurs pourquoi il me semble que la science-fiction est un instrument privilégié pour comprendre notre temps. Le passage par l'artifice de l'imaginaire nous ramène au réel. Mais c'est un simple instrument, un outil poétique qui nous ramène alors à une réflexion qui n'est pas l'apanage du genre.
C'est cela que je reproche à Lehman: faire comme si aucun problème métaphysique n'était exposé par la littérature "générale" au XXème sicèle, substituer la SF à la philosophie comme si le siècle s'était écoulé en ayant évacué toute "métaphysique" (et Levinas, c'est du poulet?).
Lehman a beau jeu de mettre le blâme sur les "philosophies du soupçon", comme si, par leur simple existence, la métaphysique avait fait l'objet d'une omerta, contre laquelle Asimov, Heinlein ou Dick, grands lecteurs de Nietzsche et de Freud devant l'éternel, auraient réagi, et comme si tous les écrivains de littérature générale du siècle étaient devenus des sortes "d'athées relativistes nihilistes": Faulkner, Bernanos, etc. Je crois malheureusement que Lehman est au contraire un lecteur de Nietzsche aussi avisé et pertinent qu'un BHL pour Tocqueville (cette comparaison est un peu malveillante, Lehman a du talent et des idées, quoiqu'imparfaites, l'autre taré en est dépourvu): il prend et interprète comme ça l'arrange. La conception que Lehman a de la métaphysique se limite de facto à la transcendance, puisque la critique de ces philosophes à l'égard de la métaphysique revient à la mettre en doute et par là les concepts d'absolu ou de vérité. Ce n'est pas, comme semble le penser Lehman, du "Allez les gars, on arrête de réfléchir, ça sert plus à rien parce qu'il n'y a pas de Dieu, alors le monde est triste et vive le Lexomil"! Au contraire, la pensée de Nietzsche est par exemple extrêmement créative et réjouissante: et qu'il soit le forgeur de concepts comme "Surhomme" ou "Eternel retour" aurait du lui mettre la puce à l'oreille. La critique de la métaphysique est métaphysique. Cela n'a jamais empêché Nietzsche de ne cesser de chercher à comprendre comment fonctionnaient la civilisation, l'homme, les croyances, soit précisément ce que Lehman veut entendre par métaphysique. Au lieu de comprendre la critique nietschéenne, ou freudienne, de chercher à la prolonger, de créer par elle, sa réaction est celle de quelqu'un qui n'accepte pas ce "crépuscule des Dieux", et qui décide de ne pas savoir: il faut des dieux, il faut du réenchantement du monde, il faut de la transcendance, la preuve, c'est que j'en invente. Ce faisant, il tombe exactement dans le nihilisme qu'il croyait dénoncer; bien plus, il reconduit l'acte constitutif du nihilimse. Wagner, que je déteste cordialement en temps normal, touchait juste dans son article: la métaphysique dont parle Lehman se réduit bien à la transcendance et au théologique. Ce qui l'intéresse, ce sont les mythologies, intérêt dont la démarche paraît pourtant opposée à celle de la philosophie, qui les remet en question.
L'idée que la SF aurait été rejetée parce qu'elle serait métaphysique est donc d'un grand ridicule - la littérature générale n'ayant jamais évacué cette dimension. La SF est d'ailleurs mieux accueillie quand elle met directement en scène une transcendance ou un mythe (Solaris, Stalker, 2001, et bien évidemment Dick, ou même Dune par ses nombreux aspects mythiques). Le reproche qu'on pourrait lui faire justement, c'est de ne pas les traiter sérieusement. Là encore, ce n'est pas un problème, puisque la SF est aussi un jeu et que les justifications qu'elle peut mettre en avant sont beaucoup moins importantes que les mondes et les images qu'elle donne à contempler. Lehman parle du lien qu'on pourrait faire avec le New-Age, justement, et esquive le problème qu'il voit bien poindre - c'est une constante dans sa préface, il voit bien que s'il creuse un peu, tout son château de cartes s'écroule, et a bon dos de justifier ses esquives par le peu de place de la préface, alors qu'il est censé avoir réfléchi au problème depuis 20 ans. Par exemple, il ne voit pas que Jung est rendu possible par Freud. Tout vient de ce que Lehman semble voir la métaphysique comme originaire dans la SF, alors que la SF est un fourre-tout qui peut accepter n'importe quel projet intellectuel. Il faudrait la considérer dans ses aspects esthétiques mais aussi comme symptôme. Or Lehman est tout dédié à la défense du Juste contre les méchants barbares qui n'ont pas compris, les cons, à quel point les auteurs de SF étaient intelligents et eux des imbéciles. Il brandit l'étendard "Métaphysique" non pas pour ouvrir le débat, mais pour le clore; moi je fais dans la métaphysique comme d'autres dans la charcuterie, la métaphysique est une chose supérieure donc ce que je fais est supérieur, je suis le philosophe et vous êtes les sophistes. D'après ce que j'ai lu de Lehman, pourtant, il est philosophe et m'en apprend sur le monde autant que Catherine Dufour a de classe dans ce qu'elle écrit (i.e. nada).
Et pourtant, je l'aime bien, Lehman, il ne faudrait pas croire. je l'ai rencontré une fois à Lille et son enthousiasme est communicatif et le personnage très séduisant. En tant que théoricien, c'est un sympathique escroc. Beaucoup de bonnes idées, mais qu'en voulant soumettre à ses fantasmes, il transforme en pétition de principe.
Allez, pour terminer, moi, une préface qui commence par me dire que la SF, c'est de la métaphysique en actes, et qui l'illustre par un tel choix de nouvelles (et se contredit en disant que si la SF est métaphysique, elle doit sortir de la SF pour l'être), ça me fait doucement rire. Parce que pour le coup, ces nouvelles, dont une poignée relève d'un art stylistique et poétique certain (Noiriez, Day, Dunyach, Mauméjean), elles relèvent un peu du degré zéro de la réflexion, et je n'y trouve pas grand chose de métaphysique. Tu as bien pointé, Bruno, la contradiction qu'il y a à reprocher aux textes de ne pas être de la SF tout en leur demandant de produire les effets de la SF: bien. Le problème, c'est que SF ou pas SF, ces auteurs n'ont rien à dire. Ces textes sont vains. Ils n'emmènent nulle part, ou quand ils nous embarquent, comme le Day ou le Noiriez, c'est pour ne déboucher sur rien (mais leur démarche est avant tout sensuelle, et très réussie de ce point de vue: mais surtout pas métaphysique ou réflexive!). Comment peut-on dire que la SF est le genre par excellence où peut s'épanouir la métaphysique quand on ne fait qu'appeler, comme tu le fais toi-même dans la moitié de ton texte, au dépaysement, au sense of wonder, à la dépossession? On est alors soit dans l'exotisme, soit dans la mystique. Bien sûr, les deux démarches ne sont pas incompatibles, mais on ne peut pas faire come si c'était la même chose, et justifier l'un par l'autre.
Bon, je m'arrête là, ne serait ce que pour te laisser répondre, et aussi parce que je me risque sans doute aux mêmes généralisations indues que je reproche à Lehman.
Rasko
PS: non, décidément, invoquer Beauverger comme exemple de la métaphysique en SF, je me tiens les côtes. J'ai lu la trilogie Chromozone suite à vos écrits, à Olivier et à toi, qui m'avez alléché. Quelle déconvenue: style pénible, personages têtes à claques et inconsistants, intrigue de série Z et incohérente, univers pas fouillé, et surtout une réflexion sur la violence et la société qui, quand elle ne reprend pas des figures vues et revues, stagne au niveau cours élémentaire. Qu'il lise René Girard, Beauverger, ça lui fera du bien! Quand je pense qu'il a eu le GPI, certes pour un autre roman, en face de Jaworski, écrivain magnifique et jouissif qui lui est infiniment supérieur...
Ecrit par : Raskolnikov36 | 05 novembre 2009
Bon, Rasko. D'abord je t'en veux de me pondre un pavé pareil, qui contient la matière à un article, en espérant que je puisse te répondre sur tout...
Le point de désaccord premier: le fictif/narratif n'est pas séparable de la philo, à mon sens. (Blumenberg). Si on posait la littérature comme totalement dissociée de la philo, on n'arriverait à rien. Tu dis que la littérature SF ne fait que "mettre en scène l'interrogation métaphysique", disons que c'est là où tu t'arrêtes trop tôt, à mon sens, en ne donnant pas assez à la SF d'un côté, et à la métaphysique de l'autre.
(comme je ne vais pas te répondre sur tout, je vais juste chercher à identifier les points de désaccord, disons la source de la discussion)
"l'auteur a une liberté que le philosophe n'a pas": justement, si, les deux ont la même totale liberté, à tel point qu'en philo on a longtemps utilisé des fictions théoriques proches de la SF (le "du point de vue de Sirius", l'idée même d'une observation pure qui n'interfèrerait jamais avec ce qu'elle observe, imaginer un nombre infini de mondes, etc.). Est-ce que tu as lu le livre de Lardreau? Il explique tout cela très bien, c'est convainquant, et c'est dans son sillage que Lehman se place (et moi aussi, d'un certain point de vue). S'il n'y avait pas continuité entre être et fiction, alors toute la littérature, même la plus géniale, ne serait qu'ornementale, décorative.
Je pense au contraire qu'elle a commerce avec l'essentiel, avec toutes les questions qui méritent d'être posées, et qu'elle le fait d'une manière que le philosophe ne peut pas faire sous la forme de l'essai et du discours.
Pour le reste, es-tu certain qu'il soit nécessaire de rappeler tes inimitiés personnelles, et de parler d'escroquerie, de manque de classe, etc? mmh? C'est pas un défouloir, ici!!!
Pour Beauverger, par contre, je te trouve injuste. Mais bon, les goûts, les couleurs...
Ecrit par : Bruno | 05 novembre 2009
Mais je ne fais pas de séparation absolue entre la fiction et la philo et je n'ai jamais dit que la littérature devrait se couper de la réflexion, ce qui l'amènerait à ne plus rien dire. La littérature est bien un lieu de pensée, mais c'est un lieu autonome, qui a ses moyens propres. On ne peut pas dire, comme le fait Lehman, que la SF fait de la métaphysique à proprement parler, car alors il n'y aurait plus de place pour la littérature, il n'y aurait que de la métaphysique. Tu ne peux pas définir l'être par une fiction qui répond à la question avant de la poser; par contre, la fiction est un moyen de comprendre l'être, encore faut-il que cette fiction ne soit pas pure "gratuité", arbitraire - car alors on revient à la dimension du jeu. Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit, c'était le sens de ma référence à Husserl. Seulement, je nie que la SF soit le seul lieu où l'on puisse trouver de la métaphysique, je nie qu'elle soit originaire ou qu'elle en soit le trait principal, je pense qu'il y a une grande confusion des concepts et des fins propres à chaque discipline de la part de Lehman. Si la SF parle de métaphysique, elle la traite en tant que littérature, non en tant que philosophie. Si le métaphysicien a une liberté, ce n'est justement pas celle de l'auteur, et la fiction philosophique dont tu parles, l'allégorie, n'a pas le même statut que celle qui est utilisée en SF, où, pour reprendre Lehman lui-même, la métaphore ou l'allégorie seraient réifiés. Là où le philosophe propose une hypothèse métaphysique, l'écrivain la fait vivre: on peut bien dire que l'auteur part de la métaphysique, mais il finit toujours, ou plutôt commence, par s'en détacher. Mais je ne suis pas convaincu que pour comprendre l'homme, le monde, le sens de la vie, dans un roman, il faille invoquer pour les phénomènes humains les grands mots: car avant toute métaphysique, l'auteur part de son observation, de sa réflexion, et il me semble inutile de toujours vouloir plaquer des sytèmes philosophiques dessus pour décerner des bons points, comme s'il ne servait que d'illustration à des concepts. Faire intervenir la métaphysique à tout bout de champ, c'est appauvrir la littérature (et passablement surinterpéter; je crois que c'est le problème sur Beauverger où il me semble qu'Olivier et toi semblez vouloir faire dire aux livres plus que ce qu'ils ne disent vraiment; vous les rendez plus intelligents qu'ils ne sont, ce qui est à la fois une qualité et un défaut).
Quant à Lardreau, je m'en méfie vraiment. J'ai lu il y a un an, après un article de Bernat Winter, un ouvrage d'il y a trente ans qui analysait la "pensée" des nouveaux philosophes, dont Lardreau faisait partie. Ce livre décortiquait plusieurs textes de Lardreau et la confusion conceptuelle dont il faisait preuve était assez éloquente. J'ai bien peur que son livre sur la science-fiction ne soit du même acabit. Je préjuge (je dis bien je préjuge, et je me doute bien que je dois avoir tort) que ton intérêt pour le livre de Lardreau provient en grande partie d'un désir de reconnaissance du genre qui associe tes deux passions plus que de l'examen des thèses en questions. Mais c'est là te faire un mauvais procès et il faudra en rediscuter quand je l'aurai lu, ce Lardreau.
Concernant ta dernière remarque, je ne me défoule pas, j'essaye de mettre un peu d'humour dans mon post, qui est justement long. Je n'ai justement pas d'inimitié personnelle contre Lehman: au contraire, je le trouve très sympathique, comme je l'ai déjà dit, et je n'oublierai jamais ma rencontre avec lui. C'est parce que je m'intéresse à ce qu'il raconte, que sa réflexion rejoint la mienne mais s'en écarte aussi d'autant, que je discute ses thèses. Mais ça ne m'empêche pas de cerner sa rhétorique qui consiste à sauter bien vite dans son argumentation pour en cacher les failles et à nous en mettre plein la vue. D'où l'escroquerie sympathique d'un discours qui relève plus du wishful thinking que de l'analyse, mais que l'on ne peut justement détester. Quant à Dufour, je n'ai rien contre elle, personnellement, par contre ses textes me tapent un peu sur les nerfs, il est vrai... alors même qu'à chaque fois j'essaye de me forcer à les aimer... mais c'est comme les endives...
Ecrit par : Raskolnikov36 | 05 novembre 2009
Rasko, je répondrai sans doute à certains points dans mon article à venir, mais sur Beauverger, il me semble que tu te trompes totalement. Non seulement tu n'as pas lu le Déchronologue, qui est supérieur à la trilogie, mais même celle-ci n'était pas dénuée d'images - et donc de réflexions - intéressantes.
Ecrit par : transhumain | 06 novembre 2009
Olivier, je parle de Chromozone: je ne suis quand même pas obligé de lire le Déchronologue pour porter un jugement dessus quand même (c'est peut-être très bien le Déchronologue, que sais-je)! Et bien sûr qu'il y a des images et une réflexion dans la trilogie: j'en conteste la qualité, et je dis qu'il y a quand même une sacrée surchauffe interprétative sur ce que sont ces livres; ça permet de se flatter et de se sentir intelligent de caser du "métaphysique" partout, encore faut-il que la réflexion ou l'image soient pertinentes... De plus, j'ai l'impression qu'en ne se concentrant que sur le "métaphysique" on en oublie de poser tout jugement d'ordre esthétique/littéraire. Or l'art du romancier ne me semble quand même pas aller bien loin dans cette oeuvre. Mais je sens que je touche un point sensible en osant critiquer Beauverger et que je vais déchaîner la foudre...
Ecrit par : Raskolnikov36 | 06 novembre 2009
"ça permet de se flatter et de se sentir intelligent ", ce qui est bien sûr ce à quoi Olivier et moi (et Lehman) nous employons sciemment, comme tu t'en doutes. ;-)
N'as-tu jamais peur, de ton côté, de sombrer dans l'excès inverse? Je me dis que tu manques un peu de bienveillance.
La férocité à tout crin, ça ne donne pas grand chose non plus, qu'on la dirige contre les autres ou contre soi, tu ne crois pas?
Sinon, oui, pour Beauverger, c'est "point sensible", notamment sur la "violence". Tu ne vas pas déchaîner la foudre, ceci dit, je crois même que ton point de vue pourrait intéresser Stéphane (mais il faudra(it) argumenter).
Ecrit par : Bruno | 07 novembre 2009
Je crois que tu passes un peu vite sur ce que j'ai écrit, Bruno (mais je te pardonne, vu le gros loukoum que j'ai pondu, on ne peut pas se souvenir de tout): si je tombais dans l'excès inverse, et qui sans doute consisterait à dénier tout son intérêt intellectuel à la SF, c'est bien simple, je n'en lirais jamais. Je le répète donc, je ne crois pas que l'auteur de SF serait un métaphysicien, du moins dans ses livres de SF, parce que ce serait confondre la carte et le territoire, le thème et son traitement. Il y a de la métaphysique dans la SF comme il y a de la science, de l'anthrophologie, de la psychologie, de la théologie, de la sociologie: bref, la SF est un magnifique laboratoire pour la pensée, mais le rôle qu'elle peut jouer, là où elle apporte quelque chose intellectuellement, est un rôle critique. Et ce rôle, il ne lui est même pas nécessairement constitutif, il dépend de ce que les différents écrivains en font.
Mais bon, là, tu es en train de me dire que si je n'estime pas les qualités de Beauverger je suis aveugle et que cela viendrait nécessairement du fait qu'au départ, j'ai mauvais coeur et que la seule chose qui m'intéresse, c'est le réduire en charpie (selon le principe bien connu du "si t'aimes pas quelque chose, t'aimes rien). Il me semble au contraire d'avoir fait preuve à son égard, comme à d'autres, sur les recommandations diverses, de beaucoup de patience, je lui ai donné sa chance jusqu'au bout (sinon je me serais arrêté au premier tome), et il se trouve que ces livres me seraient en soi indifférents si on n'en faisait pas tout un fromage. Un livre ne se juge pas à ses seules intentions, pas plus qu'à la réflexion générale dont il est le théâtre ou l'occasion: c'est ce que tu sembles un peu oublier et Lehman aussi. Mon Dieu, si tout démarche critique était réductible à de la férocité (et ta phrase sur la férocité à tout crin ne réfute rien et sonne comme un aveu de faiblesse), on n'en sortirait jamais.
Bon, j'ai quand même l'impression que vous passez un peu à côté de ce que je dis. C'est pas grave, mais n'allez surtout pas prendre mes réflexions pour un signe d'animosité de ma part à votre encontre. Mais il me semble qu'il faille un peu recadrer les choses dans ce débat (qui dépasse de loin ce qui se dit dans ces commentaires).
Ecrit par : Raskolnikov36 | 07 novembre 2009
Le problème, c'est que nous avons tous tendance à caricaturer le point de vue de l'adversaire. Je ne crois pas que Lehman confonde métaphysique et transcendance - à moins d'accorder à ce dernier concept un sens plus large que celui qu'on lui donne habituellement aujourd'hui.
Il n'est pas interdit d'employer un ton acerbe lorsqu'on parle d'un auteur ou de sa pensée, bien sûr ; renoncer à l'invective revient souvent à se priver d'une franche partie de rigolade, pour peu qu'on accepte la confrontation ; mais il y a une chose dont on ne peut se passer, c'est un argumentaire solide. Les affirmations péremptoires ne nous apporteront absolument rien.
Ecrit par : François | 08 novembre 2009
Pour éviter que la discussion devienne interminable:
Rasko, ne t'inquiète pas, je t'ai bien lu.
(Lehman aussi, d'ailleurs)
Je maintiens que le mot de "métaphysique" n'est qu'un titre de travail, ce n'est pas une fin en soi.
C'est maintenant que le travail commence, pour vérifier, comme Serge y invite sur ActuSF, si l'hypothèse de la métaphysique comme variable cachée de la SF peut être utilisée pour éclairer, à rebours, l'histoire et la nature de la SF.
Et là, à chacun selon son tempérament et sa pratique de lecture.
Les goûts peuvent entrer en ligne de compte, mais personnellement je m'en fous. On peut bien me dire que Beauverger c'est mal écrit, ou mal construit, ou je ne sais quoi, peu m'importe. Je sais très bien ce que j'ai ressenti et pensé en lisant ses livres.
Tu me dis que j'en oublie de porter un jugement esthétique: ma foi, je ne peux rien répondre à cela. Tout est déjà dans Kant, qui autorise tout de même à poser comme indémontrables le Beau et le Sublime...
Ecrit par : Bruno | 08 novembre 2009
Si tu veux Bruno, mais quand Lehman veut expliquer le parcours et le sort de la SF par une variable cachée, il me semble qu'il avait soulevé une piste il me semble un peu plus fertile, qui était le rapprochement avec la pataphysique.
@François: Lehman ne confond pas dans son texte métaphysique et transcendance, mais les exemples qu'il emploie et l'argument de la "philosophie" du soupçon reviennent in fine à réduire le métaphysique à une nostalgie d'une transcendance - peut-être malgré Lehman. C'est une interprétation de son texte qui est elle aussi critiquable, mais de grâce, n'allez pas dire qu'il n'y a pas d'argument solide dans cet échange.
Ecrit par : Raskolnikov36 | 09 novembre 2009
"C'est maintenant que le travail commence, pour vérifier, comme Serge y invite sur ActuSF, si l'hypothèse de la métaphysique comme variable cachée de la SF peut être utilisée pour éclairer, à rebours, l'histoire et la nature de la SF"
Oui, mille fois oui, et c'est précisément ce travail qui exige la critique des concepts avancés par Lehman
Ecrit par : Raskolnikov36 | 09 novembre 2009
Pour le coup:
oui, il y a "du" dieu dans les écrits théoriques de Serge.
ça, c'est indéniable.
Pour moi c'est une force, mais on peut discuter sur la pertinence de la chose.
A Serge d'argumenter, de préciser, d'amender...
Perso, tout me va, tant qu'à l'arrivée, le mot de fin est aussi d'exultation, et qu'il est bilalien: "Rendez-vous à Paris"...
Rasko, Transhu, Shalmy, Le Picte, ça vous va, comme programme de travail? "un jour", peut-être, on redit tout cela, à Paris...
Ecrit par : Systar | 10 novembre 2009
En voilà une idée qu'elle est bonne!
Ecrit par : Raskolnikov36 | 10 novembre 2009
ça me va !
@ Rasko : Je voulais simplement dire ceci : quitte à développer une "critique des concepts avancés par Lehman", qui est évidemment bienvenue, autant ne pas la faire dans la section commentaires d'un blog, et leur fournir l'occasion d'être réellement développés. Tout ceci est passionnant...
Ecrit par : François | 16 novembre 2009
D'accord François - mais je dois préciser que c'est parce que je n'ai ni le temps, ni l'envie d'écrire l'article suffisamment fouillé que méritent ces questions que j'interviens en commentaires. Commentaires qui servent par définition à répondre à l'article qui les surplombe...
Ecrit par : Raskolnikov36 | 18 novembre 2009
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